‹ Leçons de pathologie chirurgicale généraleChapitre 226 sur 270 · EMPLOI DE L’ELECTRICITE · texte numérisé non relu

EMPLOI DE L’ELECTRICITE

une excitation vitale capable d’occasionner des changements moléculaires favorables, on peut agir par électrisation ou par galvanisation.

L’électrisation comporte l’action des machines rotatives ou des appareils à induction pour déterminer des chocs électriques, ou pour tirer des étincelles au niveau de la tumeur. Tantôt les effets électriques sont appliqués simplement du côté de la peau, c’est X électrisation simple on cutanée; tantôt on cherche à obtenir une action plus profonde en faisant pénétrer le courant électrique au milieu même de la masse pathologique dans laquelle des aiguilles ont été introduites: c’est Vélectro-puncture.

La galvanisation comporte aussi la galvanisation simplement cutanée, et lagalvano-puncture. En employant la galvano-puncture, on fait pénétrer directement les courants continus dans la tumeur au moyen d’aiguilles qui la traversent.

Electrisation. — Il y a environ un siècle que l’on essaie de faire résoudre des tumeurs au moyen de l’électricité. L’idée première appartient à De Haen, qui chercha tout d’abord à obtenir la résolution des engorgements ganglionnaires strumeux, en les modifiant par des secousses électriques ; ses tentatives furent peu fructueuses. Mauduyt, dans un mémoire de 1784, publia ensuite des observations assez nombreuses de succès: il s’agissait d’adénites strumeuses. Les guérisons que l’on voit quelquefois se produire à la suite de la fulguration autorisent à accorder une certaine importance à cette méthode. Ainsi vous trouverez dans l’ouvrage deScstier la relation du fait suivant : Une malade était atteinte d’une tumeur squirrheuse du sein gauche; au moment d’un orage , elle reçut un coupde foudre sur la partie gauche de la poitrine, le courant parut avoir traversé le sein et être sorti en arrière du thorax. La malade resta sans mouvement pendant plusieurs heures. Deux jours après l’accident, la tumeur était diminuée, et peu de temps après sa disparition était complète.

On comprend cependant qu'il soit difficile d’user bien métho

diquement cïe l'influence des chocs électriques, et que, dans la crainte d’agir trop fortement, on arrive souvent à n’user que d'une médication insignifiante.

Galvanisation. — Le procédé de la galvanisation a été plus fréquemment mis en usage. Nous ne vous citerons que très rapidement les essais de Sigaud, La Fond (Paris 1803, De V électricité médicale ), La Beaume {Du Galvanisme appliqué à la médecine , Paris, 1828), les observations de Masse (De l’électricité en thérap. Journ. des Connaiss. mèd. chirurg ., 1850), les recherches de Duchenne (de Boulogne), 1834.

Cette méthode a été surtout utilisée pour obtenir la résolution des tumeurs ganglionnaires.

11 y a quelques années, Crussell de (Saint-Pétersbourg) crut pouvoir affirmer que le courant continu porté jusqu’au centre des tumeurs solides modifiait les éléments anatomiques et amenait leur disparition. Les éléments comme dissous devaient, disait-il, s’écouler le long de l’aiguille, et des tumeurs, même volumineuses, étaient détruites et disparaissaient molécule à molécule. Ces prévisions ne se réalisèrent pas, et l’auteur luimême renonça à sa méthode.

Il semble que, depuis quelques années, les idées de Crussell tendent à aboutir à des résultats plus complets. Les effets gai vaniques ont été étudiés d’une manière plus sérieuse, et des essais nouveaux autorisent à avoir une confiance plus grande dans ce que l’on appelle maintenant l’électrolyse.

Des observations nombreuses ont été publiées pour le traitement des fibromes utérins. S’il était bien prouvé comme le docteur Chéron l’a indiqué, que les courants continus augmentent la circulation de la région sur laquelle on fait l’application et que les courants interrompus provoquent, au contraire, une action dénutritive, en s’opposant à l’afflux des liquides, on comprendrait les divers résultats que les pathologistes ont obtenus, les uns affirmant des guérisons, les autres des in-

succès.

EMPLOI DK L’KLRGTRICITK

Tout dernièrement, un mémoire lu au Congrès de Londres par le docteur Mariano Semmola (de Naples) a été accueilli avec une certaine faveur. En voici les conclusions :

Le traitement électrolytique appliqué aux tumeurs, même de mauvaise nature, est capable de les guérir en suscitant trois processus :

a) En produisant quelquefois de petits foyers d’inflammation avec sclérose consécutive, la tumeur se réduit à un volume minime vis-à-vis de son volume primitif, et il reste à la place une induration définitive et innocente, un ccvput rnorluum de tissu cicatriciel.

b) En produisant, d’autres fois, une transformation colloïde et graisseuse dans la masse de la tumeur, surtout lorsqu’elle est en voie de ramollissement.

c) En provoquant une inflammation avec suppuration disséquante, fragmentation du néoplasme, et issue de ses détritus.

En envisageant seulement ce dernier résultat, ou devrait sans doute faire rentrer l’électrolyse dans la deuxième classe des méthodes que nous avons admises. Mais les premiers effets produits 11e sont cependant que des effets de processus modificateur. Les observations sur lesquelles l’auteur s’appuie sont très probantes : il s’agit de sarcome mammaire, d’épithéliome et de fibro-sarcome, dont la disparition a été obtenue après quelques séances. Dans un cas, vingt-quatre séances de dix à quinze minutes et renouvelées tous les deux jours ont suffi; dans les autres, trois ou quatre mois ont été nécessaires. Le pôle négatif est celui que l’on met en rapport avec l’aiguille placée dans la tumeur; l’autre pôle, représenté par un charbon recouvert de toile pour empêcher l’effet caustique, est appliqué sur la peau à quelque distance du néoplasme. Cette opération occasionne assez souvent une souffrance prononcée ; parfois le malade se plaint de douleurs lancinantes, comme des traits de feu traversant la masse néoplasique; il accuse une sensation de bulles se produisant dans la masse morbide ; souvent, en effet,

sous l’influence de l’action produite par le courant, des gaz s’infiltrent dans les tissus. Ajoutons que, pour rendre la médication plus active, l’auteur administre pendant un certain temps l’iodure de potassium à haute dose. Cette méthode est à peu près la même que celle du docteur Neftel de (New-York), qui depuis 1877 a publié aussi des guérisons assez nombreuses. Comme ce dernier chirurgien a surtout pour but la destruction immédiate des tumeurs, nous nous réservons d’examiner son procédé lorsque nous passerons en revue les moyens thérapeutiques de la deuxième classe que nous avons admise.

En 1866, après avoir examiné les applications de l’électricité au traitement des tumeurs, Broca terminait en faisant observer que les tentatives n’avaient pas été faites jusqu’alors avec assez de rigueur; espérons que nous arrivons à une période plus fructueuse. En face de faits aussi imprévus, il est certainement prudent d’attendre encore de nouveaux essais impartiaux, qui, s’ils réussissent, occasionneront une révolution complète dans les doctrines et les méthodes.

Injections modificatrices. — On peut, en dernier lieu, pour modifier les tumeurs, injecter dans leur tissu certaines substances, de la pepsine, par exemple, du nitrate d’argent, de l’acide acétique, du perchlorure de fer ; ces liquides, injectés même en petite quantité, agissent sur la vitalité des éléments, modifient ainsi plus ou moins le tissu néoplasique, et l’on comprend que l’on puisse obtenir, soit l’arrêt, soit la résorption du néoplasme. Des recherches nombreuses ont été faites dans ce sens par le docteur Tiersch et Nusbaiitn. Nous examinerons cette méthode à propos du carcinome.

11 nous reste à passer en revue les moyens dont on peut se servir pour détruire ou pour enlever les tumeurs.

Deuxième groupe. — Pour détruire les tumeurs, le chirurgien se sert de la cautérisation, que l’on effectue avec le fer rougi au feu, avec les caustiques, ou par des procédés électriques :

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