‹ Leçons de pathologie chirurgicale généraleChapitre 225 sur 270 · APPLICATION DU FROID SUR LES TUMEURS · texte numérisé non relu

APPLICATION DU FROID SUR LES TUMEURS

normale, le néoplasme tend à s’atrophier. Quoique l’idée de cette méthode ait dû se présenter à l’esprit dès la découverte de Harvey, ce ne fut qu’en 1811 que les premiers essais furent tentés. Joncs et Blizard essayèrent d’obtenir la guérison de tumeurs goitreuses au moyen de ce procédé, mais les tentatives furent peu encourageantes.

Voici dans quels cas cette méthode a été conseillée.

iu Roux, Verneuil, Richet, Fleury (de Clermont) ont cité quelques observations de succès pour des tumeurs vasculaires des os.

2° La ligature préalable des vaisseaux artériels d’une tumeur très volumineuse permet quelquefois de réaliser plus tard l’ablation que le chirurgien n’ose pas tenter de suite. Quant à la guérison des tumeurs malignes, quelques faits en ont été rapportés, mais ils sont trop peu nombreux et analysés d’une façon trop incomplète pour que l’on puisse considérer la méthode comme ayant une efficacité réelle.

3° L’opération peut être faite pour éviter d’ètre obligé plus tard d’en venir aune intervention d’une gravité plus exceptionnelle ; ainsi la ligature des artères thyroïdiennes rend supportable une tumeur goitreuse ; celle de la fémorale empêche parfois l’obligation d’avoir recours à l’amputation de la cuisse.

Application du froid sur les tumeurs. — Outre la compression, l’écrasement sous-cutané et la ligature des vaisseaux afférents, le chirurgien peut encore modifier les tumeurs en abaissant leur température par la réfrigération simple ou la congélation, en maintenant appliquées sur la tumeur des compresses d’eau froide, de la glace ou des mélanges réfrigérants.

L’idée de cette médication appartient à Hugues Bennet et à James Arnolt, à qui l’on doit l'introduction dans la pratique de l’anesthésie locale par réfrigération (1849). Dans ses premières tentatives, Arnolt essaya tout d’abord de calmer seulement ces douleurs si vives et si désolantes que ressentent les malades atteints de productions cancéreuses. Dans un cas de

Bkrnk. — Palh. chir., II.

cancer du col, un mélange réfrigérant, maintenu directement sur la tumeur, au niveau de laquelle un spéculum de gutta percha avait été placé, amena un soulagement presque immédiat.

Il est difficile do porter un jugement définitif sur cette méthode. L’application du froid calme certainement les douleurs et diminue l’affiux sanguin ; théoriquement on est en droit d’espérer qu’elle peut modifier la vitalité des éléments néoplasiques et les détruire sans occasionner de processus gangréneux, mais l’on ne peut [citer un seul cas où la disparition de la tumeur ait été complète. Dans un article d’appréciation qui parut dans les Archives de 1855, Follin a cependant relaté une observation due à Simon, chirurgien de Londres. Il s’agissait d’une tumeur du sein du volume d’une orange. Après avoir cherché, mais inutilement, à supprimer les douleurs très vives que la malade ressentait, Simon appliqua directement de la glace sur le sein ; les douleurs furent calmées presque instantanément; après quinze jours, la tumeur commençait à diminuer et au bout de trente -quatre jours de traitement, la disparition du néoplasme était complète. On ne sentait plus qu’une induration aplatie, de consistance fibreuse, sur laquelle la peau adhérait. Plus tard cependant, la généralisation avait lieu et la malade succombait.

En définitive, l’application du froid sur une tumeur peut être considérée comme une méthode plutôt palliative que vraiment curative. Elle peut rendre néanmoins de grands services; souvent, en effet, dans le traitement des tumeurs à pronostic grave, le chirurgien est porté ou à trop faire ou à ne rien tenter ; on fait trop quelquefois, on cautérise, par exemple, et l’on devient ainsi l’occasion de douleurs plus vives encore. En employant le procédé de la réfrigération, on reste dans les limites d’une intervention modérée et utile.

Emploi de V électricité. — Cette méthode consiste à faire passer un courant électrique dans les tissus néoplasiques pour produire à ce niveau soit des modifications chimiques, soit

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