‹ Leçons de pathologie chirurgicale généraleChapitre 33 sur 270 · CONTUSION · texte numérisé non relu

CONTUSION

lésions produites sur nos tissus par des corps contondants et ne s’accompagnant pas immédiatement de solution de continuité de la peau. Nous vous présenterons tout d’abord au sujet de la contusion quelques remarques générales de pathogénie :

1° Pour qu’une contusion puisse se produire, trois éléments sont nécessaires :

Une force, t . .

Une résistance,

^ Un point d’appui.

Les agents vulnérants jouent le rôle de la force; nos tissus contusionnés constituent la résistance; les tissus sous-jacents, ou bien un corps extérieur quelconque, servent de point d’appui.

2° La contusion est habituellement en raison directe de la solidité du point d’appui et de la puissance de la force, elle est, au contraire, en raison inverse de la résistance; ainsi les tissus très mobiles, toutes choses égales d’ailleurs, échappent bien plus facilement aux effets de la contusion. Lorsque vous étudierez les contusions de tel ou tel tissu en particulier, cette observation vous sera rappelée. Elle vous sera indiquée pour la contusion des vaisseaux, celle des nerfs ou celle de la peau.

3° Souvent la contusion reste limitée au point où le corps contondant a frappé; c’est ce qui survient, lorsque la force contondante agit perpendiculairement et que la quantité de mouvementn’est pas trop considérable. Dans des conditions inverses l’on voit souvent se produire des effets éloignés : c’est ainsi que les os du bassin peuvent se fracturer par suite d’un choc perçu au niveau de l’extrémité inférieure du fémur.

4° Habituellement l’effet delà contusion est instantané; souvent cependant l’effet produit ne se réalise que consécutivement. Ainsi, lorsqu’une force contondante agit obliquementsur la peau, celle-ci peut tout d’abord se décoller; aucune lésion n’apparaît tout d’abord ; puis, la peau décollée, privée de ses vaisseaux, se

Beh.nk. — Palli. chir., II. fi

mortifie, et l’on voit survenir des désordres beaucoup plus graves.

5° Gomme nous avons tout d’abord classé les divers instruments tranchants et piquants, il nous semble convenable de vous donner aussi quelques indications sur les instruments contondants.

Il n’y a pas, à proprement parler, d’instruments contondants, mais des corps contondants. Tantôt c’ëst un corps qui n’agit que par son poids; tantôt c’est, au contraire, un projectile qui, doué d’une certaine somme de mouvement la transmet aux parties vivantes. Souvent même le poids seul de l’organe contus constitue la puissance contondante ; c’est ce qui arrive, par exemple, pour les contusions du cerveau et du foie, contusions produites souvent par la chute sur Tes pieds d’un lieu élevé; quelquefois c’est un lien qui étreint les tissus.

Au lieu de chercher, du reste, à vous énumérer toutes les causes contondantes, trop nombreuses, trop variées pour que nous puissions toutes les indiquer, il nous semble plus naturel de les diviser en plusieurs catégories. La classification suivante peut être acceptée :

1° Causes contondantes agissant par pression subite;

2° Causes' contondantes agissant par percussion;

3° Causes contondantes agissant par pression continue.

Les effets produits par les projectiles des armes à feu ne sont évidemment que des effets de contusion; la spécialisation de la cause détermine seulement quelques symptômes particuliers et autorise à décrire complètement à part cet ordre de lésions. Examinons maintenant la symptomatologie de la contusion.

Symptomatologie. — Les symptômes de la contusion varient depuis le froissement le plus léger des parties confuses jusqu’à leur attritionla plus complète. Pour généraliser ces symptômes, quelques auteurs ont essayé de décrire simplement, d’une part, des contusions légères; d’autre part, des contusions graves. Ces expressions laissent vraiment trop de vague dans l’esprit.

CONTUSION — SYMPTOMATOLOGIE

Frappé de ce qu’il y avait d’incertain dans cette interprétation, Dupuytren avait tenté une division que la plupart des auteurs ont depuis lors copiée. Il y a, d’après lui, quatre degrés dans la contusion : le premier degré consiste dans la solution de continuité des plus petits vaisseaux. Les phénomènes s’expriment par une infiltration de sang dans les tissus, la simple ecchymose. Au deuxième degré, Ils vaisseaux d’un calibre plus fort sont divisés, les tissus eux-mêmes sont altérés, V épanchement de sang est plus considérable. Au troisième degré, l’altération des tissus est plus complète, et l’on voit survenir la gangrène consécutive des parties intéressées. En dernier lieu, dans la contusion au quatrième degré, il y a attrition, désorganisation immédiate des parties contuses.

Cette classification rappelle en quelques points celle des brûlures.

Dans sa thèse sur la contusion, Velpeau a fait encore ressortir les rapprochements suivants :

1° Dans la contusion, comme dans la brûlure, les divers degrés peuvent se trouver réunis sur une étendue quelquefois peu considérable. Ainsi, à côté d’une partie contusionnée au troisième ou au quatrième degré, vous pourrez très bien rencontrer un point contusionné au premier ou au deuxième degré. Il en est de mémo pour la brûlure.

2° Dans les cas de contusion, comme dans les cas de brûlure, il faut considérer avec soin le degré et l’étendue de la lésion ; ces deux appréciations sont nécessaires pour arriver à affirmer le pronostic.

Voyons actuellement d’une manière plus complète les détails de la symptomatologie.

Premier degré. — Au premier degré, lorsque la contusion n’atteint pas un organe important ou un organe de texture trop délicate, l’accident est des plus légers et ne donne lieu le plus souvent qu’à un peu de gonflement. La douleur est même, dans ces cas, presque nulle ; elle est, au contraire, plus vive,

si le choc s’esl lait sur le trajet des cordons nerveux ou dans des parties où la peau repose sur des surfaces osseuses.

Lorsque la contusion, même au premier degré, a porté sur des nerfs ou sur des glandes, quelques phénomènes spéciaux méritent d’être signalés. Pour les nerfs, par exemple, on voit souvent survenir la perte de sensibilité et de mouvement, mais ces symptômes ne sont que passagers, et l’état normal revient assez rapidement. Il est probable qu’il s’opère alors seulement une vibration au niveau de la substance nerveuse ; cette vibration empêche pour un moment l’innervation de se réaliser convenablement; puis la vibration cesse, et tout rentre dans l’état normal. Billrotli explique par une commotion nerveuse des nerfs cardiaques et pulmonaires les perturbations souvent très graves que l’on constate dans les phénomènes de la respiration et de la circulation à la suite des contusions même légères ressenties au niveau de la poitrine.

Quelquefois la contusion est plus intense, les éléments du nerf sont alors plus ou moins altérés, les vaisseaux se déchirent; on comprend que dans ces conditions le retour de l’état normal soit toujours beaucoup plus lent et beaucoup plus incomplet. Dans une thèse de Tillanx sur les lésions des nerfs, ces diverses altérations ont été soigneusement indiquées : les tubes nerveux eux -mêmes seraient souvent plus ou moins effilés, dilatés ou déchirés. Ges faits indiquent combien on doit surveiller avec soin les contusions, même les plus légères en apparence.

Au niveau des organes glandulaires, la contusion produit quelquefois aussi des phénomènes graves, même quand le traumatisme a été peu intense. Velpeau etDupuytrenont soutenu, comme nous le verrons plus tard, que bien des tumeurs du sein avaient pour origine des contusions même légères de cet organe. Nous n’avons pas à discuter maintenant d’une manière complète cette opinion; mais rien, sans aucun doute, ne s’oppose à faire accepter cette idée que la cellule organique puisse, sous une

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