‹ Leçons de pathologie chirurgicale généraleChapitre 253 sur 270 · GUÉRISON DE L’ANÉVRISME · texte numérisé non relu

GUÉRISON DE L’ANÉVRISME

a rapport au premier mode de guérison. Le plus ordinairement, l’anévrisme guérit, soit par dépôt de caillots fibrineux dans l’intérieur de la poche, soit à la suite d’inflammation survenue au niveau de la tumeur. Voici les phénomènes cpii ont lieu dans le premier cas.

Fig. 19. Coupe longitudinale d’un anévrisme de la fémorale dans lequel un caillot fibrineux est déposé tout autour de la cavité interne du sac.

Un petit canal est conservé au centre de la masse pour le passage du sang. Le sac commence immédiatement au-dessous de l'artère épigastrique. — a, a. Epaisseur du caillot. — b. b. Canal central du caillot. (Hodgson, tabl. VII, fig. 4.)

Fig. 20. — Anévrisme de la crosse de l’aorte presque entièrement oblitéré par des caillots actifs (Hodgson).

A, L’aorte coupée près du cœur. — B, Aorte descendante, — C. Trachée-artère. — D. Origine de la sous-clavière gauche. — 1). Origine de la carotide gauche. — E. Le sac anévrismal presque entièrement oblitéré par des caillots fibrineux. — F. Petite cavité continuant à recevoir le sang. — G. Orifice do l’anévrisme.

Guérison par oblitération fibrineuse. — Par suite cle conditions locales spéciales telles que la configuration du sac, par exemple, ou la forme de' l’orifice de communication avec l’artère, il se produit parfois un certain ralentissement dans la vitesse du sang qui circule dans l’anévrisme : ce ralentissement favorise le dépôt dans la cavité du sac d’une couche blanche assez compacte, couche fibrineuse ; à cette première couche en succède une seconde, de telle façon qu’à un moment donné la cavité se rétrécit graduellement et qu’elle arrive à être comblée coin-

Berne. — Path. chir., II.

plètement. A mesure que ces phénomènes se passent, les battements diminuent, puis cessent; les autres symptômes se dissipent, la tumeur suit une marche rôtrogade et le malade guérit. Go dépôt dans la cavité anévrismale s’opère dans le cas d’anévrisme sacciforme ou fusiforme: les figures 19 et 20 vous en donneront une idée très exacte.

Habituellement les phénomènes que nous venons de décrire

évoluent sans fièvre, sans douleurs, et le malade peut se trouver guéri, sans avoir éprouvé aucune sensation pénible ; quelquefois, au moment même où la guérison est sur le point d’être obtenue, il perçoit dans la partie inférieure du membre une douleur très aiguë. D’ordinaire cette douleur persiste quelques heures seulement, et se dissipe ensuite. Pour quelques auteurs, cette sensation dépendrait de la solidification de la tumeur, et de la compression qu’elle exerce alors sur les nerfs voisins.

Lorsque ce processus est achevé, on peut dire que la paroi artérielle au niveau de laquelle la lésion anévrismale s’était opérée est reconstituée à nouveau par ces couches de véritable ciment plastique, et que le tube artériel est ainsi redevenu apte à permettre la circulation sanguine. La guérison peut, déjà à ce moment, être considérée comme complète; elle peut encore devenir plus parfaite. Ainsi le volume de la tumeur diminue de plus en plus, la disposition feuilletée des couches fibrineuses s’efface graduellement, et peu à peu la iparoi du sac arrive à se confondre avec cette couche plastique. Enfin on arrive à ne plus constater qu’un petit noyau fibrineux, aplati, souvent une simple lame fibreuse située sur le trajet de l’artère.

Quelquefois à la suite de ce dépôt de couches fibrineuses, le calibre de l’artère est oblitéré. Scarpa regardait ce résultat comme le seul possible. La guérison, dans ces cas, est évidemment plus définitive; seulement lorsque cette oblitération a lieu , il est facile de comprendre que les accidents de gangrène consécutive sont beaucoup plus à redouter

GUÉRISON Dli L’ANÉVRISMIi

Guérison par inflammation. — La guérison de l’anévrisme s'obtient quelquefois par inflammation. Cette inflammation est, du reste, tantôt traumatique, succédant, par exemple, à une contusion, à des efforts; tantôt spontanée, dépendant alors simplement de la distension de la poche, sous l’influence de la pression sanguine. L’inflammation se traduit tout d’abord par les phénomènes ordinaires, puis ii se dépose dans la poche anévrismale des caillots mous , friables , noirâtres , caillots semblables à ceux que l’on rencontre dans un foyer sanguin. Ce sont ces caillots auxquels Broca a donné le nom de caillots passifs. En même temps que ces symptômes se produisent, la tumeur devient ferme ; on constate une diminution dans les battements, et souvent même ces battements cessent complètement. La guérison semble parfaite, les caillots passifs jouant le rôle des couches fibrineuses que nous avons décrites il n’y a qu’un instant.

Pour Broca, ce résultat définitif ne peut être obtenu : les caillots passifs ne se modifient que très imparfaitement, ils restent toujours mous, friables et ne constituent qu’une couche insuffisante de mauvais ciment. La reconstitution de la paroi artérielle ne peut jamais être considérée comme achevée, et si, à un moment donné, la tumeur ne bat plus, si la guérison semble parfaite, il n’en est rien ; les caillots cèdent plus tard, et la récidive a lieu. Souvent le caillot passif devient même l’occasion de phénomènes inflammatoires plus graves qui peuvent aboutira la gangrène. “

Pour d’autres auteurs, Richet en particulier, ces caillots passifs peuvent se transformer, devenir plus durs, et constituer, en définitive, une restauration durable de la paroi artérielle.

A laquelle de ces deux opinions devrez-vous vous rattacher? 11 y a certainement de l’ exagération dans la manière de voir de Broca, et pour rester dans le vrai, nous admettrons seulement que la guérison, à la suite de la formation de caillots passifs, est plus rare, beaucoup plus rare qu’à la suite de l’oblitération

fibrineuse. Ce mode de guérison est moins sûr, moins durable, il entraîne souvent des accidents, la suppuration et la gangrène de la tumeur. Ges accidents spéciaux peuvent, malgré tout, aboutir quelquefois à une guérison, mais toujours beaucoup plus chanceuse. En somme, dans les cas d’oblitération fibrineuse, la guérison est naturelle ; elle est, au contraire, accidentelle quand elle survient après l’inflammation.

Des guérisons par d' autres processus plus exceptionnels. — La guérison de l’anévrisme peut encore s’obtenir par d’autres processus. Ainsi :

1° D’après quelques auteurs, l’artère peut s’enflammer, et à la suite de cette inflammation, s’oblitérer au-dessus de la tumeur. Cette inflammation est certainement possible, puisque l’on constate quelquefois au niveau des parois artérielles de petits abcès, mais peut-elle rester simplement adhésive et favoriser l’adhérence des tuniques internes de l’artère? Au premier abord, il semble que ce résultat peut être obtenu, puisque l’on constate ces phénomènes au niveau des membranes séreuses, et que la membrane interne des artères est regardée comme une véritable séreuse ; mais il faut observer qu’au niveau des vaisseaux, le courant sanguin qui circule constamment entraîne aussi constamment la substance plastique qui peut se sécréter et que, dans ces conditions, l’adhésion des parois devient impossible. Nous devons, en conséquence, rejeter ce mode de guérison.

2° L’artère peut, dit-on, être comprimée au-dessus du sac par la pression que ce sac plus ou moins volumineux exerce sur le vaisseau, les parois artérielles arriveraient alors à adhérer l’une à l’autre. Cette hypothèse a été soutenue par Everard Home, acceptée par Hodgson, aucune observation positive n’en démontre la réalité.

3° On a dit que, dans quelques circonstances,’ lorsque la rupture de l’anévrisme survenait, le sang épanché dans le tissu cellulaire voisin comprimait les parois de l’artère, et amenait

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