THÉORIES EXPLICATIVES DE L’INFECTION ET DE LA GÉNÉRALISATION
Pour expliquer l’infection et la généralisation, cinq théories ont été proposées.
/ 1° Théorie de la sympathie; l 2° Théorie de l’absorption des produits ichoreux;
) 3° Théorie de la diathèse ;
(4° Théorie du blastème pathologique ;
5° Théorie de la migration deséléments pathologiques de la tumeur, théorie des germes.
4 0 La théorie de la sympathie consiste à penser que les tumeurs multiples naissent sous l’influence des relations de sympathie qui unissent les diverses parties de l'organisme. Celte théorie n’est même pas discutable.
2° Avec la deuxième théorie, les accidents sont expliqués par l'absorption des produils putrides secrétés au niveau de la surface cutanée ulcérée de la tumeur, mais souvent l'infection et la généralisation surviennent, et cependant la tumeur n’est pas ulcérée.
on La théorie de la diathèse ou théorie de Carswell considère les accidents d'infection et de généralisation comme la conséquence de la diathèse augmentée, aggravée. Si cela était, pourquoi l'ablation de la tumeur primitive retarderait-elle le moment de l’infection ?
4° Pour que le blastème pathologique puisse produire l'infection et la généralisation, il faudrait tout d'abord en démontrer la réalité.
5° Avec la théorie de la migration des germes, on explique l’infection par le passage dans le sang ou la lymphe des éléments de la tumeur. Les éléments de la tumeur constituent ensuite les tumeurs de généralisation.
Cette théorie s'appuie sur des preuves :
, , (On trouve souvent des éléments de la tumeur
D anatomie pathologique. , , , . , ,
r ° ^ ' dans le sang ou la lymphe.
, (Expérience de Langenbeck.
De physiologie pathologique. JExpérience de Folliu.
Avec celte dernière théorie, on comprend:
11° Pourquoi les tumeurs multiples se produisent dans le sens du courant sanguin.
2° Pourquoi les tumeurs multiples ne surviennent pas dès le début.
3° Pourquoi l'infection est plus fréquente, plus rapide, la généralisation plus complète dans le cas de certaines tumeurs, le carcinome, patexemple (observation de Cornil et Ranvier).
Diagnostic des tumeurs. — Pronostic des tumeurs. — Tumeurs bénignes. — Tumeurs malignes. — Singulière affirmation de J. Simon. — Traitement. — Traitement médical. — Traitement chirurgical. — Le traitement médical n'est souvent qu'un traitement palliatif. — Le traitement chirurgical se divise en trois catégories : 1° Moyens ayant pour but de modifier la structure de la tumeur ; — 2° Moyens ayant pour but de détruire la vitalité de la tumeur; — 3° Moyens ayant pour but d'extirper la tumeur. — Le premier groupe comprend la compression, l'écrasement ou le broiement sous-cutané, la ligature des artères afférentes, l’application du froid, l’emploi de l'électricité, les injections modificatrices. — Élude de la compression. — Définition. — Origine. — Travaux de Samuel Young. — Spécialisation de cette méthode. — Étude de l'écrasement et du broiement sous-cutané.
— Définition. — Origine. — Travaux de Malgaigne. — Observations de Marshall Hall et de Bonnet (de Lyon). — Étude de la ligature des vaisseaux afférents de la tumeur. — Observations de Jones et Blizard pour la guérison des tumeurs goitreuses. — Application du froid. — Réfrigération simple. — Congélation. — L’idée de cette méthode appartient à Hugues Bennet et à James Aruolt. — L'emploi de l’électricité comporte l'électrisation et la galvanisation. — Électrisation cutanée ; électropuncture. — Galvanisation simplement cutanée. — Galvano puncture. — Historique de l'électrisation. — Premières tentatives de De Haen. — Observations de Mauduyt. — Effets utiles que la foudre produit parfois. — L’emploi de la galvanisation est plus répandu. — Recherches de Crussell de (Saint-Pétersbourg). — Electrolyse. — Conclusions du mémoire du docteur Marianno Semmola (de Naples).
— Injections modificatrices. — Recherches des docteurs Tiersch et Nusbaüm. — Deuxième groupe. — Moyens pour détruire les tumeurs. — Cautérisation. — Cautérisation par le feu. — Cautérisation potentielle. — Cautérisation électrique galvano-caustie. — Electrolyse. — Troisième groupe. — Moyens pour enlever les tumeurs. — Ablation par le bistouri. — Ligature en masse. — Écrasement linéaire. Instrument de Chassaignac. — Instrument de Desgranges. — Différences de la ligature en masse et de l’écrasement linéaire — Cautérisation linéaire. — Cautérisation linéaire ordinaire. — Galvanocauslique et caustique. — Procédé de Létiévant.
— Combinaison de la cautérisation linéaire avec la méthode sanglante ou l’écrasement linéaire.
Messieurs,
Nous achèverons dans cette leçon l’étude du diagnostic, du pronostic et du traitement des tumeurs.
CI N Q U A N TE-DE U X I ÈM E LEÇON
Diagnostic . — Le plus souvent, il est facile de reconnaître la présence d’une tumeur. Quant à poser le diagnostic de l’espèce, le problème est plus difficile à résoudre, et nous ne pourrions l’aborder avant d’avoir passé en revue l’ensemble des néoplasmes.
Pronostic. — Le pronostic ne peut s’établir qu’à propos de chaque néoplasme en particulier : il est, en effet, essentiellement variable, suivant les groupes que nous avons admis à propos des diverses classifications, et suivant les endroits où siège la tumeur.
Nous avons déjà eu l’occasion d’insister sur. les caractères différentiels que présentent les tumeurs d’origine soi-disant conjonctive et celles d’origine épithéliale. Ces dernières, avonsnous dit, s’accompagnent toujours plus souvent I d’engorgement ganglionnaire, l d’ulcération,
) d’infection, j de généralisation,
I de cachexie,
, de récidive.
Cette seule distinction permet une appréciation sérieuse du pronostic des tumeurs malignes, d’une part, et, d’autre part, des tumeurs bénignes.
A propos du pronostic, nous vous signalerons, l’opinion d’un pathologiste anglais, J. Simon. Cet auteur regarde les tumeurs comme des glandes, comme des organes de sécrétion ayant pour but d’extraire du sang des substances nuisibles. Une tumeur, d’après lui, agirait par conséquent comme un organe préservateur. Ainsi le rein est chargé de sécréter l’urine; si sa fonction ne se fait pas, les principes de l’urine s’accumulent dans le sang, et l’on voit bientôt survenir des phénomènes graves d’intoxication. De même, une tumeur éliminerait les substances nuisibles. La déduction thérapeutique est facile à indiquer : se garder d’enlever un néoplasme. De
TRAITEMENT DES TUMEURS
longtemps encore ces idées ne seront pas acceptées; en effet, quand on enlève une tumeur, on ne constate pas d’effets nuisibles dépendant de cette suppression, et le danger le plus grand est devoir, au contraire, le néoplasme récidiver.
Traitement. — Achevons l’étude générale des tumeurs en vous parlant du traitement. Gomme pour le diagnostic et le pronostic, le traitement ne peut être formulé d’une manière complète, chaque groupe, chaque espèce de tumeur comportant une médication particulière. 11 nous semble possible cependant de vous énoncer quelques principes généraux qui pourront vous guider plus tard pour les soins spéciaux que vous aurez à donner quand il s’agira de telle ou telle production pathologique. Les tumeurs naissant ordinairement sous l’influence d’un état général antérieur, d’une diathèse, vous devez comprendre que le traitement comporte deux sortes de moyens :
1° Moyens médicaux, généraux, destinés à modifier la diathèse : traitement médical.
2° Moyens chirurgicaux, locaux, destinés surtout à agir sur la tumeur: traitement chirurgical.
Le traitement médical qui devrait être le plus important, puisqu’il a pour but de s’adresser directement à la cause productrice, ne repose pas, jusqu’à présent, sur des bases bien sérieuses. Ainsi nous verrons, à l’occasion de l’étude du carcinome, que le nombre des remèdes prétendus spécifiques est considérable, mais qu’aucun d’eux ne peut malheureusement être considéré encore comme doué d’une efficacité réelle.
En recherchant avec plus de soin les causes diverses qui peuvent conduire à la production de tel ou tel groupe de néoplasmes, on arrivera probablement à quelques indications médicales plus complètes. De même que la raison conduit à affirmer que chaque espèce de tumeur s’accompagne d’une cachexie spéciale, de même il est logique de penser que chaque espèce de production spéciale doit avoir pour cause une diathèse particulière. Mieux renseignés sur ces diverses diathèses, nous
pourrons plus facilement conseiller telle ou telle médication. Nous vous avons fait entrevoir, en nous occupant de l’étiologie des tumeurs, qu’il était probable que l’état général diathé sique consistait dans la rétention dans le sang de produits d’excrétion destinés à s’éliminer lorsque la santé est normale; cette indication étiologique vous conduira tout naturellement à des indications thérapeutiques particulières : surveiller, par exemple, d’une façon plus minutieuse, le fonctionnement de la peau et le fonctionnement rénal.
Dans bien des cas, le traitement médical n’est que palliatif, et consiste à soutenir les forces du malade par des préparations toniques, à combattre utilement les complications, à empêcher les douleurs, à lutter contre les hémorragies, à empêcher l’in fection putride, quand la tumeur est ulcérée.
Nous aurons à insister plus particulièrement sur ces détails à propos du traitement des tumeurs carcinomateuses.
Examinons surtout le traitement chirurgical.
Traitement chirurgical . — On peut classer en trois groupes distincts tous les moyens locaux qui ont été proposés pour le traitement chirurgical des tumeurs :
A. Première groupe : moyens ayant pour but de modifier la structure de la tumeur.
B. Deuxième groupe : moyens ayant pour but de détruire la vitalité de la tumeur, de la transformer, pour ainsi dire, en une escarre.
G. Troisième groupe : moyens ayant pour but d’extirper la tumeur.
A. Pour modifier la vitalité des tumeurs, le chirurgien peut employer diverses méthodes susceptibles d’agir sur la nutrition de cette tumeur et d’en amener comme la résolution. Broca, dont nous suivons la division, a indiqué la compression, l’écrasement ou le broiement sous- cutané la ligature des artères afférentes, l’application du froid, l’application de l’électricité, nous ajouterons les injections modificatrices.
TRAITEMENT UES TUMEURS
B. Pour détruire la tumeur, le moyen mis en usage est la cautérisation :
! cautérisation au fer rouge, cautérisation avec les caustiques, cautérisation électrique.
G. Pour extirper la tumeur, divers procédés peuvent être employés : extirpation par l'instrument tranchant, ligature en masse de la tumeur, écrasement linéaire, galvanocaustie et cautérisation linéaire.
Nous ne pouvons certainement pas vous exposer en détails l’ensemble de tous ces procédés, et cependant nous contenter de vous les mentionner comme nous venons de le faire nous semble insuffisant. Nous les passerons donc successivement en revue, et à propos de chacun d’eux nous vous signalerons rapidement en quoi ils consistent, nous vous indiquerons pour quelle espèce de tumeur ils peuvent être plus particulièrement employés. En d’autres termes, nous étudierons pour chaque méthode, sa définition, son origine, son application à telle ou telle tumeur.
Nous suivrons cet ordre, mais sans, nous y astreindre d’une façon trop formelle.
Premier groupe. — Pour modifier la structure d’une tumeur on peut employer, avons -nous dit, la compression, l’écrasement et le broiement sous- cutané, la ligature des artères afférentes, l’application du froid, l’application de l’électricité, et les injections modificatrices dans le tissu de la tumeur.
Compression . Définition. — La compression consiste, à exercer une pression plus ou moins prolongée au niveau de la tumeur. Cette compression diminue la quantité de sang qui s'y rend, modifie la nutrition des éléments, et, par conséquent, favorise la diminution et la résorption du néoplasme.
Origine. — C’est dans notre siècle que le traitement des tumeurs par la compression a été utilisé d’une façon régulière. Quoique Hunter ait signalé cette méthode, et que Desault l’ait
aussi mise en usage, c’est à Samuel Young(lSÜ9, 1815, 1816) que l’on est endroit d’en faire remonter l’origine. On attribue généralement en France cette médication à Iiécamier; mais ses essais datent seulement de 1816, et ce ne fut qu’après son retour d’Angleterre qu’il entreprit ce traitement qui eut tout d’abord un succès considérable ; mais à mesure que le diagnostic fut plus complet, on s’aperçut que, dans les cas vraiment difficiles, ce procédé était souvent infidèle. Il arriva alors ce qui se produit fréquemment, l’engouement fut remplacé par un abandon presque complet, si complet que pendant les dix premières années de son service, de 1841 à 1851, Broca ne vit pas un seul cas de tumeur traitée dans les hôpitaux de Paris par la compression.
Application. — L’abandon de cette méthode a été poussé trop loin. La compression peut donner de bons résultats. Ace propos, vous retiendrez les indications suivantes :
1° La compression est utile pour le traitement des tumeurs hypertrophiques, les adénites chroniques, les tumeurs plastiques d’origine inflammatoire.
2° Elle offre une ressource précieuse pour les tumeurs du sein compliquées de douleurs très vives ou mieux pour cette affection assez fréquente que l’on désigne sous le nom de sein douloureux. Les malades accusent des douleurs au niveau de cet organe, surtout au moment de la menstruation. Une compression bien faite réussit presque toujours, et ce moyen est d’autant plus précieux que l’on est habituellement désarmé contre ce symptôme.
3° La compression peut être utile dans les cas de tumeurs érectiles de petit volume placées dans une situation convenable. Tout le monde connaît le fait heureux cité par Boyer d’une tumeur de cette nature de la lèvre supérieure : la compression était faite plusieurs heureschaque jour, quelquefois cinq ou six heures de suite. Roux guérit ainsi sa fille d’une tumeur érectile du front ; mais la guérison ne fut complète qu’après un