ÉPANCHEMENTS TRAUMATIQUES DE SÉROSITÉ
dans un escalier, soit par suite d’un éboulement qui frappe une partie du corps, arrive à produire le même résultat.
Cette lésion est habituellement plus fréquente chez l’homme que chez la femme. Est-ce par suite de la nature des travaux de l’homme qui l’exposent certainement à des contusions plus fréquentes; est-ce parce que, chez la femme, le tissu cellulaire est doublé d’un coussinet graisseux plus abondant; est-ce par suite d'une disposition moindre du tissu cellulaire à laisser suinter la sérosité ?Il est difficile d’accepter complètement Tune ou l’autre de ces explications, mais le fait existe et nous devons le signaler.
11 semble difficile, au premier abord, de s’expliquer le mécanisme de cette lésion. Morel-Lavallée admettait que le décollement des tissus exerçait une action sur les extrémités des vaisseaux, que ces extrémités se contractaient et que le sang ne pouvait alors passer à l’état complet, le sérum seul s’épanchant et constituant l’épanchement.
Actuellement que l’histologie nous a révélé d’une façon plus complète l’organisation du tissu cellulaire, il semble plus naturel d’admettre l’explication suivante. La pression oblique que nous avons indiquée comme cause immédiate de l’accident déchire les mailles du tissu cellulaire; il se fait ainsi comme une grande poche sous-cutanée, dont les parois peu vasculaires laissent suinter de la lymphe au lieu de sang. Quoi qu’il en soit de cette opinion, il n’en reste pas moins vrai, comme nous l'avons déjà indiqué, que l’épanchement séreux existe presque toujours onze fois sur douze au niveau de la région souscutanée; c’est là, en effet, que le tissu cellulaire existe en plus grande quantité. Partout ailleurs ce tissu n’est point assez abondant pour que la lésion puisse se réaliser. Une seule fois, Morel-Lavallée a observé un cas où l’épanchement était situé entre les deux couches musculaires de la région postérieure de la jambe. La pression, du reste, ne se fait plus sentir aussi obliquement lorsqu’elle s’effectue au niveau des parties pro-
fondément situées; or, nous avons admis comme cause de l’épanchement séreux une pression forte et oblique.
Anatomie pathologique. — Au point de vue de la constitution de l’épanchement, nous distinguerons, d’une part, le contenu ou mieux le liquide séreux épanché ; d’autre part, le contenant ou la poche enveloppante.
Contenu. — Le contenu, quelquefois très abondant, se présente habituellement sous deux aspects différents : tantôt il est d’une limpidité parfaite, d’une couleur légèrement citrine, ressemblant, par exemple, à la sérosité de l’hydrocèle; d’autres fois, le liquide est rougeâtre, sans cesser cependant d’être transparent ; quelquefois, exception plus rare et plus bizarre, il est d’une teinte complètement noire. Dans ces cas, on a prétendu que le liquide épanché était du sang veineux; il n’en est rien cependant.
1° Ce liquide noir n’est pas susceptible de laisser déposer des caillots.
2° Le nombre de globules sanguins qu’il présente est toujours très restreint.
3° Au point de vue chimique, quelques différences peuvent être indiquées ; ainsi l'évaporation du sang fournit 17 0/0 de résidu, l’évaporation de ce liquide fournit seulement 7 0/0.
Ce liquide noir n’est, en réalité, que de la sérosité colorée par une certaine quantité d’hématine; des analyses faites par Robin, Lebert et Quevenne sont tout à fait en rapport avec cette affirmation.
Poche. — La poche constitue une cavité creusée dans le tissu cellulaire ambiant par suite de la rupture des divers éléments de ce tissu. Plus tard une fausse membrane, produit de l’irritation primitive, s’organise plus ou moins et enkyste l’épanchement, cette membrane rappelle tout à fait celle que l’on rencontre dans les épanchements sanguins ordinaires.
Vous noterez une dernière observation, c’est que souvent les caractères du liquide ne sont pas aussi tranchés que nous