DIAGNOSTIC DU LIPOME
G. Examen clinique. — Nous avons étudié jusqu’à présent le lipome au point cle vue anatomique et au point de vue pathologique, examinons actuellement ce que l’on peut appeler le point de vue clinique, c’est-à-dire, le diagnostic, le pronostic et le traitement.
Diagnostic. — Le lipome constitue le plus souvent une tumeur indolente bien circonscrite, peu ou pas adhérente avec les parties profondes ou avec la peau; cette tumeur est un peu molle et comme spongieuse. Dans ces conditions, le diagnostic est facile à porter; mais quelquefois la tumeur présente des caractères différents : sa dureté est, par exemple, plus considérable, ou bien la pression détermine un peu de douleur. Souvent l’on constate des adhérences aveclesparties voisines. 11 est alors plus difficile de se prononcer, et l’on peut croire, soit à l’existence d’un fibrome peu consistant, soit à une tumeur encéphaloïde. L’étude du développement et de la marche de la lésion, l’absence de tout engorgement ganglionnaire vous empêcheront de vous tromper.
Un anévrisme rempli de caillot a pu être confondu avec un lipome.
L’erreur la plus facile à commettre consiste à confondre le lipome avec une tumeur fluctuante, un abcès, par exemple, ou un kyste. 11 faut avoir soin, dans ces conditions, de ne pas prendre pour une sensation defluctuation la sensation de soulèvement en masse que l’on perçoit au niveau d’une tumeur molle et spongieuse. L’erreur est quelquefois presque inévitable et nous n’en voulons d’autre preuve que le fait suivant : Lisfranc déposa un jour sur le bureau de l’Académie de médecine deux tumeurs lipomateuses recouvertes de l’enveloppe cutanée, en priant ses collègues de se prononcer. Tous les chirurgiens présents reconnurent de la fluctuation. Pareille erreur a été signalée aussi à la Société de chirurgie.
Pour arriver à la vérité :
1° Cherchez à percevoir la fluctuation dans le sens delà longueur et dans celui de la largeur.
2° Ayez soin défaire comprimer la tumeur suspecte transversalement : cherchez ensuite les oscillations caractéristiques, elles se produiront si la tumeur contient du liquide. Avant d’en venir à une opération grave, il est évident que l’on fera bien d’avoir recours à une ponction exploratrice, pour peu que l’on ne soit pas complètement sûr du diagnostic. Il pourrait arriver cependant que la ponction exploratrice ne donnât pas issue à du liquide, malgré l’existence d’un kyste ou d’un abcès: un grumeau peut obstruer la canule.
Dans le cas de doute entre un carcinome encéphaloïde et un lipome, si l’on fait une ponction, l’aiguille introduite dans la tumeur encéphaloïde peut exécuter facilement des mouvements. Vous ne pourrez, au contraire, imprimer aucun mouvement à à l’aiguille introduite dans le lipome, cette aiguille est, en effet, immobilisée par les tractus cellulo-fibreux qui forment, pour ainsi dire, le squelette des tumeurs graisseuses.
Vous ne confondrez pas le lipome avec une lésion particulière du cou ayant son siège principal au niveau du creux sus- claviculaire, affection sur laquelle le professeur Verneuil a appelé l’attention, dès 1879, et à laquelle il a donné le nom de pseudolipome sus-claviculaire. Le pseudo-lipome sus-claviculaire constitue une saillie qui transforme la dépression habituelle à cette place en une convexité dont le relief peut s’élever de 2 et même 3 centimètres au-dessus du plan des parties voisines. Cette saillie ne s’accompagne d’aucun changement de couleur à la peau, elle n’est ni dure, ni fluctuante, ni susceptible de garder l’empreinte du doigt, comme les parties œdémateuses. Comme pour la tumeur adipeuse, la palpation ne détermine aucune douleur, et l’analogie avec le lipome est si grande que, pour caractériser la sensation qu’elle fournit au toucher, Verneuil ajoute que la palpation donne la sensation d’une tumeur riche en tissu adipeux, telle que la paroi abdominale ou la fesse d’un sujet un peu obèse. Pour le professeur Potain, le pseudo -lipome n'est qu’un œdème du tissu cellulaire graisseux qui se produirait dans