GA L VANO-PUNGTU RE
pôles. Autour de l’aiguille positive, on aperçoit une petite tache noire en forme de cercle, on dirait une brûlure ; autour de l’aiguille négative, la tache que l’on constate est d’une dimension un peu plus grande et d’une teinte jaunâtre. La première tient aux phénomènes chimiques que le courant électrique détermine, coagulation du sang, modification de sa matière colorante, oxydation de l’aiguille; au niveau de l’aiguille négative, ces phénomènes tiennent, au contraire, à une désorganisation des parties. La peau et les tissus sous-jacents sont escarifiés comme si un caustique ammoniacal avait été appliqué. Quelques auteurs avaient pensé que ces faits étaient dus à l’influence du calorique ; il n’en est rien, et il est facile de s’assurer qu’il n’y a jamais d’élévation sérieuse de température.
5° La production d’escarres au niveau de l’aiguille négative entraîne souvent des accidents consécutifs : ouverture du sac, hémorragies plus ou moins graves.
Appréciation de la galvano-puncture. — Même après tous ces détails, il est difficile déporter encore un jugement définitif sur la galvano-puncture. Comme cette méthode produit souvent des caillots passifs, et qu’elle occasionne assez fréquemment l’in flammation du sac, Broca a cru devoir formuler sur elle une appréciation très défavorable; pour nous qui admettons la transformation des caillots passifs en caillots actifs, nous ne croyons pas devoir accepter cette manière de voir. La galvano-puncture est destinée, nous le croyons, à se perfectionner, et, dès maintenant, elle peut être considérée comme une précieuse ressource dans le traitement de certains anévrismes dont il est souvent impossible de tenter la guérison par d’autres médications, les anévrismes de l’aorte, par exemple. Les avantages que l’on a obtenus sont, d’ailleurs importants. Dans son rapport à la Société de chirurgie, en 1851 . Boinet avait rassemblé 32 cas sur lesquels il y avait eu 21 insuccès, lOguérisonsetl cas douteux. Dans son mémoire de 1857, Ciniselli indiquait les résultats suivants: sur un total de 50 opérations par la galvano-puncture, il obtint 23
guérisons, 20 insuccès et 7 morts. Vous trouverez dans l’importante thèse d’agrégation de Joseph Teissier une statistique plus récente, spéciale aux anévrismes del’aorte : sur un total de 14cas, traités de 1868 à 1870, on compte 6 guérisons et 8 morts.
Modus fciciendi. — Nous nous contenterons de vous indiquer très brièvement le manuel opératoire que les expériences les plus récentes ont démontré comme préférable.
1° Vous devrez tout d’abord laisser de côté les appareils d’électricité statique et ceux à courants d’induction. Vous vous servirez d’une pile d’activité moyenne. Broca donnait la préférence à la pile de Volta, et, dans un tableau dressé par Lefort, où l’auteur a comparé les accidents et les succès obtenus avec des piles différentes, celles de Bunsen, de Wollaston, de Daniel, de Smée et de Volta, l’on constate que c’est l’emploi de cette dernière qui a fourni les accidents les plus rares et les succès les plus nombreux.
2° On a discuté beaucoup sur la nature, la forme, le nombre des aiguilles dont on doit faire usage. Il est préférable d’employer des aiguilles minces, lisses et vernies ; peu importe le métal dont elles sont composées.
3° Quelquefois l’on fait communiquer directement les aiguilles qui pénètrent dans le sac avec les deux pôles de la pile, c’est le procédé de la polipuncture; Ciniselli a préconisé et préconise encore l’emploi de ce moyen.
D’autres fois, on introduit seulement dans le sac les aiguilles positives, le fil négatif de la pile étant appliqué au dehors du sac ; c’est le procédé d’Hamilton, procédé de la mono punct lire positive. Ce procédé est généralement accepté en France; il semble actuellement prouvé quela coagulation ne s’effectue, en effet, qu'au pôle positif. L’introduction dans la poche du pôle négatif détermine des douleurs, produit l’escarification de la paroi artérielle etentraîne ultérieurement des hémorragies. Bacchi et Bochefontaine, s’appuyant sur quelques expériences faites dans le laboratoire du professeur Vulpian, ont bien cherché à réhabiliter la
GALVANO-PUNCTURE
poli-puncture ; mais, dans un travail récent {Bulletin général de thérapeutique, novembre 1880), Joseph Teissier a démontré de nouveau tout le danger qui résulte de l’application du pôle négatif dans l’intérieur de la tumeur, et affirmé l’utilité de la monopuncture, en publiant plusieurs succès obtenus par ce procédé.
4° Il faut toujours avoir soin de n’augmenter l’intensité du courant que graduellement.
5° Les séances doivent être très peu prolongées. Après que les aiguilles ont été retirées, on étend une légère couche de collodion au niveau des piqûres, et l’on recommande au malade une immobilité aussi complète que possible. Quelques auteurs conseillent de placer sur la tumeur une vessie de glace ou des compresses imbibées d’eau froide. Il est convenable d’administrer un peu de digitale, on régularise par ce moyen l’action du cœur.
Nous devons, en dernier lieu, vous indiquer une observation d’application de l’électricité simplement sur la surface de l'anévrisme, observation publiée par le docteur José Pereira-Guimarez, professeur à l'Ecole de médecine de Rio -Janeiro. Il s’agissait d’un anévrisme de la carotide primitive gauche; on se servit des deux électrodes d’une machine électrique, en plaçant alternativement les pôles positif et négatif sur divers points delà tumeur, les rapprochant et les éloignant tour à tour. L’appareil choisi était à peu près de la force de l’appareil électro-magnétique de Gaiffe. En se contractant sous l’influence du courant électrique le sterno -mastoïdien déterminait la diminution de la tumeur. Après quelques séances, la guérison fût obtenue (Gaz. des Hôpitaux, 1877).
Peut-être cette guérison doit-elle être attribuée à la compression directe que la contraction musculaire exerçait sur la poche anévrisrnale, peut-être les courants induits ont -ils produit quelques phénomènes inflammatoires, lesquels ont provoqué ultérieurement la coagulation du sang; quoi qu’il en soit, le
procédé est trop simple pour ne pas être essayé ; mais un seul fait ne suffit pas pour conclure de suite à l’efficacité d’un moyen nouveau .
11 nous reste à vous parler de la méthode des injections coagulantes.
Injections coagulantes. — L’idée de faire coaguler le sang dans la poche anévrismale en y introduisant un liquide spécial appartient à Monteggia. Les recherches historiques de Broca permettent de l’affirmer d’une façon positive. Monteggia, du reste, ne réalisa pas la pensée qu’il avait eue.
En 1835, 1841, 1844, Leroy d’Étioles, Wardrop et Boucliut, cherchèrent aussi à provoquer la coagulation en ajoutant au sang, de l’alcool, de l’acide acétique ou de l’acide sulfurique. En 1844, Pravaz tenta d’oblitérer la carotide en se servant d’une injection de perchlorure de fer. L’expérience réussit tout d’abord assez mal ; il la réalisa un peu plus tard avec Lallemand et Pétrequin, et, en janvier 1853, Lallemand fît part de ce nouveau procédé à l’Institut. Peu de temps après, Raoult Deslongchamps adressa à la Société de chirurgie une observation d’anévrisme guéri par ce nouveau moyen.
Cette méthode est évidemment basée sur un fait expérimental bien positif: en versant duperchorure de fer dans une certaine quantité de sang, on détermine, en effet, la formation d’un caillot; mais cette coagulation est toute spéciale. Pour que la guérison d’une tumeur anévrismale s’effectue, il faut que le caillot qui s’est formé se rétracte peu à peu, qu’il se durcisse, et arrive en dernière analyse à subir une véritable organisation. Cette transformation peut avoir lieu quelle que soit la nature du caillot, qu’il soit actif ou passif, pourvu qu’il s’agisse d’un caillot formé en dehors de l’action de tout agent chimique extraorganique. Lorsque la coagulation se fait, au contraire, sous l’influence du perchlorure de fer, il n’en est plus de même: le caillot ne présente plus les caractères du caillot passif ou actif; il constitue alors une combinaison albumino-ferrique,