DK LA THEORIE CELLULAIRE
b) Des éléments pathologiques peuvent se former quelquefois directement, sans avoir passé par l’état de cellules. Ainsi, dans les liquides sécrétés par la plèvre et par le péritoine enflammés, on voit se constituer des fausses membranes au niveau desquelles il y a des fibres qui naissent du blastème, sans avoir été précédées par un état cellulaire. Il est bien entendu que nous ne discutons pas cette théorie, nous ne faisons que vous en présenter l’esquisse rapide.
Théorie cellulaire. — La théorie cellulaire se résume dans les propositions suivantes :
1° Il n’y a pas d’exsudation de liquide amorphe conduisant à l’organisation définitive, pas de blastème normal, pas de blastème pathologique.
2° Pour qu’un tissu se forme, il faut que les cellules qu’il contient naissent d’autres cellules. Tout tissu normal, tout tissu pathologique provient, tout d’abord, d’une première cellule. « Omnis cellula in cellula , » avait dit déjà Remack ; « omnis cellulacle cellula, » a dit plus exactement Virchow.
3° Les cellules naissent d’une première cellule de trois manières différentes par développement endogène, par fissiparité, par bourgeonnement.
Par développement endogène. — Des éléments nouveaux se forment dans la cellule qui, à un moment donné, éclate et laisse alors échapper les éléments nouveaux qu’elle contenait.
Par fissiparité. — Une cellule existante se divise en deux autres cellules.
Par bourgeonnement . — D’un point de la circonférence d’une cellule part, à un moment donné, un prolongement qui, en augmentant peu à peu, arrive à se séparer de la cellule pri mitive, et à former ainsi une nouvelle cellule.
4° Chaque cellule ressemble à un être : tout être procède d’un père ; pas de génération spontanée ; tout tissu procède d’une première cellule.
5° Pour Virchow, qui établit la classification des tissus au
point cle vue des cellules qui les composent, tous peuvent se diviser en trois groupes :
a) Tissus formés de cellules se touchant directement (tissus épidermiques, épithéliaux).
b) Tissus formés de cellules séparées par des intervalles plus ou moins réguliers (tissu conjonctif).
c) Tissus formés de cellules spéciales aux animaux, tissus propres à l’animalité (tissu musculaire, nerveux).
Ajoutons les deux propositions suivantes :
6° Le tissu le plus répandu est le tissu conjonctif, c’est celui qui contient l’élément germinatif par excellence ; c’est lui qui constitue la charpente de tout le corps, qui fournit les
cellules dont la multiplication, la prolifération, et la déviation nutritive deviennent le point de départ de toutes les productions pathologiques.
7° Quelques tumeurs proviennent aussi de modifications des cellules épithéliales. Telle est, en substance, la théorie cellulaire ou théorie du développement continu.
Ainsi comprise, cette théorie est habituellement regardée comme une conception allemande; elle dérive, dit- on, des travaux de 1837 et 1838 de Schwan ou de Schleiden. Mais, d’après Broca, elle est plus vieille de douze ans, et peut être considérée comme française ; elle appartient à Raspail.
En 1825, Rasj>ail publia tout d’abord dans les Annales des sciences naturelles ses premiers travaux sur les cellules végétales ; puis, en 1827, élargissant le cercle de ses idées, il étudia de front les tissus animaux et les tissus végétaux ce qui lui permit d’affirmer que toutes les parties organisées se forment aux dépens de vésicules rudimentaires microscopiques. « Donnez-moi, écrivait-il, une vésicule dans le sein de laquelle puissent s’élaborer d’autres vésicules, et j’arriverai à l’organisation du monde. » Royer-Collard est le seul, a fait observer Broca, qui pourrait à la rigueur disputer cette priorité à Raspail.
Dès 1826, Royer-Collard communiquait les idées suivantes