ECCHYMOSE — PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE
c) Conditions de structure . — En troisième lieu, avonsnous dit, l’ecchymose varie suivant les conditions de structure de la partie blessée. Ainsi, aux paupières, au scrotum, dans les endroits où la peau est dépourvue de son coussinet graisseux, la teinte ecchymotique est toujours beaucoup plus noire. Lorsqu’une membrane très mince, comme la conjonctive oculaire, par exemple, recouvre seulement le sang extravasé, l’oxygène de l’air peut facilement agir sur ce sang épanché, et la coloration devient alors très rouge.
Etude de V ecchymose au point de vue j. physiologique . — Au point de vue physiologique, retenez les quelques considérations suivantes.
- l°Une ecchymose reste rarement limitée à l’endroit où elle s’est formée au début; on la voit habituellement s’étendre plus ou moins loin du siège primitif où elle existait tout d’abord. La laxité plus ou moins grande du tissu cellulaire, l’action de la pesanteur, la présence des couches aponévrotiques ou des tissus osseux rendent souvent compte de ces migrations ultérieures.
2° Lorsque la contusion est superficielle, l’ecchymose apparaît habituellement de suite ; lorsque la contusion est plus profonde, la teinte ecchymotique ne devient sensible que plus tard, au cinquième, au sixième ou au septième jour.
La durée d’une ecchymose est très variable. Quelquefois le phénomène pathologique ne dure qu’une période de temps très courte; d’autres fois, il persiste pendant un temps qui peut être très long. Ainsi Pelletan a rapporté l’histoire d’une fracture de cuisse dans laquelle il a noté la persistance do l’ecchymose au moment où la consolidation était absolument complète. Voici quelques indications assez importantes.
a) Plus l’épanchement sanguin a été considérable, plus il faudra de temps, toutes conditions égales d’ailleurs, pour que la résorption s’opère.
b) Pour que la disparition se réalise facilement, il faut qu’il
SS TRENfF-TROISIÈME LEÇON
existe au niveau de l’ecchymose, de nombreux vaisseaux ; c’est ce qui arrive dans les cas où le tissu cellulaire ambiant est lâche et très vasculaire. Lorsque l’ecchymose existe au niveau d’un tissu cellulaire dense, au niveau d’un tissu, par conséquent, où les vaisseaux sont peu nombreux, la disparition s’opère toujours très lentement.
Gomment se fait cette disparition? L’analyse de ce phénomène semble assez facile. Le sang qui s’est échappé des vaisseaux et qui constitue l’ecchymose se coagule ; la partie séreuse imbibe le tissu cellulaire et se résorbe; la partie fibrineuse persiste, au contraire, un peu plus longtemps, et subit ensuite des modifications de régression graisseuse et de dissociation qui aboutissent aussi, à un moment donné, à sa disparition. Pour que ces phénomènes puissent avoir lieu, il ne faut pas, du reste, une réaction inflammatoire trop vive. Cette réaction inflammatoire entraînerait au niveau de l’ecchymose la production d’une couche fibrineuse plus épaisse, cette couche fibrineuse empêcherait ainsi le contact du sang épanché avec les vaisseaux et nuirait à la résorption ; c’est aussi, au niveau des parties contusionnées au premier ou au deuxième degré seulement, que l’ecchymose disparaît le plus rapidement.
Etude de V ecchymose au point de vue du diagnostic et au point de vue médico-légal. — L’étude de l’ecchymose soulève quelques questions de diagnostic que vous devez connaître.
En premier lieu, peut- on reconnaître aux caractères de l’ecchymose le corps contondant qui a produit la lésion ? Sanson avait toujours pour habitude, dans ses cours, de donner quelques détails sur ce sujet. Ainsi il faisait observer que dans les cas où l’ecchymose succède à une contusion produite par un coup de poing, elle représente habituellement un quadrilatère; qu’au coup de fouet correspond une ecchymose rectiligne et étroit ; que la succion donne lieu à des plaques ecchymotiques rappelant assez bien la forme de l’ouverture buccale. Mais il y a
KCCHYMOSF, — DIAGNOSTIC
loin de ces diverses observations à des renseignements qui vous permettraient d’affirmer votre diagnostic d’une manière précise. Il faut savoir, du reste, que dans quelques circonstances des phénomènes ecchymotiques peuvent succéder à de simples efforts naturels, et que, en outre, par suite de causes internes, on voit souvent apparaître spontanément de véritables ecchymoses ; le mot spontanément doit être, du reste, interprété seulement dans le sens d’absence de conditions traumatiques.
2° Il est quelquefois difficile de différencier une ecchymose de la teinte gangréneuse que peuvent présenter des parties traumatisées. Au scrotum, par exemple, l’hésitation est souvent très grande, parce qu’à ce niveau la contusion s’exprime par une ecchymose d’une teinte noirâtre très prononcée. Si, au premier abord, le diagnostic est difficile, au bout de peu de temps la persistance de la sensibilité, la conservation de la chaleur, l’absence de phlyctènes à contenu plus ou moins sanieux vous permettent de vous prononcer assez sûrement.
3° Le médecin légiste est obligé quelquefois, à propos des ecchymoses, de résoudre des questions assez importantes. La teinte cadavéreuse un peu noirâtre qui se produit, par exemple, lorsque les phénomènes de putréfaction commencent à apparaître, est- elle ou non une teinte ecchymo tique antérieure au moment de la mort? Une véritable ecchymose peut-elle se produire sur un sujet mort depuis un temps plus ou moins long ? Pour la résolution de la première question, P affirmation n’est pas très difficile. On reconnaît d’ordinaire assez facilement la lividité cadavéreuse des membres inférieurs, la teinte verdâtre de l’abdomen, lorsque la putréfaction est sur le point de commencer, les vergetures, les infiltrations sanguines qui se font hors des vaisseaux, surtout au niveau de certaines veines.
Pour le second problème, vous vous souviendrez des résultats consignés dans une thèse de Rieux (1814). Les expériences furent faites avec Ghaussier; il fut constaté que si l’on produit des contusions chez l’individu mort, on n’arrive jamais
à pouvoir réaliser des ecchymoses. Si l’on effectue les contusions au moment où la mort n’est pas encore complète, au moment, par exemple, où la chaleur existe encore, on peut déterminer des épanchements sanguins plus ou moins considérables, mais pas d’ecchymose. La raison de ce fait est, du reste, assez facile à donner. Au moment où la mort est imminente, la circulation est déjà suspendue dans les plus petits vaisseaux : or, l’ecchymose est le résultat de la déchirure de ces petits vaisseaux. Si le sang est déjà coagulé à ce niveau, la déchirure de ces conduits ne s’accompagnera pas d’infiltration ecchymotique. A ce moment, la circulation n’est pas encore interrompue dans les vaisseaux plus volumineux, leur déchirure sera donc susceptible de déterminer un épanchement plus ou moins considérable.
Des ecclrymoses spéciales intéressent souvent le médecin légiste. Ainsi les ecchymoses sous-pleurales ont été regardées par Tardieu comme un signe pathognomonique de la mort par suffocation. Dans un mémoire publié récemment en 1879, dans la Revue mensuelle de médecine et de chirurgie , Parrot a montré que ces ecchymoses sous-pleurales existent souvent chez des enfants qui ont succombé à des affections aiguës bronchopulmonaires, compliquant la rougeole ou la diphtérie. Lorsque le médecin légiste constatera, par conséquent, des ecchymoses sous la plèvre d’un enfant, il ne devra pas affirmer de suite que l’enfant a pu succomber d’une manière violente et rapide, par suite, par exemple, de contusions graves ayant porté sur la poitrine et ayant amené l’asphyxie.
En résumé :
DR L’RGCHYMOSR