THEORIE DE LEFORT
Gctto transformation s’opère aussi au niveau clos épanchements sanguins des cavités séreuses, dans les cas d’épanchements apoplectiques du cerveau, et dans ceux que l’on rencontre au niveau de la tunique vaginale. Si ce phénomène se constate fréquemment, il est tout naturel d’affirmer qu’il peut aussi avoir lieu au niveau de la tumeur anévrismale. Cette modification tient- elle, comme le pense Malgaigne, à ce fait que le caillot exprime, au bout d’un certain temps, le sérum dont il est pénétré ? Dépend-elle de ce que l’absorption fait disparaître les parties séroalbumineuses de ce caillot? Ces deux causes agissent-elles simultanément? Il est difficile de se prononcer, mais l’observation reste positive : des caillots passifs peuvent se changer en caillots actifs. Vous comprenez les conséquences que l’on est en droit d’en déduire. Puisque les caillots passifs sont susceptibles de devenir caillots actifs, le chirurgien n’a plus besoin de rechercher exclusivement la production immédiate du caillot actif; il lui suffira de solliciter simplement la formation d’un caillot passif, caillot passif qui, en se modifiant ultérieurement, pourra très bien conduire à la guérison définitive. Inutile, par conséquent, de rejeter l’emploi de la ligature. Ainsi formulées, les deux théories de Broca et de Richet conduisent, vous le voyez, à des idées de pratique complètement différentes. Dans un très bon article sur l’anévrisme publié dans le Dictionnaire de Dechambre , Lefort a essayé de concilier ces opinions opposées, en émettant une théorie que nous vous résumerons aussi en quelques propositions.
Théorie de Lefort. — 1° Pour Lefort, tous les caillots doivent être considérés comme composés tout d’abord de globules et d’une certaine quantité de fibrine ; par conséquent, ce sont des caillots fibrino-globulaires. 2° Le caillot mou , noirâtre , passif, est celui qui se forme lorsque le sang se coagule rapi dement, lorsque, par exemple, la circulation est arrêtée dans une partie, et que l’arrct plus ou moins complet du courant
Berne. — Pat h. cliir., II.
sanguin amène la séparation de ces divers éléments. Ce caillot passif renferme tous les éléments du sang coagulé, c’est-à-dire de la fibrine retenant, dans une certaine proportion, du sérum et des globules sanguins. 3° Souvent ce caillot mou devient encore plus mou; au bout d’un certain temps, il arrive même quelquefois à se liquéfier et à disparaître; dans quelques circonstances, au contraire, comme Richet l’a indiqué, ce caillot devient dur. Cette transformation s’opère de la manière suivante : la dureté ne vient pas de ce que le caillot arrive à contenir plus de fibrine, mais de ce que la globuline qu’il renferme se modifie et devient plus dense. La quantité de fibrine qu’un caillot contient est, en effet, toujours insignifiante, puisque dans la masse totale du sang, il en existe à peine 2 à 3 parties pour 1.000. Gomme le sang renferme, au contraire, 110 à 112 parties sur 1.000 de globuline, le caillot en contient toujours une quantité notable. Cette globuline, en se modifiant, donne au caillot les caractères nouveaux et les propriétés du caillot actif. 4° Pour que cette transformation ait lieu, et c’est en cela que l’opinion de Lefort se rapproche de celle de Broca, il faut que la circulation continue à se faire, mais seulement dans une certaine limite, c’està-dire qu’elle continue tout en étant plus restreinte. Dans ces conditions, le sérum du caillot passe peu à peu dans le courant artériel, et les molécules nouvelles que le courant sanguin, modéré, apporte à ce caillot, favorisent la modification de la globuline. 5° Quelquefois le sérum du caillot est absorbé directement par les vaisseaux qui rampent à la surface de la membrane enveloppant la masse sanguine coagulée; dans ces conditions, la transformation peut s’opérer sans que la circulation continue à se faire à ce niveau. Pour que le phénomène se passe ainsi, il faut, vous le comprenez, que le caillot soit volumineux et renfermé, par conséquent, dans une poche de grande dimension à la surface de laquelle de nombreux vaisseaux peuvent alors absorber facilement le sérum. La circulation ne continue pas au niveau du caillot même, mais le sang qui cir-