‹ Leçons de pathologie chirurgicale généraleChapitre 259 sur 270 · THÉORIE DE BELLINGHAM ET DE BROCA · texte numérisé non relu

THÉORIE DE BELLINGHAM ET DE BROCA

qui puisse conduire à une guérison durable, c’est lui que le chirurgien doit toujours chercher à faire développer. Le caillot actif, suivant ces auteurs, est susceptible de se vasculariser; il peut s’organiser; Broca a même cru pouvoir dire qu’il était vital.

5° Le caillot mou présente, au contraire, les caractères suivants :

Résultat de la coagulation sanguine ordinaire, il se compose do globules sanguins, et d’une proportion très minime de fibrine. Il se forme quand une certaine quantité de sang se trouve complètement en dehors de la circulation (caillot fibrinoglobulaire).

Ce caillot, toujours mou, ne se transforme pas en caillot dur. Il peut être appelé passif. Il est constamment privé d’organisation, ne se vascularisé jamais, et reste toujours incapable de participer à la vie; le plus souvent même il irrite les parties au milieu desquelles il est placé, détermine de l’in— fiammation, et arrive à être expulsé comme léserait du pus.

Ces idées sont certainement séduisantes; exposées avec une conviction entraînante dans l’ouvrage deBroca, elles ont été acceptées par bien des chirurgiens, et elles conduisent tout naturellement à la pratique suivante : Ne pas tenter la guérison de l’anévrisme en suspendant complètement la circulation dans la tumeur. En agissant ainsi, on déterminerait la formation d’un caillot passif qui ne saurait conduire à la guérison définitive. En cherchant, au contraire, à diminuer seulement d’une façon intermittente le courant sanguin qui traverse le sac, on sollicite le dépôt successif des couches fibrineuses, on favorise la production d’un caillot actif, et l’on peut alors obtenir une guérison complète. En d’autres termes, pas de traitement des anévrismes par la ligature; importance, au contraire, de la compression indirecte. La ligature tend à donner naissance au caillot passif ; la compression indirecte conduit, au contraire, à la constitution du caillot actif. Des objections sérieuses ont été faites à ces idées, nous vous les

ferons connaître en vous exposant la théorie de Richet et celle de Lefort.

Théorie de Richet. — La théorie de Richet se résume dans les deux observations suivantes :

a) Dos caillots blancs, des caillots soi-disant fibrineux peuvent, dans quelques circonstances, se former très rapidement, en moins de quelques heures. Des expériences de Velpeau, confirmées par celles de John Simon, démontrent effectivement qu’en introduisant dans les artères d’un animal vivant un corps étranger, une aiguille, par exemple, on ne tarde pas à voir se constituer autour d’elle un dépôt exclusivement fibrineux. Cette première affirmation n’est pas, du reste, en désaccord avec les idées deBroca: dans ces conditions, en effet, le courant sanguin est continuellement en contact avec la partie au niveau de laquelle la coagulation fibrineuse se dépose ; le fait est, par conséquent, complètement en rapport avec la théorie du caillot actif.

b) La deuxième affirmation de Richet est, au contraire, directement opposée à cette théorie. Pour Richet, le caillot primitivement passif peut devenir caillot actif. Les preuves, d’après lui, sont nombreuses. Ainsi, dans leurs expériences sur les ligatures des veines, Renault et Bouley ont décrit cette transformation : en sept ou huit jours, un caillot tout d’abord mou, noirâtre, un caillot passif, en un mot, devient jaune, fibrineux, et présente plus tard tous les caractères du caillot actif. Bouchut, Bernutz ont fait les mêmes observations sur les caillots survenus à la suite de phlébites. Il faut habituellement de quinze à vingt jours pour que cette mutation s’opère. Il en est de même dans le cas de ligatures d’artères. Après la ligature d’une artère, le caillot qui se forme le premier jour est mou, noirâtre, mobile ; quinze à vingt jours après, il commence à se décolorer, devient plus consistant, et adhère assez fortement aux parois artérielles. Un examen attentif permet à ce moment de reconnaître une disposition feuilletée.

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