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DÉFINITION DES TUMEURS

La définition de Corail et Ranvier nous semble plus parfaite ; c’est celle que nous accepterons. Pour ces auteurs, une tumeur est une masse constituée par un tissu de nouvelle formation ayant de la tendance à persister ou à s’accroître. Il y a dans cette définition l’idée d’une augmentation de volume, d’une production de nouvelle formation et d’une persistance indéfinie ou d’un accroissement constant de volume. On peut dire qu’elle est complète aux points de vue anatomique, physiologique et pathologique.

Ajoutons que les éléments cellulaires qui entrent dans la structure d’une tumeur dérivent des éléments cellulaires normaux qui entrent dans celle des tissus.

Les tumeurs n’ont pas de nerfs, elles ne contiennent donc pas de régulateurs des fonctions nutritives. Cette disposition anatomique peut expliquer l'accroissement indéfini des néoplasmes.

Il ne faut pas remonter à une époque bien reculée pour trouver des théories acceptables sur le sujet qui nous occupe ; ce n’est guère que depuis l’impulsion vigoureuse que les travaux de Laënnec, de Bayle et de Dupuytren ont imprimée à l’anatomie pathologique que des idées plus complètes ont été exposées sur cette partie de la pathologie. Ainsi l’antiquité et tous les auteurs de la renaissance divisaient les tumeurs en trois grandes catégories : Tumores secundum naturam, supra naturam et præter naturam.

Les tumeurs secundum naturam étaient celles qui se produisaient physiologiquement : par exemple, le développement des seins ou de l’utérus pendant la gestation.

Les tumeurs supra naturam étaient occasionnées par le déplacement des parties naturelles, comme les saillies osseuses dans les cas de fractures ou de luxations.

Dans les tumeurs præter naturam , on rangeait toutes les tumeurs dites humorales, constituées par des phénomènes de lluxion ou de congestion ; elles étaient, du reste, divisées d’après leur composition supposée : on les croyait composées de sang,

de bile, de pituite ou d’atrabile. Aux tumeurs du sang correspondaient les phlegmons; aux tumeurs atrabilaires, les cancers; aux tumeurs de bile et de pituite, les érysipèles et les œdèmes.

Gomme nous aurons souvent l’occasion, dans le cours de ces leçons, de vous expliquer soit la théorie du blastème, soit la théorie cellulaire de Virchow, il nous semble indispensable de vous donner, tout d’abord, sur ce sujet quelques détails succincts.

Théorie du blastème. — La théorie du blastème peut être formulée dans les propositions suivantes :

1° Toute production organisée se forme aux dépens d’une substance liquide amorphe. Cette substance liquide amorphe, antérieure à toute organisation, constitue ce que des auteurs ont appelé le blastème , le cyto-blastème, la gangue nutritive primordiale, le liquide nourricier proprement dit.

2° Dans ce blastème, on voit, à un moment donné, apparaître des éléments spéciaux, des cellules, cellules épithéliales, fibres musculaires, corpuscules osseux, tubes nerveux, etc.

3° Pour quelques auteurs, Lebert et Robin, entre autres, il n’existe qu’un seul blastème.

4° Pour Broca, il y a autant de blastèmes particuliers qu’il y a de tissus normaux différents.

5° De même il y aurait, pour ce dernier, autant de blastèmes pathologiques que de tissus pathologiques différents : blastèmes cancéreux, blastèmes fibro-plastiques, blastèmes enchondromateux, etc.

6° A un moment donné, on voit apparaître au niveau de ces divers blastèmes les éléments soi-disant caractéristiques des divers tissus pathologiques : tissus cancéreux, fîbro-plastique ou enchondromateux. Pour soutenir cette théorie, les auteurs que nous venons de vous citer se sont appuyés surtout sur les deux faits suivants qu’ils ont affirmés comme réels. D'après eux :

a) 11 y aurait des tissus qui se constituent sans avoir jamais passé par l’état cellulaire ou nucléaire : les membranes anhistes de l’œil, par exemple.

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