‹ Leçons de pathologie chirurgicale généraleChapitre 70 sur 270 · DES ORIFICES D’ENTREE ET DE SORTIE DES HALLES · texte numérisé non relu

DES ORIFICES D’ENTREE ET DE SORTIE DES HALLES

le phénomène se réalise surtout lorsque les tissus qui sont traversés présentent une grande laxité; c’est ce qui arrive, par exemple, auniveau de la peau d’une articulation fortement fléchie.

Vous retiendrez que les effets sont beaucoup plus meurtriers lorsque la balle rencontre tout d’abord un obstacle qui ne l’arrête pas, mais qui la déforme, l’aplatit et lui donne ainsi une surface plus considérable. Lorsque la balle a été arrêtée incomplètement par un obstacle, l’arrêt change, en outre, en chaleur le mouvement qui se trouve ainsi diminué, on a même prétendu que des boulets venant frapper contre une plaque de fer, rougissent subitement. La balle, dans des conditions semblables, s’échauffe, le plomb perd de sa cohésion et le projectile se rompt ; on en trouve alors des morceaux divisés au milieu des tissus, on a pu croire ainsi à des effets déterminés par des balles explosibles. On reviendrait ainsi à l’opinion de Jean de Vigo qui considérait, vous le savez, la brûlure comme un des caractères des plaies par armes à feu. Il ne faudrait pas cependant exagérer cette manière de voir, même dans les cas où la balle a été tout d’abord arrêtée par un obstacle. Schâdel (de Heidelberg) a réalisé, en effet, l’expérience suivante : il suspendait des sachets de poudre devant une cible de fer, puis il tirait sur la cible; en ricochant, les morceaux de plomb déchirèrent plusieurs fois les petits sacs, mais sans déterminer jamais l’explosion. Si le plomb avait été, réellement en fusion, l’explosion, dans ces conditions, n’eût pas fait défaut. Kuster, chirurgien de l’hôpital Augusta, à Berlin, a répété des expériences semblables et avec les mêmes résultats. ( Revue des sciences médicales deHayem, 1874, troisième année, t. V, fasc. 1, p. 342.) Les dernières considérations que nous venons de vous indiquer vous permettent de comprendre que bien souvent la cuirasse devient beaucoup plus nuisible qu’utile. Il n’y a pas de cavaliers, en effet, capables de porter une cuirasse à l’abri de la balle d’infanterie lorsqu’elle est tirée à courte distance, et comme la cavalerie est très souvent destinée, dans les charges, à subir de très près le feu des troupes à pied, il en

résulte que bien souvent la cuirasse constitue un véritable danger. Du reste, les faits cliniques le démontrent. Vous trouverez, par exemple, dans Hayem. deuxième année, p. 712, une observation de Burch; à une distance de 40 mètres, une balle dechassepot traversant une cuirasse, avait produit, une plaie où le poing fermé pouvait être introduit, quatre côtes étaient fracturées comminutivement, le sommet du poumon était réduit en bouillie.

Connaissant actuellement comme effets des projectiles des effets de contusion, de plaies contuses, de plaies en sillon, de plaies en séton, de plaies à deux orifices, poursuivons l’étude des autres phénomènes locaux.

Au lieu de ne faire qu’une ou deux ouvertures, les balles peuvent déterminer des ouvertures multiples. Il n’est pas rare de voir trois, quatre, cinq plaies, produites par la même balle, soit que cette balle ait été divisée en pénétrant les tissus, soit qu’elle ait rencontré successivement plusieurs parties du corps. Ainsi Legouest a cité l’observation d’un soldat chez lequel six ouvertures avaient été produites par une même balle ayant traversé les deux cuisses et le scrotum. Par opposition, deux balles peuvent, à la rigueur, pénétrer par le même orifice, rester au milieu des tissus ou ressortir par deux ouvertures en se frayant une voie séparée.

Trajet des balles dans nos tissus. — Le trajet des balles présente toujours dans son ensemble des irrégularités nombreuses dans sa direction, sa: dimension, l’état des parois et la nature du contenu.

Direction. — Le trajet est rarement rectiligne; il est souvent en apparence des plus bizarres. Ainsi une balle frappe sur les parois d’une cavité ou sur le pourtour d’une articulation, elle ressort du côté opposé sans pénétrer cependant ni dans la cavité, ni dans l’articulation. La balle pénètre quelquefois dans la cavité en respectant les organes dont la lésion semblait, dans ces conditions, inévitable; elle peut traverser un membre de part en part sans fracturer l’os. Vous noterez que ces faits se

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