PLAIES PAR MORSURE
5° Lisfranc avait formulé pour le traitement clés plaies contuses le précepte cle régulariser autant que possible les bords de la plaie avec l’instrument tranchant; on substituait, pour ainsi dire, une plaie par instrument tranchant à une plaie contuse. Or, une plaie par instrument tranchant, faisait -on observer, étant plus susceptible de se réunir par première intention, cette conduite devait être par cela même plus avantageuse. Défiez-vous de ce conseil. L’expérience semble, en effet, avoir démontré qu’au contraire, dans ces conditions, les accidents septiques sont plus à redouter. Les vaisseaux lymphatiques ou sanguins ouverts par l’instrument tranchant ne sont pas aussitôt oblitérés par des produits plastiques qui n’arriveront à n’ètre sécrétés qu’au bout de quelques jours. Gomme l’instrument tranchant a laissé nécessairement des parties au niveau desquelles les liquides en putréfaction peuvent séjourner, on ouvre ainsi une porte d’entrée plus facile à ces produits infectieux. Dans les cas de plaie contuse, au contraire, les vaisseaux ont été froissés, des caillots se sont formés dans leur intérieur et empêchent ainsi le passage des éléments nuisibles. En employant l’écraseur de Chassaignac, la régularisation de la plaie peut cependant s’obtenir sans enlever à la solution de continuité le caractère des plaies contuses.
6° Dans les cas de contusion au quatrième degré, l’amputation est quelquefois la seule ressource et il faut alors y avoir recours le plus rapidement possible.
Pour achever l’étude des plaies contuses, nous vous donnerons en dernier lieu quelques détails sur les plaies par morsure, et les plaies par arrachement. 11 y a peu de temps, le docteur Guermonprez (de Fives -Lille) a appelé l’attention sur les plaies par usure (coup de meule) ; nous aurons aussi à vous en dire quelques mots.
Plaies par morsure. — On donne le nom de plaies par morsure à des plaies caractérisées surtout par des phénomènes de pression, de torsion et d’arrachement; le type de ces plaies est
la plaie produite par la morsure du cheval. Nous joindrons à cette étude quelques considérations sur les plaies par morsure d’animaux féroces, et sur celles qui sont déterminées par le bec de certains oiseaux.
Plaies par morsure de chenal. — Ces plaies ont été bien étudiées par le docteur Gillette dans un mémoire présenté à la Société de chirurgie, le 24 mai 1876, sur les divers traumatismes produits par la bouche du cheval. Le sujet, du reste, avait déjà été traité en partie par Follin. Habituellement le cheval ne se contente pas de saisir simplement avec les deux mâchoires les parties qu’il mord. Il presse plus ou moins fortement, soulève quelquefois le blessé de terre, de telle façon qu’il arrache et déchire les tissus. Il y a dans ces cas, pression et arrachement. Deux arcs ecchymotiques sont les stigmates habituels et caractéristiques du fait de cette pression. La couleur de la peau indique dans ces cas le degré de la contusion ; ainsi, quelquefois la peau à ce niveau est d’une teinte rouge violacé, c’est l’ecchymose du premier degré ; d’autres fois, la teinte est grisâtre, on dirait l’escarre produite par la pâte de chlorure de zinc, c’est alors la contusion au troisième degré. Dans quelques circonstances, la section des parties est complète comme si la plaie résultait de l’action d’un instrument tranchant. Le docteur Gillette a rapporté l’observation d’un soldat dont le pouce fut arraché à la suite de la morsure d’un cheval; la section était tellement nette que le blessé fut tout d’abord accusé de s’ètre mutilé lui-même.
Le pronostic de ces blessures doit être très réservé ; l’on ne peut conclure, en effet, aux désordres des parties profondes par les désordres que l’on observe sur la peau. Le docteur Gillette a bien indiqué la possibilité du contact d’une substance nuisible contenue dans la salive du cheval ; mais la gravité dépend surtout de la contusion qui peut être quelquefois au troisième degré dans les parties profondes, alors que les téguments externes semblent cependant peu compromis.