STUPEUR LOCALE
lô5
Stupeur. — C’est surtout à la suite des blessures par les gros projectiles que l’on voit apparaître les phénomènes de stupeur. Nous vous avons déjà mentionné ce symptôme lorsque nous nous sommes occupé de la contusion en général. Nous devons actuellement l’étudier d’une façon plus complète.
Dupuytren, dans ses leçons de clinique, chercha un des premiers à différencier la commotion de la stupeur. Il y a, disait-il, entre ces deux états la différence qui existe entre ces deux catégories de remèdes dont les uns sont connus sous le nom de calmants, et les autres appelés stupéfiants. Dans la commotion, il y a lésion des fonctions de l’organe ; dans la stupeur, il y a atteinte portée au principe même de la vie. Le mot de stupeur ne correspond pas malheureusement à une définition bien précise. Commotion, stupeur, ébranlement, torpeur traumatique, choc, toutes ces appellations diverses ont été souvent prises les unes pour les autres. En analysant ces phénomènes, voici, pour nous, les distinctions que nous établissons. Nous distinguerons tout d’abord une stupeur locale et une stupeur générale.
Stupeur locale. — • La stupeur locale peut se définir une perturbation importante survenant dans l’innervation et la circulation d’une partie de l’organisme qui a été soumise à un traumatisme grave, principalement un choc plus ou moins violent. Cet état est essentiellement caractérisé par les symptômes suivants : un engourdissement local et un abaissement de la température. L’engourdissement dénote la modification de la sensibilité, et l’abaissement de la température est en rapport avec le trouble de la circulation. L’accident peut se présenter à des degrés divers.
A un premier degré, l’engourdissement et l’abaissement de la température sont modérés, et le retour à l’état normal se fait rapidement. Ce premier degré représente l’état de commotion que nous vous avons décrit antérieurement. Au deuxième degré, on voit survenir des phénomènes de réaction inflammatoire plus ou moins marqués ; l’ébranlement primitif a été plus con-
sidérable. Au troisième degré, la réaction aboutit à desphéno-’ mènes de gangrène. Au quatrième degré, le choc a aussitôt déterminé des phénomènes d’attrition; les modifications élémentaires destructives ont été assez importantes pour que la gangrène soit, pour ainsi dire, immédiate.
2° Stupeur générale. — Le plus souvent, lorsqu’une partie présente des phénomènes de stupeur locale, on voit se produire les symptômes de stupeur générale ; c’est ce que les auteurs anglais ont appelé le shock, le choc traumatique, l’effroi traumatique de Bardeleben. Si nous voulions écrire un chapitre complet sur le choc traumatique, nous devrions analyser les travaux anglais de Furneaux, Jourdan, Legros, Clark, Savory, Lauder Brunton, l’étude de Blum insérée dans les Archives de médecine de 1876 5 mais nous désirons seulement vous résumer sur ce sujettes idées les plus générales que vous aurez à retenir. Voici ce que l’observation semble indiquer. La stupeur générale et le choc se présentent sous différentes formes :
1° Parfois le blessé est immédiatement plongé dans une sorte d’hébétude qui le rend indifférent à tout ce qui se passe autour de lui : on l’interroge, il ne répond pas; on lui parle d’opération, d’amputation, il vous dit que cela 11e le regarde pas. Il reste insensible à la douleur, l’œil fixe, la respiration lente, le pouls faible, lent, souvent intermittent, la peau est habituellement plus froide. Quelquefois à ces symptômes succède une réaction convenable, puis les accidents reviennent, et souvent enfin l’état normal se rétablit complètement. Quelquefois les symptômes persistent, la réaction ne s’établit pas, et les blessés meurent dans un état d’affaissement de plus en plus prononcé. C’est ce qui arriva, par exemple, au maréchal Lasnes qui succomba dans la stupeur, après avoir ôté amputé des deux jambes.
2° Quelquefois la stupeur générale consiste essentiellement dans des phénomènes de syncope. La mort, souvent immédiate alors, peut être considérée comme due à la paralysie du cœur, c’est l’opinion qu’admettait Langenbeck, en 1875, au Congrès