INTOXICATION VIPÉRINE — SYMPTOMES SECONDAIRES
a) Douleur secondaire. — La douleur secondaire dont le blessé se plaint est une douleur inflammatoire, qui a surtout pour caractère de s’accompagner d’un sentiment de tension. Le moindre mouvement musculaire l’exaspère toujours à un haut degré.
b) Engourdissement . — L’engourdissement, le plus souvent en rapport avec la distension des parties, dépend certainement de la compression que fait éprouver aux cordons nerveux le tissu cellulaire infiltré.
c) Refroidissement. — Le refroidissement des parties au niveau desquelles la morsure a eu lieu est souvent assez prononcé, et peut être regardé comme dépendant d’une action particulière exercée par le venin sur le sang. A un moment donné, les combustions organiques sont diminuées, et l’abaissement de la température locale en est la conséquence. Cet abaissement de température succède à la chaleur qui accompagne le gonflement inflammatoire ; ce symptôme est limité à la partie blessée ; plus tard, il se généralise.
d) Taches livides. — Les taches livides, moins constantes, plus tardives que la tuméfaction, constituent un des phénomènes les plus caractéristiques. Rarement uniformes, ces taches sont habituellement rouges, violacées ou bleuâtres. Ce symptôme a. fait dire à quelques observateurs que l’on voyait se reproduire sur les parties blessées les taches constatées sur le corps de la vipère. Dans un cas observé à Paris en 1861, dans le service de Jarjavay, ce chirurgien compare ces colorations aux ecchymoses de la contusion ; rien de plus naturel, par conséquent, que de les dénommer des taches ecchymotiques.
Signalons aussi quelques autres lésions secondaires, des traces d’angioleucite, des phlyctènes. Parfois l’on trouve de petits abcès qui se forment au niveau même do la plaie. Le plus souvent, dans ces cas, un crochet a joué le rôle de corps irritant.
symptômes généraux secondaires. — Ges symptômes généraux font quelquefois défaut, mais lorsqu’ils existent à un haut degré, on peut les diviser en trois catégories :
Troubles digestifs ;
Symptômes typhiques, phénomènes ataxo-adynamiques ;
Symptômes de réaction.
Troubles digestifs. — Une ou deux heures environ après la morsure, le blessé est souvent pris d’angoisses et de nausées accompagnées de douleurs épigastriques et ombilicales. Les nausées se changent souvent en vomissements ; les matières vomies sont tout d’abord les aliments qui ont été ingérés depuis peu de temps, puis de la bile mêlée à des glaires sanguinolentes. Il se produit souvent un peu d’ictère. Linné avait cru, à tort, devoir regarder ce symptôme comme essentiellement caractéristique de l’intoxication par la vipère. Divers observateurs l’ont indiqué aussi quand il s’agit de la morsure d’autres serpents. Cette teinte ictérique est, du reste, appréciée d’une façon différente. Ainsi, pour Gubler, elle dépendrait d’un spasme des voies biliaires, occasionné par la frayeur ; pour Viaud-Grand-Marais, elle doit être considérée comme le résultat d’une altération du sang.
Symptômes typhiques ou ataxo-ady mimiques. — On voit survenir bientôt des symptômes graves de nature ataxoadynamique, des lypothimies, des syncopes, du refroidissement général, des sueurs froides, visqueuses ; le pouls est petit, dé pressible, la respiration s’embarrasse, les poumons s’engouent, la prostration est extrême. Les urines sont à peu près milles. Aces symptômes, dans les cas très graves, viennentse joindre des crampes, des soubresauts des tendons, des convulsions, du délire; la prostration générale augmente, et la mort peut quelquefois survenir au milieu de ces phénomènes morbides, qui rappellent jusqu’à un certain point l’intoxication cholérique ou l’empoisonnement par l’arsenic.