‹ Leçons de pathologie expérimentaleChapitre 20 sur 145 · DES POISONS · texte numérisé non relu

DES POISONS

SOiMMAIRE : Importance de la méthode expérimentale en physiologie et en pathologie. — Les phénomènes que présentent les êtres vivants, à l'état de santé comme à l'état de maladie, résultent des propriétés de la matière vivante. — Considérations générales sur la nature de la maladie. — Insuffisance des principales définitions adoptées jusqu'ici. — Maladies essentielles. — Comment on peut en admettre l'existence sans blesser les principes de la science. — Applications de ces vues à la pathologie expérimentale. — Les expériences à poursuivre consistent à développer artificiellement diverses maladies chez les animaux dans des conditions bien déterminées à l'avance. — Sous ce rapport^ les poisons sont les plus commodes de tous les moyens d'expérimentation. — Leurs effets ressemblent à ceux de la maladie sous tous les rapports. — Leur action sur les éléments histologiques. — Symptômes constants qui succèdent à leur introduction dans l'économie. — Divers degrés de la rapidité avec laquelle leurs effets se manifestent. — Absence souvent complète de lésions visibles . — Possibilité d'une guérison radicale. — Période d'incubation qui précède l'explosion des symptômes caractéristiques. — Les phénomènes de la vie sont donc indissolublement reliés les uns aux autres et doivent être étudiés par les mêmes procédés dans tous les cas. — L'action des poisons offre d'immenses avantages îi l'observateur physiologiste. — Des distinctions établies entre l'étude expérimentale et l'observation clinique. — Énumération des principales substances dont on se propose d'étudier l'action dans les leçons qui vont suivre.

Messieurs,

La méthode expérimentale à laquelle toutes les sciences sont redevables de leurs progrès actuels a rendu les plus éminents services à la physiologie. C'est elle qui nous

apprend à ne considérer chez les animaux que les propriétés de la matière vivante, au lieu de les rapporter à l'action mystérieuse d'une force située en dehors de l'organisme, régissant tous ses actes et prenant le nom, dans le langage des anciens, d'âme physiologique ou de force vitale.

La même révolution doit nécessairement s'accomplir en pathologie, et les tendances actuelles de la science nous y mènent avec rapidité. Toutefois, un grand nombre de nos contemporains, pénétrés des idées de l'école ancienne, accusent de matérialisme tous ceux qui s'éloignent à cet égard des vues traditionnelles qu'ils ont adoptées. Ce reproche qui ne repose sur aucun fondement ne doit pas nous arrêter dans le cours de nos investigations; il n'y a qu'une seule méthode expérimentale pour toutes les sciences. Pourquoi donc chercherions-nous à établir en pathologie une distinction non moins erronée en théorie que nuisible en pratique? Aucun médecin vraiment philosophe ne saurait nous contredire à cet égard.

Qu'est-ce que la maladie? Yoilà sans doute l'une des premières questions qui apparaissent à l'esprit du médecin. Mais aucune des définitions qui ont été formulées jusqu'ici ne contient une réponse satisfaisante. Au fond, la plupart de ces définitions foimulées à priori ne présentent aucune valeur dans l'état actuel de nos connaissances. La méthode synthétique est sans doute le but final de toutes les sciences ; mais il faut d'abord arriver à la méthode analytique, qui permet plus tard de reconstruire les théories générales en les appuyant sur des bases solides. La physiologie a jusqu'à un certain point

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