ECCHYMOSE
influence traumatique meme peu importante, dévier de la nutrition normale au premier abord et présenter ultérieurement des modifications pathologiques plus ou moins graves.
La contusion du premier degré s’accompagne souvent d’un phénomène spécial que l’on appelle ecchymose. L’ecchymose (des/., hors, et suc) est caractérisée par une coloration plus ou moins foncée apparaissant à la peau. Cette coloration est le résultat de l’extravasation du sang dans le tissu cutané ou souscutané. L’étude de ce symptôme peut être faite au triple point de vue de l’anatomie, de la physiologie et du diagnostic.
Étude de V ecchymose au point de vue anatomique . — Au point de vue anatomique, envisageons tout d’abord le siège de l’ecchymose. Le siège de l’ecchymose est habituellement au niveau même de la partie qui a été contuse. Lorsque l’épanchement se fait dans le tissu cellulaire sous- cutané ou dans la peau, la teinte caractéristique apparaît de suite ; mais il n’en est pas de même lorsque la lésion se produit au niveau des parties profondément situées, l’ecchymose n’apparaît, dans ces conditions, que plus ou moins tardivement. Plus le tissu cellulaire de la partie contusionnée est lâche et abondant, plus la circulation capillaire est active, plus le nombre des vaisseaux divisés est alors considérable, et plus la coloration est accentuée.
La coloration de l’ecchymose varie habituellement du noir foncé au jaune pâle, et ces différences tiennent :
a) A l’intensité plus ou moins grande de la contusion;
b) A la période à laquelle l’on examine ce phénomène;
c) A des conditions de structure organique de la partie lésée.
a) Intensité de la contusion. — L’intensité variable de la contusion détermine dos déchirures vasculaires plus ou moins nombreuses; l’épanchement sanguin est plus ou moins considérable, et, dès lors, la teinte sanguine plus ou moins accentuée.
b) Période à laquelle on observe V ecchymose. — Au début,
l’ecchymose est habituellement cl’une coloration noire; puis la teinte devient moins foncée ; elle est ardoisée tout d’abord, ensuite bleu foncé, puis bleu clair, verdâtre, enfin jaune paille. C’est ce que vous avez eu certainement l’occasion de constater bien souvent lorsque vous avez été à même d’observer une contusion au niveau de l’orbite. Ces changements ne se manifestent pas, du reste, simultanément dans toutes les parties de l’ecchymose. Le centre, par exemple, apparaît quelquefois noir, tandis que les limites les plus extrêmes deviennent déjà jaunâtres, en se fusionnant avec la teinte naturellement jaune de l’enveloppe cutanée.
Quelles sont les causes de ces modifications diverses? La plupart des anciens auteurs les ont simplement signalées, sans en rechercher l’explication. Voici quelques-unes des opinions émises à ce sujet. Follin se contente de faire remarquer que ces changements sont excessivement rares dans les contusions des parties éloignées de l’air et de la lumière. Si, par exemple, une ecchymose existe au niveau des parties profondes d’un muscle, l’air ne peut aborder le tissu lésé, aucune modification ne se produit alors, et l’épanchement reste de couleur noire ou jaunâtre, de l’une de ces teintes qui se manifestent dans les caillots sanguins qui se décolorent; mais on ne voit se produire ni la coloration bleue ni la teinte olivâtre ou verte. Billroth a fourni à ce sujet quelques explications qui doivent être connues. Pour cet auteur, ces changements sont dus à des modifications qui surviennent au niveau de la matière colorante du sang : lorsqu’une certaine quantité du sang est extravasée, la partie séreuse rentre bientôt de nouveau dans les vaisseaux, l’hématine abandonne les corpuscules sanguins et se répartit dans les tissus à l’état de solution ; elle se modifie et arrive bientôt à se transformer en hématoïdine. A l’état de pureté, cette hématoïdine est d’une couleur orangée et communique aux tissus une teinte jaunâtre lorsqu’elle s’y rencontre en faible quantité, et jaune orange foncé lorsqu’elle s’y accumule.