‹ Leçons de pathologie chirurgicale généraleChapitre 218 sur 270 · ENGORGEMENT GANGLIONNAIRE · texte numérisé non relu

ENGORGEMENT GANGLIONNAIRE

même à se reproduire; il est nécessaire qu’ils trouvent des moyens de nutrition suffisants, sinon ils meurent en devenant granuleux.

L’engorgement se fait avec d’autant plus de rapidité et de facilité que la tumeur existe dans une région où l’appareillymphatique est plus développé quant au nombre et au volume des vaisseaux. Ainsi, dans les organes qui ne possèdent que peu de ganglions lymphatiques, au niveau des os, de l’œil ou du cerveau, le phénomène ne se produit pas d’emblée; l’engorgement s’opère seulement alors que la tumeur s’est propagée aux tissus voisins pourvus d’appareil lymphatique.

Dans quelques cas de néoplasmes siégeant à la peau, la propagation aux ganglions est difficile à cause de la ténuité des vaisseaux lymphatiques du tégument externe. Au niveau des muqueuses, la propagation se fait, au contraire, avec une facilité bien plus grande, les vaisseaux lymphatiques des muqueuses étant toujours beaucoup plus développés.

L’engorgement ganglionnaire constitue ordinairement une tumeur semblable à la tumeur primitive; Robin cependant a cité quelques observations de tumeur primitive constituée par un épithélium nucléaire, la tumeur ganglionnaire renfermant, au contraire, de l’épithélium pavimenteux.

L’apparition de l’engorgement ganglionnaire est toujours d’un pronostic grave, car ce phénomène marque, pour l’évolution des tumeurs, une période où l’on voit survenir des symptômes généraux spéciaux. Jusqu’à ce moment, la présence du néoplasme ne détermine pas d’accidents graves : à moins d’inflammation, d’ulcération hâtive ou de phénomènes gangréneux, l’économie ne semble pas sérieusement atteinte. Bientôt après l’envahissement ganglionnaire, la scène se modifie ; on voit survenir des troubles généraux inquiétants, une dépression graduelle, une détérioration générale continue, une espèce d’anémie plus ou moins prononcée, caractérisée par la pâleur de la peau, une teinte quelquefois particulière, un bruit de souffle au cœur, de

l’œdème, des symptômes d’hydropisie, une accélération du pouls et une élévation de la température. Il y a ce que Pon appelle Y infection. Peu après, des tumeurs apparaissent dans d’autres parties du corps; on dit qu’il y a généralisation de la tumeur primitive, formation de tumeurs secondaires . A partir de ce moment, les symptômes généraux augmentent encore de gravité; souvent, en effet, la tumeur de généralisation se localisant dans quelques organes importants conduit à des perturbations fonctionnelles plus ou moins nombreuses et plus directement fatales. C’est alors ce que l’on appelle la cachexie. Infection, généralisation, cachexie, tels sont les symptômes que l’on voit survenir lorsqu’une tumeur a déterminé l’engorgement ganglionnaire

Examinons en particulier la généralisation des tumeurs et la cachexie.

Généralisation. — On ne doit pas confondre la généralisation avec la multiplicité des tumeurs. Lorsque des tumeurs plus ou moins nombreuses sont simplement des tumeurs multiples, leur développement s’est fait à la même époque ; souvent l’économie ne présente aucun phénomène d’infection. Quand, au contraire, ce sont des tumeurs de généralisation, on constate les symptômes généraux de l’infection. Plusieurs auteurs, Billroth, entre autres, ont remarqué que les tumeurs multiples se généralisent rarement.

Celles qui se généralisent sont plutôt des tumeurs solitaires. Au reste, nous établirons bientôt ce diagnostic différentiel d’une manière plus complète.

Il est souvent possible de constater sur le vivant les tumeurs de généralisation, surtout lorsqu’elles se forment au niveau des parties extérieures; mais, dans bien des circonstances, la localisation se fait du côté des parties profondes ou des organes internes ; le diagnostic est alors beaucoup plus difficile, et souvent vous n’aurez pour vous prononcer que l’examen des symptômes morbides fonctionnels survenant au niveau des

GENERALISATION

organes où les tumeurs de généralisation se sont développées.

Les phénomènes de généralisation se réalisent -ils pour toutes les tumeurs? Quelques faits semblent résoudre cette question par l’affirmative, et Broca, entre autres, a rapporté l’observation de lipomes généralisés. Cliniquement on doit affirmer que la généralisation ne s’opère que pour certaines tumeurs; 'de même que pour l’engorgement ganglionnaire, on peut dire que le phénomène survient surtout :

1° Dans les cas de tumeurs carcinomateuses;

2° Dans les cas de tumeurs sarcomateuses ;

3° Beaucoup moins souvent dans les cas de tumeurs dites de la série conjonctive.

La plupart des auteurs admettent que les tumeurs secondaires sont toujours semblables à la tumeur primitive; ce phénomène vous paraîtra encore plus naturel lorsque nous vous aurons exposé la théorie la plus vraisemblable de la généralisation. Nous avons cependant cité une exception rapportée par Robin, vous en trouverez un autre exemple dans la thèse du docteur Bonnet : à la suite d’u ne tumeur épithéliale siégeant au bras, un malade mourut présentant comme tumeurs secondaires un épithéliome pavimenteux du foie et un épithéliome cylindrique de l’estomac ; mais quelques exceptions ne prouvent rien. Voici, du reste, ce que l’observation démontre :

1° Le plus souvent les tumeurs de généralisation sont identiques à la tumeur primitive. Une tumeur carcinomateuse se généralise par des tumeurs secondaires carcinomateuses. Une tumeur sarcomateuse se généralise par des tumeurs secondaires sarcomateuses.

2° Exceptionnellement une tumeur sarcomateuse primitive peut se généraliser par des tumeurs secondaires carcinomateuses.

- 3° Jamais une tumeur carcinomateuse primitive ne se généralisera par des tumeurs sarcomateuses secondaires.

Gomme plusieurs espèces de tumeurs sont susceptibles de se

généraliser, on est autorisé k se demander s’il n’y a pas autant de formes de cachexie que de tumeurs primitives. La question est difficile à résoudre; rationnellement il semble que l’on doive répondre par l’affirmative. Cliniquement, on peut distinguer quelques formes de cachexie, ainsi l’on peut différencier assez facilement la cachexie carcinomateuse de la cachexie sarcomateuse.

Dans le premier cas, quelques symptômes graves sont toujours apparents : la teinte jaune paille, la fragilité des os, l’altération du sang et l’œdème des membres inférieurs.

Dans le second, le malade ne présente pas de symptômes généraux alarmants, la santé semble intacte, les forces résistent, le teint est bon, l’apparence extérieure est excellente, le malade conserve un embonpoint notable, puis soudainement des phénomèmes thoraciques graves surviennent et la mort est presque subite. A l’autopsie, on constate de nombreuses tumeurs de généralisation dans le poumon.

Des observations de Voiliez, de Larrey, de Chassaignac, de Richet, viennent à l’appui de ce que nous venons de vous indiquer. Arrivera-t-on, pour chaque espèce de tumeur susceptible d’infecter l’économie et de se généraliser, à décrire des symptômes généraux spéciaux? c’est possible; mais quand on remarque que souvent les tumeurs se transforment peu à peu les unes dans les autres, que les cancroïdes, par exemple, servent de transition entre l’épithéliome et le carcinome vulgaire (thèse de Bonnet. Lyon, 1881), on comprend qu’il devienne parfois impossible d’établir cette spécialisation.

Après l’exposition de ces idées, vous vous rendrez parfaitement compte de ce que l’on appelle :

Ila diathèse, l’infection, la généralisation, la cachexie.

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