DES ARMES A FEU — SYMPTOMATOLOGIE
sur l’organisme des gros projectiles. Cette étude peut se faire plus rapidement, c’est la raison qui nous fait choisir cet ordre.
On a prétendu que les gros projectiles, les boulets, par exemple, pouvaient produire des lésions traumatiques par l’action, sur nos tissus, de la couche d’air qu’ils entraînent avec eux; c’est ce que quelques auteurs ont appelé le vent du boulet. C’est une erreur qui a été réfutée expérimentalement. En 1857, M. Pélikan a présenté sur ce sujet quelques recherches expérimentales. L’auteur avait fait construire un appareil spécial ayantun pistonau niveau duquella moindre force de poussée devait imprimer un mouvement ; le piston ne bougeait que dans le cas où sa surface était directement touchée par le projectile. Un gros projectile ne produira donc des effetsqu’autant qu’il contusionnera directement nos tissus. Ces effets peuvent être ainsi analysés :
1° Les gros projectiles agissent proportionnellement à leur force d’impulsion, à leur volume et à la manière dont ils viennent frapper l’organisme sous un angle plus ou moins oblique.
2° Les gros projectiles déterminent des contusions et des plaies contuses à tous les degrés. Le plus souvent les plaies confuses sont avec perte de substances et s’accompagnent de l’attrition des organes, de la fracture des os et du broiement des parties profondes. Ces plaies représentent souvent un long sillon plus ou moins profond.
3° La surface de ces plaies est habituellement d’une teinte gris rougeâtre, recouverte de tractus celluleux, vestiges des tissus cellulaire, musculaire et aponévrotique qui ont été déchirés.
4° Comme pour les plaies par arrachement, les hémorragies sont proportionnellement peu considérables. C’est vrai d’une façon générale ; mais bien souvent cependant l’hémorragie apparaît après un certain temps, soit par l’effort de l’ondée sanguine, soit par la cessation de la crispation des vaisseaux, soit par la fluxion qui succède à la stupeur locale primitive.
5° Quelquefois le projectile est d'un volume moyen comme un biscaïen ou un éclat d’obus. Dans ce cas, les parties peuvent
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etre simplement traversées. La plaie offre alors une ouverture d’entrée et une ouverture de sortie. L’orifice de sortie est habituellement plus considérable, les déchirures sont plus accusées à ce niveau, les bords sont renversés en dehors»
6° Lorsqu’un gros projectile et même un projectile de calibre moyen viennent à pénétrer dans une cavité splanchnique, les désordres qu’ils occasionnent entraînent presque toujours la mort immédiate ou à très bref delai.
7° Lorsqu’un membre est atteint, il peut être quelquefois emporté complètement. Cet effet se produit surtout dans le cas où le projectile frappe le milieu même du membre. Bien que cet accident ne soit pas très rare, il n’est cependant pas très commun. Le plus souvent, les membres sont fracassés, dilacérés sur la plus grande partie de leur circonférence, restant encore appendus par des portions de peau ou de muscles qui ont pu échapper à une destruction immédiate.
8° Lorsqu’un os est fracturé en un point par l’action d’un gros projectile, vous devrez toujours penser que d’autres fractures existent en même temps au-dessus de la fracture primitive. La quantité de mouvement dont se trouve animé le projectile explique parfaitement ce résultat.
9° Lorsque les lésions sont occasionnées par des éclats de gros projectiles creux, des éclats d’obus ou de bombes, on constate alors des différences considérables, les fragments variant à l’infini, au point de vue de leur volume, de leur forme, de leur vitesse. Les plaies produites dans ces circonstances présentent une irrégularité plus grande, un mélange de symptômes des plaies par instruments tranchants, piquants ou contondants. Ce détail se comprend parfaitement quand on voit les bords tranchants, les saillies, les parties mousses qui existent dans un éclat d’obus. Ces plaies saignent habituellement davantage. L’obus peut quelquefois éclater après avoir pénétré dans une cavité splanchnique ; tout est alors broyé, réduit en bouillie, soit par l’action de la poudre, soit par l’effet de la projection des éclats.