DÉVELOPPEMENT DU LIPOME
la substance corticale du cœur. Ces lipomes sont plus fréquents dans le parenchyme des glandes.
Dans les os, les lipomes sont rares. Broca en a rapporté un fait : la tumeur était développée dans le maxillaire inférieur. Corail et Ranvier en ont vu un exemple dans le corps du fémur.
Au sein, les lipomes acquièrent parfois un volume considérable, c’cst au niveau des canaux galactophores et des acini que la néoformation graisseuse se dépose.
Au point de vue clinique, le siège du lipome peut être indiqué d’une manière plus pratique. L’on distingue sous ce rapport, d’une part, des lipomes superficiels ; d’autre part, des lipomes profonds. Le lipome superficiel est représenté par le lipome du pannicule graisseux ; le lipome profond comprend les lipomes sous-aponévrotique et musculaire, capsulaire, sous-séreux, sous -muqueux, intra-glandulaire.
Ces divers lipomes correspondent, du reste, aux trois divisions générales que nous avons admises: Lipomes sous-cutané , d? interposition et de constitution .
Pour achever l’examen pathologique que nous avons commencé, il nous reste à vous donner quelques détails sur le développement du lipome, les modifications pathologiques qu’il peut présenter et les causes qui le produisent.
Développement du lipome. — Le plus souvent, le développement échappe à l’investigation; il est évident que l’on ne peut guère observer un lipome à sa période de début. Voici les opinions qui ont été émises à ce sujet. On peut les ramener aux deux suivantes: Pour Fœrster, les vésicules adipeuses du lipome proviennent de cellules embryonnaires, ces cellules se laissent peu à peu distendre par de la graisse. Pour Virchow, les cellules adipeuses de la nouvelle tumeur procèdent des cellules plasmatiques du tissu muqueux. Il y a, du reste, une analogie assez grande entre ces deux opinions. Pour l’un et l’autre de ces deux auteurs, le lipome ne proviendrait pas du
tissu adipeux qui préexiste clans la partie où la tumeur survient, et c’est au niveau des cellules embryonnaires ou des cellules muqueuses que la graisse se développe, souvent, à la suite d’un traumatisme quelconque, pression ou frottement répétés. Si ce développement était bien réel, il s’ensuivrait, comme l’a fait observé Corail, que le lipome serait presque toujours une tumeur hétéroplasique, c’est-à-dire née d’un autre tissu que le tissu adipeux dont elle est formée. Sans doute, quand on voit ce néoplasme se développer surtout dans les parties de l’organisme où il existe préalablement du tissu graisseux, on est porté à rattacher l’origine de la tumeur à ce tissu graisseux préexistant, et cependant une loi générale, établie par Corail et Ranvier, semble prouver que les éléments cl’un tissu morbide se développent toujours aux dépens des éléments embryonnaires quelle que soit, du reste, la nature bonne ou mauvaise du néoplasme. Toute tumeur, en d’autres termes, serait toujours hétéroplasique. Une fois né, le lipome est habituellement sujet à un développement lent et continu ; l’accroissement est parfois intermittent, et ce n’est qu’à certains moments que l’on voit le néoplasme augmenter. Type de tumeur bénigne, le lipome reste souvent stationnaire et évolue sans présenter aucun des caractères de la malignité. Cette lésion reste toute locale, et lorsqu’elle devient l’occasion de troubles fonctionnels graves, cela dépend le plus souvent de la compression exercée sur les parties voisines.
Modifications 'pathologiques du lipome. — Notez tout d’abord que le lipome peut subir quelques transformations nutritives : 1° Il présente parfois la transformation graisseuse: qu’un lipome puisse devenir graisseux, il semble que ce soit là une affirmation paradoxale, il n’en est rien cependant. Voici, dans ce cas, les phénomènes qui se passent : Les vésicules adipeuses se fragmentent et se réduisent en granulations ; au lieu de renfermer des cellules remplies de gouttelettes huileuses, la tumeur se compose alors de petits corps granuleux ; son tissu présente à
ÉTIOLOGIE DU LIPOME
l’œil nu une teinte plus grise; sa consistance augmente. Cette tumeur ressemble alors un peu soit au sarcome, soit au carcinome squirrheux en voie de dégénérescence graisseuse.
2° Le lipome peut s’enflammer, suppurer et se gangréner. Ces diverses modifications pathologiques sont presque toujours dues à des causes traumatiques, l’intervention d’une contusion ou d’une pression exagérée. Vous trouverez dans l’article de Broca l’observation d’un abcès survenu dans le centre d’un lipome. Abernethy avait déjà mentionné la possibilité de ce fait, mais les observations en sont excessivement rares, et c’est à peine si l’on peut en citer cinq ou six exemples.
La gangrènepeut être le résultat de l’inflammation des lipomes, elle peut survenir, par exemple, à la suite d’accidents inflammatoires traumatiques ; quelquefois, lorsque le lipome est pédiculisé, le pédicule peut se rompre en partie, et la tumeur, privée alors de ses vaisseaux, subir le processus gangréneux. Vous trouverez assez fréquemment des lipomes ulcérés, mais cette ulcération est presque toujours le résultat de conditions traumatiques. Quelquefois, les lipomes s’infiltrent de sels calcaires. Cette modification, d’après Virchow, se rencontrerait assez fréquemment au niveau des très petits lipomes des villosités synoviales, ce serait une des origines assez fréquentes des corps étrangers des articulations.
Etiologie. — Comme causes du lipome, voici les observations qui nous ont semblé les plus importantes :
1° Dans la plupart des cas, on ne peut assigner aucune cause à la présence d’un lipome ; quelquefois cependant des pressions répétées semblent avoir été l’occasion du développement de la tumeur; ainsi, chez les portefaix, on voit assez fréquemment survenir des lipomes à la nuque ou à la face postérieure des épaules. Broca a cité l’observation d’une religieuse 'chez laquelle il enleva une de ces tumeurs qui siégeait au niveau de la rotule.
2° Il semble tout d’abord naturel de rattacher la production
d’uu lipome à l’obésité générale de certains individus; cette observation n’est pas juste. Il est fréquent, en effet, de voir des sujets excessivement maigres porteurs cependant de lipomes volumineux.
3° Il faut admettre parfois l’existence d’une véritable diathèse lipomateuse. Quelquefois, en effet, on rencontre chez le même sujet un très grand nombre de lipomes. Dans ces cas, ces tumeurs multiples sont presque toujours sous-cutanées, et, fait assez bizarre, elles sont presque constamment localisées dans une seule région; ainsi, Broca a .cité l’observation de neuf lipomes développés à la nuque et dans la région dorsale.
Le nombre des lipomes multiples varie dans des proportions considérables : on peut en rencontrer trois ou quatre chez le même individu; d’autre fois, cinquante ou cent. Marjolin et Aiibert ont même cité des observations où il en est signalé plusieurs milliers.
Quelquefois, les lipomes multiples sont symétriques ; ainsi, en 1857, Morel- Lavallée a publié dans la Gazette des Hôpitaux l’observation d’un malade, porteur de deux lipomes siégeant au niveau des creux poplités. Les lipomes multiples sont très petits, et se développent presque toujours d’une manière successive.
4° Le plus souvent l’hérédité ne peut être invoquée. Cependant, Virchow a rapporté une observation empruntée à Murchison (Journ. rnédic. d’Edimbourg, juin 1857) et qui semble prouver qu’elle peut, jouer un certain rôle : ce chirurgien a vu dans la même famille, le père et les deux filles présenter des lipomes dans des régions identiques.
5° Le lipome se développe à tout âge, mais c’est surtout après trente ans que les exemples en sont le plus fréquents. Heyfelder a noté cependant deux lipomes congénitaux.
6° On a prétendu que les femmes étaient plus prédisposées à cette lésion. Cette assertion, d’après Broca, ne semble mériter aucune créance.