L’INOCULATION
VACCINE, COWPOX ET HORSEPOX
L’observation servie par le génie. — Grande découverte résultant de rapports saisis et bien établis. — La vaccine; sa caractéristique.
— Bénéfices de son inoculation prophylactique de la variole. — Jenner a fait sa découverte d’abord par l’observation. — Tradition populaire écoutée. — Vérification expérimentale. — Immunité contre la variole, grâce d’état des vachers et vachères. — Pourquoi?
— Par l’inoculation accidentelle d’une maladie spéciale de la vache.
— Expériences démonstratives. — La vaccine est préservatrice de la variole. — D’où vient le cowpox? — Traditions populaires. — Les ouvriers maréchaux réfractaires à la variole. — Raison de cette immunité. — Maladie particulière du cheval transmissible à l’homme. — Faits à l’appui. — Filiation entre la maladie du cheval qui donne l’immunité contre la variole et le cowpox. — Le cowpox procède du grease. — Faits à l’appui. — Transmission expérimentale du grease de l’homme à l’homme. — Résumé de l’œuvre de Jenner.
L’histoire étiologique de la vaccine va nous montrer, une fois encore, en présence, l’observation et l’expérimentation; mais cette fois l’observation, mise au service d’un homme de génie, est arrivée, par sa seule force, à saisir les rapports des phénomènes et, par une induction rigoureuse, à en établir la loi, d’où elle a fait dériver la pratique de l’inoculation vaccinale, qui
constitue la plus belle découverte de la médecine. Ce n’est pas que l’induction ait tout fait et qu’elle n’ait pas eu besoin de l’expérimentation pour confirmer la certitude des rapports qu’elle avait saisis. — Mais elle marche en avant, elle tient le flambeau; et c’est elle qui, de prime-saut, montre la vérité dans tout son éclat.
Rare exception, car, pour qu’elle se produise dans les sciences d’observation, il 11e faut rien moins que l’intervention du génie, c’est-à-dire de cette clairvoyance supérieure qui fait deviner entre les faits les liens invisibles qui les rattachent les uns aux autres et donne la raison de leurs rapports.
Entrons en matière :
Qu’est-ce que la vaccine ? .
Une maladie éruptive, de forme pustuleuse, que l’on a crue particulière à la vache, d’où le nom qu’on lui a donné : maladie contagieuse par inoculation, non seulement pour l’espèce bovine, mais aussi pour l’espèce humaine pour laquelle elle constitue un palladium contre les atteintes de la variole.
C’est en cela, c’est dans la constatation de ce fait, que consiste la grande, l’immortelle découverte de Jenner. A la pratique de l’inoculation variolique, bienfaisante après tout, mais qui ne laissait pas que d’exposer à de redoutables dangers, dépendant d’une force de choses inconnue, elle a permis de substituer l’inoculation d’une maladie toujours bénigne, transmissible par un seul mode, celle de l’insertion virulente, rapide dans son évolution, non susceptible, si ce 11’est dans des cas tout exceptionnels, d’une éruption généralisée,
et dotant l’organisme qui a été soumis à l’imprégnation de son virus, de ce précieux privilège d’être pendant une assez longue série d’années, si ce n’est même pour toujours, invulnérable aux atteintes du virus variolique, dont les coups sont trop souvent mortels, et qui, lorsqu’il épargne la vie, laisse trop souvent à la suite des traces indélébiles, vrais stigmates par lesquels le visage humain se trouve, trop fréquemment, destitué de ses plus beaux attributs.
Merveilleuse chose, n’est-ce pas? Une maladie bénigne, très légère, très passagère, circonscrite presque toujours au lieu de l’insertion de son virus, inoffenuve pour les personnes qui entourent les malades, faisant l’office de la variole au point de vue de l’immunité qu’elle confère contre cette maladie, c’est-à-dire épuisant si complètement le terrain sur lequel elle a été semée, que la semence variolique y demeure stérile pendant de longues années, voire même pendant toute la vie d’un certain nombre des sujets vaccinés.
Gomment Jenner a-t-il été amené à faire sa merveilleuse découverte ?
Simplement par l’observation des faits qui se produisaient sous ses yeux et dont il a cherché et saisi les rapports avec la profonde sagacité quiconstitue le génie.
C’était une tradition populaire, dans le comté de Glocester qu’il habitait, que les personnes, hommes et femmes, employées à soigner et à traire les vaches étaient communément épargnées par la variole. Voilà un premier rapport dont il tient compte. Mais cette immunité des vachers et des vachères contre les atteintes
de la variole, n’est-ce là qu’un de ces préjugés populaires, comme il en circule tant dans les masses? Ou bien, est-ce une réalité bien établie par cette observation des choses d’où procèdent cette foule de notions vraies que le peuple possède sur les choses extérieures.
Jenner, loin de négliger la tradition sur ce point s’en inspire ; il la soumet au contrôle de l’expérimentation et il en vérifie l’exactitude. L’inoculation de la variole demeure sans effets sur les gens qui sont directement en rapport avec les vaches pour les soigner ou pour les traire.
Mais cette immunité quelle en est la raison?
C’est ici que le génie de l’observateur se dévoile et apparaît dans tout son éclat.
Ces personnes sur lesquelles l’inoculation variolique n’a pas de prise, ne sont devenues invulnérables que parce que, dans l’exercice de leur métier, elles se sont inoculées à elles mêmes, sans le savoir et sans le vouloir, par les crevasses ou les blessures si fréquentes sur des mains ouvrières, une maladie de nature pustuleuse, ayant d’assez grandes analogies de forme avec la variole elle-même. Cela résulte pour Jenner et de ses informations sur les précédents des vachers et des vachères, et des observations propres qu’il a pu faire sur leurs mains.
Voilà un nouveau rapport saisi et bien établi : les personnes préposées aux soins et à la traite des vaches, contractent des pustules sur leurs mains ; et ces personnes n’ont plus de susceptibilité à contracter la variole.