‹ Leçons de pathologie chirurgicale généraleChapitre 25 sur 270 · PANSEMENTS PROTECTEURS · texte numérisé non relu

PANSEMENTS PROTECTEURS

et collaborateur de Guérin, une observation vient à l’appui de cette affirmation. Il s’agit d’un malade confie aux soins d’un chirurgien peu habitué à ce genre de pansements, la douleur persistait, le malade vint à la consultation, le pansement fut refait, et quand on appliqua la dernière épingle, le malade affirmait qu’on lui avait « enlevé la douleur comme avec la main ».

b) Les phénomènes généraux réactionnels sont habituellement très modérés. Le pouls reste aux environs de 90, la température se maintient à 38°, 05, 39°. A part quelques rares exceptions, le malade conserve l’appétit. En un mot, amoindrissement et quelquefois même suppression complète de la période inflammatoire.

c) La cicatrisation s’opère ensuite sous le bandage, et lorsque, après quinze jours ou trois semaines, on refait le pansement, on découvre une plaie vermeille, couverte de bourgeons charnus bien développés, baignée d’un pus crémeux, épais, d’aspect variable, mais dont la quantité est, en général, peu considérable, eu égard surtout au temps qui s’est écoulé.

d) Le plus souvent, les accidents consécutifs des plaies sont évités. D’après l’auteur, les résultats cliniques seraient même des plus remarquables. Ainsi, à l’hôpital Saint-Louis, du mois de septembre 1870 au mois de février 1871, A. Guérin conservait un seul de ses amputés. A partir du moment où il mit en pratique son mode de pansement, quoique les conditions hygiéniques des blessés fussent restées identiques, les résultats changèrent complètement et la plupart des malades guérirent.

Quelle est l’explication théorique des bons effets de cette manière de faire? Le pansementà la ouate, utilise en les combinant plusieurs méthodes de traitement : rareté des pansements, immobilisation, maintien des parties à une température constante et uniforme, compression élastique, filtration de l’air.

Il est difficile, du reste, de préciser quelle est celle de ces

diverses conditions qui joue le rôle principal. Pour l’auteur, la suppression des germes qui seraient retenus par le coton et qui n arriveraient pas- sur la plaie serait le fait important, capital. Quelques recherches de Dusch ont semblé, en effet, établir qu’une infusion de substances organiques mise en contact avec de l’air filtré au travers du coton ne se putréfiait pas. On a prétendu, en outre, qu’il était possible, par exemple, d’empêcher du lait ou du bouillon d’aigrir en recouvrant le vase qui contient ces liquides d’une feuille de ouate. Cette théorie, est séduisante, mais ne peut être cependant acceptée complètement. Gosselin a trouvé des vibrions et des bactéries dans le pus des plaies de plusieurs amputés qui avaient été soumis à ce mode de pansement, et dont les plaies, du reste, se cicatrisaient très régulièrement.

Depuis quelques années d’ailleurs, les avantages de cette méthode suscitent peut-être moins d’engouement. A Lyon, du moins, quelques insuccès survenus dans les services de nos collègues, et la faveur toujours croissante des pansements de Lister ont restreint dans de grandes proportions les applications de l’appareil ouaté.

Ollier et Sarrazin (de Nancy) ont apporté quelques modifications au pansement de Guérin; nous achèverons l’étude des divers pansements en vous les signalant.

Ollier conseille de recouvrir le pansement d’une couche de silicate dépotasse, de manière à obtenir l’occlusion inamovible. On aurait ainsi l’avantage d’immobiliser plus complètement les parties traumatisées et de pouvoir transporter les blessés bien plus facilement. D’un autre côté, cette modification complique certainement le procédé et ne permet que bien moins facilement les corrections de l’appareil qui sont souvent indispensables dans les premiers jours.

Le procédé de Sarrazin ( Gazette des Hôpitaux, 1874) consiste à recouvrir tout d’abord la plaie et les parties voisines d’une couche assez épaisse de goudron végétal, la ouate est ensuite

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appliquée en dernier lieu. On badigeonne alors tout le pansement avec du goudron chaud. Les faits publiés par l’auteur sont favorables, mais en trop petit nombre pour servir de base à une appréciation complète.

Appréciation générale. — Après avoir passé en revue l’ensemble des divers pansements, il nous reste à formuler une appréciation générale ; nous nous contenterons de vous énoncer les quelques propositions suivantes :

1° Dans les conditions ordinaires, surtout lorsque le blessé est à la campagne, le pansement simple peut être mis en usage :

Douceur de contact,

(Protection contre les chocs extérieurs,

Compression légère,

\ Facilité de confection.

Ce sont là des avantages parfaitement suffisants.

2° Les pansements spéciaux ont été surtout institués pour combattre les accidents graves des plaies, la fièvre traumatique en particulier et la pyohémie. C’est surtout depuis une quinzaine d’années environ, que le traitement des grandes plaies a fait des progrès considérables.

3° Les pansements spéciaux ont varié suivant les idées que lés chirurgiens ont eues à diverses époques sur la physiologie de la cicatrisation et des accidents des plaies. En définitive :

I Pansements antiphlogistiques ,

— caustiques,

— antiseptiques,

— préservateurs.

4° Chaque mode de pansement agit, du reste, presque toujours de plusieurs manières. Le pansement de Chassaignac, par exemple, modère les phénomènes inflammatoires par la compression constante qu’il exerce au niveau des par ties blessées; en ajoutant un peu de ouate à ce pansement, il devient en même temps préservateur.

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Dans le pansement de Lister, il est possible que l’action plus ou moins irritante de l’acide phénique soit pour beaucoup dans l’effet obtenu. Sous l’influence de cet agent, les vaisseaux se resserrent, la surface de la plaie blanchit, le passage des substances nuisibles dans le torrent circulatoire ne peut se faire que difficilement ; le pansement agit alors dans le sens des pansements caustiques.

5° Le chirurgien devra souvent choisir au milieu de ces procédés si différents celui qui convient le mieux à la plaie qu’il soigne. Quoique le pansement de Lister jouisse actuellement d’une faveur presque générale, il est convenable cependant, dans bien des cas, d’approprier d’une façon un peu spéciale le mode de pansement à la lésion que l’on traite. Ainsi, après les opérations faites au niveau du scrotum, nous avons indiqué déjà, à propos de la gangrène gazeuse, qu’il fallait n’employer le pansement de Lister qu’avec une réserve excessive. Dans les plaies fortement contuses, le pansement à l’eau offre des avantages sérieux; il est, du reste, facile, en ajoutant à l’eau une certaine dose d’acide phénique, de réaliser en même temps l’indication antiseptique.

Il est utile, dans bien des cas, de combiner plusieurs pansements. Ainsi Gosselin a eu souvent à se louer de la combinaison des procédés d’Azam, de Lister et de A. Guérin.

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