STUPEUR GÉNÉRALE
des chirurgiens allemands. Lorsque cette forme syncopale se réalise, quelques différences peuvent survenir; elles ont été bien indiquées dans l’excellente thèse d’agrégation du docteur Vincent (Des causes de la mort prompte après les grands traumatismes, 18 1 8). « Dans certains cas, dit cet auteur, les phénomènes d’arrêt frappent, soit le cœur, soit les poumons, soit les échanges nutritifs, soit tous ces organes et toutes ces fonctions à la fois, et avec une intensité égale ou différente ; le blessé lutte avec plus ou moins d’énergie, avec des périodes alternatives de mieux et d’aggravation. »
3° Dans quelques circonstances, la stupeur générale s’accompagne de convulsions ou de tendance aux mouvements convulsifs. C’est la forme que Travers appelle avec éréthisme (prostration xoith excitement).
4° Quelquefois le blessé succombe rapidement en présentant des frissons, des vomissements, du hoquet et de l’algidité traumatique.
Vous noterez, en dernier lieu, une observation générale que Dupuytren avait signalée : la stupeur ne limite pas ses effets à la vie; il semble qu’ils s’étendent au delà de la mort. Ainsi, la lividité cadavérique s’empare plus promptement du corps tout entier; la putréfaction générale est souvent très avancée, alors qu’elle serait à peine commencée dans les corps d’individus morts dans des conditions ordinaires.
Nature de ces accidents. — Comme les symptômes de la stupeur générale ne sont pas toujours identiques, on comprend que des opinions différentes aient été émises sur la cause intime de ces accidents, Ainsi, pour quelques auteurs, les phénomènes de stupeur ne sont que des symptômes dus à l'influence d’émotions morales, la crainte, l’angoisse, la peur, que le blessé peut ressentir au moment où il est soumis aux conditions vulnérantes. Cette cause peut, dans quelques circonstances, entrer en ligne de compte, mais bien souvent vous constaterez cependant des phénomènes de stupeur chez les sujets les plus braves, les plus
impassibles en face des dangers les plus graves et les plus imminents. Pour Savory et Langenbeck, la stupeur n’est que l’influence paralysante exercée sur l’activité du cœur par une lésion nerveuse brusque et violente. Pour Fischer (de Breslau), c’est line paralysie réflexe des vaso-moteurs du splanchnique surtout déterminée par un ébranlement.
Pour nous, acceptant comme expression de la stupeur les divers symptômes que nous avons passés en revue, il nous semble convenable de formuler sur ce sujet les conclusions suivantes :
1° La stupeur générale dépend, le plus souvent, de phénomènes réflexes provenant de l’impression produite sur les centres nerveux par un traumatisme local plus ou moins grave, s’accompagnant des symptômes que nous avons décrit sous le nom de stupeur locale.
2° La stupeur générale peut être quelquefois d’origine psychique : Ainsi à la suite d’un traumatisme très léger, le blessé redoute d’être très gravement atteint et présente alors des phénomènes de syncope. Verneuil en a cité un exemple qui peut rester comme type. Pendant le siège de Paris, quatre jeunes gens maniaient des revolvers dans une chambre étroite, un coup partit inopinément, personne ne se crut atteint; quelques instants après, l’un des jeunes gens s’aperçut que sa blouse était en feu au niveau du flanc gauche, il s’évanouit subitement.
3° Quelquefois la cause immédiate est surtout une commotion du système nerveux, commotion cérébrale ou commotion rachidienne. Il n’y a pas, dans ces cas, de traumatisme local avec stupeur locale.
4° Les symptômes de stupeur peuvent être regardés parfois comme des symptômes de septicémie se réalisant rapidement au niveau des parties traumatisées. Dans ces cas, les blessés présentent des vomissements, de l’ictère, du hoquet, de l’algidité traumatique à un haut degré. Pour mieux fixer, du reste, ces idées dans votre esprit, résumons -les dans le tableau suivant.
de la stupeur locale et de LA STUPEUR GÉNÉRALE 159
Stupeur
locale.
Stupeur
générale.