TRAITEMENT CHIRURGICAL DU CARCINOME
actif de la ciguë, delà conicine; il l’employait simultanément à l’extérieur et à l’intérieur. A l’intérieur, Devay prescrivait soit des pilules, soit du sirop de conicine. A l’extérieur, il employait du baume de conicine, quelquefois du baume de conicine ioduré ou bromuré. Ce traitement a été souvent mis en usage dans notre ville, mais les insuccès ont été nombreux, et si l’on réussit dans quelques cas à diminuer lin peu les douleurs ressenties par le malade, le plus ordinairement l’effet définitif est nul.
4° Les préparations d’arsenic ont été prescrites. Walsh a cru devoir accorder une valeur assez réelle à l’iodure d’arsenic. Justamond, Lefèbvre de Saint-Ildefonde regardaient ce moyen comme infaillible. Roennow a prétendu avoir réussi en soumettant les malades cancéreux à l’usage de cette préparation. L’emploi de l’arsenic peut, dans quelques conditions et quand il est bien supporté, relever les forces, stimuler les fonctions digestives; mais aucune observation sérieuse ne prouve que ce moyen ait pu guérir un carcinome, ou empêcher .la récidive.
5° L’action incontestable du mercure sur l’organisme humain a dû faire tenter l’emploi de cette substance. Cette médication altérante ne doit être employée qu’avec une prudence extrême, et l’opinion de Roux a prévalu : l’action de ce médicament doit être, pour le traitement du carcinome, regardée comme nuisible et laissée complètement de côté.
6° Il nous paraît inutile d’insister sur l’emploi d’autres préparations métalliques, puisque l’expérience a démontré l’inutilité de ces diverses médications, telles que celles par l’iode, le fer, la baryte ou le cuivre.
7° Au point de vue étiologique, il semble qu’un traitement par les alcalins doive avoir une certaine importance. Rroca accepte la médication alcaline comme une des plus rationnelles ; mais, d’un autre coté, Velpeau regarde son influence comme complètement nulle. Nous avons eu l’occasion de prescrire bien
souvent l’emploi des alcalins à haute dose, mais sans aucun succès.
Quelques eaux minérales ont été conseillées ; nous devons mentionner en particulier celles de Celles (Ardèche). Un caractère chimique spécial les distingue de la plupart de nos eaux françaises, c’est la présence du carbonate de potasse.
Nous n’avons pas la prétention de vous avoir indiqué l’ensemble complet de toutes les médications qui ont été proposées pour le traitement du carcinome. Les affections les plus graves sont tout naturellement celles contre lesquelles on a essayé le plus grand nombre de remèdes, mais malheureusement, toutes ces tentatives ne font que mieux démontrer l’insuffisance des moyens qui ont été conseillés.
Velpeau se contentait habituellement de prescrire au malade cancéreux de l’iodure de potassium à faible dose, de l’huile de foie de morue, un purgatif tous les dix-huit à vingt jours, et quelques bains mucilagineux.
Nous regrettons cependant des phrases aussi décourageantes que celle que le docteur Hénocque a écrite dans 1 o, Dictionnaire de Dechambre : « Un médecin sérieux ne recherche pas plus le spécifique du cancer que le problème du mouvement perpétuel. » Bien des découvertes nouvelles peuvent être réalisées ; depuis quelque temps, la constatation du bacillus de la tuberculose a ouvert certainement des horizons tout nouveaux à la thérapeutique de cette affection que l’on s’est contenté, pendant bien longtemps, de regarder, ainsi que le- carcinome, comme une production pathologique hétéromorphe. Qui nous dit qu’il n’en sera pas de même pour la néoplasie carcinomateuse.
Nous venons de passer en revue le traitement prophylactique et le traitement médical du carcinome, voyons actuellement le traitement chirurgical.
C. Traitement chirurgical — L’on peut accepter pour ce traitement, la division que nous avons établie pour le traitement des tumeurs en général ;
TRAITEMEMT CHIRURGICAL DU CARCINOME 705
1° Méthodes ayant pour but de modifier la tumeur et
Ide la faire résoudre ;
2° Méthodes ayant pour but de détruire sur place la tumeur ;
3° Méthodes ayant pour but d’enlever la tumeur.
A la première catégorie se rapportent :
a) L’application d’un grand nombre de topiques, conseillés comme moyens thérapeutiques résolutifs. Vous en trouverez une énumération assez complète dans l’article du Compendium de chirurgie : Goulard recouvrait les parties malades de compresses imbibées d’une solution d’acétate de plomb ; Carmichael (de Dublin) préconisait les sels ferreux ; Gilibert (de Lyon) conseillait souvent des cataplasmes de fenouil.
En 17G6, Sultrer a vanté comme topique la pulpe de carotte ; d’autres ont conseillé la racine de bryone.
Velpeau prescrivait parfois des sangsues, surtout au début de’ la tumeur; il est évident que l’emploi de ce moyen diminue pour un certain temps l’engorgement des tissus, et que l’on réussit très souvent en agissant ainsi à amoindrir les douleurs d’une façon sensible ; mais, comme résultat définitif, il n’y a pas à compter sur l’emploi de cette thérapeutique. Bell pratiquait dans quelques circonstances la ponction des veines dilatées.
h ) Pour modifier la tumeur, l’on peut aussi mettre en usage la compression, la ligature des vaisseaux artériels, l’emploi du froid, l’électricité, et les injections modificatrices.
L’examen que nous avons déjà fait de ces diverses méthodes, lorsque nous nous sommes occupés du traitement des tumeurs en général, nous dispense d’insister de nouveau sur ces divers procédés; nous nous contenterons seulement de quelques indications plus spéciales que comporte l’emploi de ces moyens quand ils sont utilisés pour le traitement en particulier du carcinome.
Berne. — Path. chir , II.
Pour l’emploi de la compression, par exemple, sachez d’avance que cette méthode peut souvent non seulement être inutile, mais encore dangereuse, comme l’a fort bien observé Velpeau : on perd du temps en la mettant en usage; on favorise l’infection en comprimant le néoplasme et en sollicitant la résorption des particules élémentaires qui entrent dans sa composition. Le succès peut sembler tout d’abordréel, et la tumeur paraître diminuer; mais cette diminution est le plus souvent trompeuse et dépend simplement de son enfoncement plus complétai! milieu des tissus.
Il y a peu de temps cependant que cette méthode a été de nouveau préconisée par le docteur Bouchut ( Gazette des Hôpitaux , 1878). On obtient, dit-il, l’ischémie forcée de la glande mammaire par une compression permanente faite au moyen du caoutchouc vulcanisé, et l’ischémie déterminant l’atrophie graduelle de la glande, on peut arriver ainsi à une guérison complète.
C’est surtout pour le traitement des tumeurs cancéreuses que les injections modificatrices ont été tentées : injectionsde suc gastrique, de pepsine, de suc pancréatique, injections d’alcool, de sulfate de zinc, de perchlorure de fer, de créosote, de nitrate d’argent, de sel marin, d’acide acétique. Simpson, Barclay, Broadbent, Lent, Thiersch, Nusbaum ont relaté d’assez nombreuses observations. Vous trouverez dans la Gazette des Hôpitaux de 1878 un fait de Th. Giess (Deutsche Zeit. f. Chirurgie) qui vous indiquera assez bien les phénomènes qui se passent à la suite de ces tentatives. Dans un cas de tumeur cancéreuse sous-maxillaire, l’auteur injecta pendant dix jours une solution d’acide acétique dans la proportion de 1 sur 3. Chaque fois, l’injection était faite par une seule piqûre dirigée de plusieurs côtés, en sorte que le liquide atteignait une grande étendue du néoplasme. On appliquait ensuite quelques cataplasmes pour diminuer le gonflement que l’opération déterminait. Au dixième jour, on pratiqua à