‹ Leçons de pathologie chirurgicale généraleChapitre 220 sur 270 · THEORIE DE LA DIATHESE · texte numérisé non relu

THEORIE DE LA DIATHESE

La théorie cle l’absorption des produits ichoreux peut être facilement réfutée. Remarquez à cet égard que l’on voit fréquemment survenir des tumeurs secondaires sans que la tumeur primitive présente une surface d’ulcération le fait est positif; il est donc impossible d’assimiler les phénomènes d’infection à de simples phénomènes d’absorption putride.

La théorie de la diathèse se présente tout d’abord avec une plus grande apparence de vérité; on peut même dire que la plupart des raisons que Broca a invoquées pour la combattre ont peu de valeur. Qu’importe, par exemple, que la diathèse ne donne naissance qu’à une seule tumeur tandis que l’infection en détermine toujours un plus grand nombre; que la diathèse ne se traduise habituellement par aucun signe symptomatologique bien apparent alors que l’infection, au contraire, s’affirme par des symptômes très accusés. L’infection, peut-on dire, n’est justement que la diathèse augmentée, la diathèse aggravée. L’une, moins apparente, s’accompagne de la production d’une seule tumeur; l’autre, plus complète, se traduit par l’apparition de tumeurs plus nombreuses. Il est difficile, avec ces seuls arguments, de démontrer la fausseté de cette théorie.

La raison suivante est plus sérieuse, et c’est la seule qui nous paraisse importante. Lorsqu’on enlève une tumeur primitive, on retarde souvent le moment de l’infection. Or, si l’infection n’était que la diathèse, il est évident que l’opération ne devrait jamais produire ce résultat; que peut faire l’opération contre la diathèse ? Rien, évidemment. Il y a donc une différence essentielle entre ces deux états.

La théorie de l’absorption du blastème est aussi facile à réfuter. Si l’infection dépendait de l’absorption du blastème pathologique, pourquoi ne se produirait-elle pas de suite, puisque le blastème pathologique existe nécessairement dès l’apparition de la tumeur. Vous savez, en outre, que la réalité de ce blastème est loin d’être démontrée.

Berne. — Palh. chir., II.

Reste enfin la théorie de la migration des germes ; c’est celle que nous acceptons, car elle s’appuie sur des laits d’anatomie et de physiologie pathologiques, et se prouve par quelques raisonnements.

Preuves tirées des observations d’ anatomie pathologique.

— Il est incontestable que l’on a souvent l’occasion de démontrer la présence des éléments pathologiques de la tumeur primitive, soit dans le système lymphatique, soit dans le système veineux des parties environnantes. Lorsque cette tumeur primitive siège dans les organes qui dépendent de la veine porte, c’est presque toujours du côté du foie que l’on rencontre les productions pathologiques secondaires. Le foie est, en effet, le premier organe contaminé, parce qu’il se trouve le premier en contact avec les germes néoplasiques migrateurs.

Preuves tirées d'observations de physiologie pathologique.

— Quelques faits de physiologie pathologique viennent aussi à l’appui de cette théorie. Dès 1829, Langenbeck avait constaté que des tumeurs cancéreuses multiples se produisaient après l’injection, dans le sang de certai ns animaux, de produits cancéreux. En 1849, Follin avait obtenu aussi des résultats analogues : il raclait la surface d’une tumeur cancéreuse et en injectait les débris dans le sang d’un chien. L’animal vivait, et soixante-troisjours après, l’on constatait la production de petites tumeurs cancéreuses. Quelques auteurs ont bien cherché à réaliser les mêmes expériences, et ne sont arrivés à aucun résultat, mais un seul fait-positif a plus de valeur que des expériences négatives, même nombreuses, qui, du reste, ont été faites dans de mauvaises conditions; ainsi Vogel injectait du suc cancéreux recueilli trente-six heures après la mort. Cette observation ne prouve rien. Qu’obtiendrait on, par exemple, pour le transport des greffes animales, si l’on se servait seulement de parties mortes depuis longtemps? En acceptant cette théorie, il devient aisé d’expliquer plusieurs faits dont il semble difficile, au premier abord, de se rendre compte.

THÉORIE DE Là MIGRATION DES GERMES 01 1

1° On comprend pourquoi l’infection et la généralisation surviennent ordinairement aune époque assez reculée.

Au début, la tumeur primitive existependant un certain temps sans que les vaisseaux lymphatiques ou veineuxsoient détruits: les éléments pathologiques ne peuvent pas alors passer dans le torrent circulatoire et devenir ainsi la cause des tumeurs secondaires.

2° Il est des tumeurs après lesquelles l’infection et la généralisation se produisent plus ou moins vite, cela dépend des conditions de structure du néoplasme; ainsi, pour les tumeurs carcinomateuses, la généralisation se fait très rapidement; les recherches de Ranvier ont démontré, en effet, que les éléments cancéreux communiquaient directement avec les vaisseaux lymphatiques. Nous aurons bientôt l’occasion d’insister sur ce détail d’anatomie pathologique.

3° Gette théorie nous indique encore pourquoi les tumeurs secondaires sont le plus souvent situées dans le sens du courant sanguin : lorsqu’une première tumeur existe dans la cavité abdominale, c’est au niveau du foie que les tumeurs secondaires se localisent ; c’est, en effet, par la veine porte que les éléments migrateurs passent tout d’abord, et c’est dans le foie, par conséquent, qu’ils viennent aboutir. Quelquefois cependant des tumeurs secondaires ne se déposent pas où il semblait que le dépôt aurait dû s’effectuer : ainsi des tumeurs primitives du sein doivent tout d’abord envoyer leurs cellules émigrées dans le coeur, dans les poumons. Or, souvent dans ces cas, les localisations se forment au niveau du foie.

Nous vous avons signalé des faits semblables au sujet des embolies. Peut on dire, pour expliquer ces faits, que les capillaires du poumon, plus volumineux, ne retiennent pas les éléments pathologiques qui s’arrêteraient plus tard seulement au niveau d’un réseau vasculaire plus étroit? Mais les capillaires du poumon sont les capillaires les plus étroits de l’arbre

circulatoire. Peut-on invoquer la production d’un spasme dilatateur ? Toutes ces raisons ne satisfont pas complètement l’esprit. De même, a fait observer Virchow, dans les cas de variole, les éléments pathologiques circulent certainement dans toutes les parties de l’organisme, et ce n’est cependant qu’au niveau de la peau que les pustules surviennent. En résumé, des cinq théories explicatives que nous avons admises, la théorie de la migration des germes est celle qui nous semble devoir être acceptée, tout en reconnaissant qu’elle présente encore quelques points obscurs.

Récidive des tumeurs. — On dit qu’il y a récidive toutes les fois qu’une tumeur se reproduit après avoir été enlevée ou détruite.

Nous étudierons ce phénomène au point de vue

I des divisions spéciales que l’on peut admettre,

1 de sa fréquence dans le cas de telle ou telle espèce de tumeurs,

/ des caractères différentiels des tumeurs de récidive et i des tumeurs multiples de généralisation.

Division. — L’on peut distinguer la récidive au triple point de vue

( de l’endroit où elle survient, de la nature de la récidive,

( de l’époque à laquelle elle a lieu.

Au point de vue de la région où elle s’opère, les distinctions sont faciles à établir : tantôt la récidive est locale et se fait dans l’endroit même où la tumeur a été enlevée; tantôt elle a lieu à une certaine distance de la cicatrice, au niveau, par exemple, des ganglions voisins.

Au point de vue de sa nature intime, on peut observer la récidive par continuation et la récidive par repullulation. La récidive par continuation n’est pas, à proprement parler, une véritable récidive; des parcelles de la tumeur, laissées au moment de l’ablation, augmentent, et la tumeur se reconstitue.

Page 1