TRAITEMENT DE L’ANÉVRISME — COMPRESSION
Les cas d’application de ce mode de traitement sont déjà suffisamment nombreux pour qu’il soit possible de porter un jugement sur la valeur de cette médication. Dans un mémoire récent publié au mois d’avril 1881 ( American Journal of med. Sciences ), le docteur Steinson a pu réunir 52 observations qui ont fourni 28 guérisons complètes, 22 insuccès et 2 morts. Voici, suivant ce chirurgien, les effets que la compression élastique détermine. Le sang retenu dans le sac se coagule pendant le temps que le bandage est appliqué, le caillot s’accroît ensuite, au moment où l’on fait la compression de l’artère; peu à peu il se durcit, et la tumeur s’oblitère. Au voisinage de l’orifice du sac, l’irritation de la paroi artérielle déterminerait aussi la formation de granulations qui amèneraient l’occlusion complète du vaisseau. Le processus consécutif ne se passe pas toujours ainsi; quelquefois la tumeur ne présente aucun changement après que la bande est enlevée; il n’y a pas eu de coagulation; d’autres fois, les battements qui ont été affaiblis ou même complètement suspendus reparaissent avec leur intensité primitive et l’anévrisme continue à s’accroître. Vous devrez noter aussi que des accidents peuvent survenir après l’emploi de ce moyen. Ces accidents, du reste, sont peu nombreux: deux cas de mort seulement ont été indiqués dans le mémoire de Steinson et ce sont les deux mêmes faits que Verneuil a cités à la Société de chirurgie, en octobre 1880. Dans le premier cas, il s’agissait d’un individu atteint d’un anévrisme du creux poplité. On lit la compression élastique pendant près de sept heures, et vingt -sept heures après, le malade succombait. A l’autopsie, on constata l’existence d’une affection organique du cœur, d’une dégénérescence athéromateuse des artères et d’une forte congestion des deux reins. La mort fut probablement déterminée par le changement brusque de la pression du sang produit dans les viscères par l’application prolongée de la compression.
Dans le second cas, il est question d’un anévrisme de l’artère
Cl QU ANTE-SEPTIÈME LEÇON
tibiale antérieure, qui s’était ouvert spontanément. Après plusieurs séances de compression les orteils commencèrent à se sphaceler, et, le huitième jour, le malade succombait, alors qu’un sillon do séparation commençait à apparaître vers le tiers inférieur de la jambe.
Gomme, en définitive, le chiffre des insuccès dans la méthode de Reid est environ de 15 pour 100, et celui des guérisons de 85 pour 100, on peut conclure que nous possédons dans la compression élastique un moyen efficace et à peu près inoffensif pour le traitement des anévrismes des membres.
La compression directe peut quelquefois se faire en impri niant un mouvement de torsion à la tumeur, en même temps qu’on exerce sur elle une pression plus ou moins forte. Ce procédé a été exposé dans un mémoire du docteur Caselli.
Retenez enfin que cette méthode est celle que l’on doit employer pour le traitement des anévrismes artério-veineux. Voici, dans ce cas, ce que l’on observe: quelquefois, sous cette influence, la tumeur disparaît et la phlébartérie persiste seule. D’autres fois, l’ouverture de communication entre l’artère et la veine s’oblitère tout d’abord, et l’anévrisme variqueux se transforme en un anévrisme artériel qui plus tard se guérit luimême. Cette succession de phénomènes a été bien indiquée par Nélaton et exposée dans les deux thèses remarquables de Morvan et de Henry (Th. de Paris, 1847-1856).
Il nous reste à étudier la galvanopuncture et les injections coagulantes. Gomme ces deux méthodes sont importantes, nous les examinerons d’une façon plus complète en passant successivement en revue leur définition, leur origine, les effets qu’elles déterminent, les résultats cliniques qu’elles fournissent, et le modus faciendi.
Galvano-jpuncture. Définition. Origine. — On donne le nom de galvano-puncture à l’ensemble des divers procédés qui ont pour but de modifier les tumeurs anévrismales en faisant passer dans leur intérieur des courants continus. Cette méthode
GALVANO-PUNCTURE
a pour origine les expériences de Brugnatelli, d’Everard Home et de Prévost et Dumas sur l’action coagulante des courants électriques. Alphonse Guérard, alors agrégé à la Faculté de Paris, et à qui Pravaz avait fait remarquer l’effet coagulant du courant électrique sur le liquide sanguin, eut le premier l’idée de faire servir le galvanisme à l’oblitération du sacanévrismal (janvier 1831). En 1837, Glavel soutint sa thèse inaugurale sur l’électro-puncture ; en 1838, Gérard (de Lyon) s’en occupa aussi dans un travail remarquable (Essai 'physiologique et thérapeutique sur la coagulation du sang). Un peu plus tard, Petrequin fit les premiers essais, et dans un mémoire adressé en 1845 à l’Académie des Sciences, donna le compte rendu de trois observations d’anévrismes des membres traités de cette façon ; il eut le mérite de démontrer pour la première fois les avantages cliniques de ce moyen. Les publica tions de notre ancien collègue ont été le point' de départ d’un grand nombre de recherches sur cette question. Nous n’insisterons pas sur les détails historiques, et nous vous indiquerons seulement les remarques suivantes. Pendant longtemps les expérimentations sur la galvano-puncture ont été faites surtout en Italie ; Ciniselli publia plusieurs mémoires, et dès l’année 1846, une commission fut instituée à Gènes pour apprécier la valeur des travaux faits sur ce sujet. Depuis 1870, la galvano-puncture s’est généralisée : Anderson, Gharlton Bastian, Frantz, Tisher, Bowditch l’ont expérimentée en Angleterre, en Allemagne et aux Etats-Unis. En France, depuis quelques années, Dujardin- Beaumetz, Proust, Bail, Bernutz, J. Teissier (de Lyon), ont montré tout le parti que l’on pouvait tirer de l’emploi de celte méthode dans le traitement des anévrismes de l’aorte.
Effets obtenus par lâ galvano-puncture . — Quand on fait passer un courant continu au travers d’aiguilles placées dans un sac anévrismal, voici les effets que l’on constate :
1° Quelquefois la tumeur se solidifie, se durcit presque de suite, et les battements cessent. Ce résultat dépend de la formation
Bebne. — Palh. chir.y II.
cinquante-septième leçon
cle caillots que l’action de l’électricité a déterminés dans la masse sanguine de l’anévrisme. Ces caillots se présentent parfois avec les caractères des caillots passifs, d’autres fois ils ressemblent à ceux que nous avons appelés actifs. L’explication de cette coagulation est assez facile à donner : l’électricité décompose, en effet, lessels contenus dans le sang; l’acide se porte à un pôle, et, à ce niveau, l’albumine se coagule; l’alcali seporteaupôle opposé, et dans ce point il n’y a pas de coagulation. Quelques observateurs ont cru remarquer que plus l’aiguille positive est formée d’un métal oxydable, plus la coagulation est accentuée. Gomme ce phénomène dépend du transport de l’acide au pôle positif, on a pu croire qu’en intervertissant l’ordre des pôles, on obtiendrait une plus grande somme de parties coagulées ; en théorie, le raisonnement semble juste, mais en pratique, le résultat a été nul. Broca avait pensé qu’il était possible de produire à volonté, soit des caillots passifs, soit des caillots actifs, en se plaçant dans des conditions différentes d’application, en se servant, par exemple, de telle ou telle pile, en augmentant ou en diminuant le nombre des éléments, mais aucune observation précise vous permettant d’arriver à tel ou tel résultat ne peut encore être formulée.
2° Quelquefois la coagulation n’est pas immédiate, et ne se produit que quelques jours après l’emploi de la méthode. On croit tout d’abord à un insuccès; puis, quelque temps après, les battements diminuent et la tumeur durcit. Ces coagulations tardives doivent être considérées comme le résultat d’une inflammation consécutive de l’anévrisme.
3° Dans quelques circonstances, au lieu de durcir et de diminuer, la tumeur prend un volume plus considérable. Ce résultat doit être attribué à l’accumulation dans la poche des gaz dévéloppéspar l’action de l’électricité sur le sang.
4° Lorsqu’on a placé des aiguilles dans le sac anévrismal, et qu’on les fait communiquer avec les pôles positif et négatif, on voit des effets différents se produire à l’un et à l’autre de ces