DES MALADIES ESSENTIELLES
réalisé ce progrès. La pathologie est restée en arrière et séjourne encore dans la région des hypothèses, d'où il s'agit de la faire sortir définitivement. C'est ainsi que l'existence de maladies essentielles, par opposition aux maladies symptomatiqiies, a été longtemps discutée par les médecins ; mais il importe avant lout de bien préciser le sens des mots avant d'arriver à une conclusion définitive sur ce point. Si l'on entend par cette expression : maladie essentielle^ qu'il existe des maladies sans lésions matérielles, nous ne saurions assez énergiquement condamner une pareille hypothèse ; car un appareil organique ne peut jamais cesser de remplir les fonctions physiologiques qui lui sont dévolues, aussi longtemps qu'un ordre parfait règne dans toutes ses parties. Supposer le contraire, ce serait nier la relation nécessaire entre la cause et l'effet. Mais, si par le mot essentiel on se contente d'exprimer cette idée qu'il existe des lésions qui jusqu'à présent se sont dérobées à nos invesligations, et qu'il faut pour le moment se contenter d'enregistrer le fait, sans essayer de l'exphquer, aucune objection ne peut s'élever contre une semblable manière de voir, qui est complètement d'accord avec les principes de la science. Malgré les progrès de l'histologie, nos connaissances sur les tissus sont encore très imparfaites. Nous rencontrons à chaque pas de nouveaux problèmes dont le secret appartient sans doute aux générations futures. Il ne faut point cependant se décourager ni cesser de poursuivre les recherches que nous avons entreprises dans cette voie ; car la science n'est, en définitive, que l'étude des rapports entre les phénomènes naturels et leurs causes
matérielles. Yoilà pourquoi, si l'on admettait, comme une vérité, qu'il existe des alTections ne reconnaissant pour cause aucune modification des organes, on verrait s'écrouler d'un seul coup tout l'édifice scientifique.
Un cours de pathologie expérimentale, tel que nous le concevons, consisterait donc à appliquer la méthode analytique expérimentale, à l'étude des maladies. Après avoir réuni une série d'affections similaires et faisant partie d'une seule et même tribu nosologique, nous en étudierions le mécanisme, les causes et les effets à l'aide d'expériences directes ; c'est-à-dire en créant par des moyens artificiels des affections analogues chez les animaux dont l'organisation se rapproche le plus de la nôtre. Nous aurions ainsi à parcourir les principaux groupes naturels de la pathologie. Nous pourrions commencer, par exemple, par diriger notre attention sur les maladies inflammatoires, et, lorsque nous aurions épuisé ce sujet, nous aborderions l'étude des apyrexies, et nous traverserions ainsi pas à pas la vaste étendue de la nosologie scientifique.
Le temps et les moyens de recherches nous manqueraient, messieurs, pour remphr le cadre immense que nous venons de tracer. Qu'il nous suffise de vous avoir montré l'étendue et le plan de nos études ; et pour terminer le cours que nous avons commencé, nous allons en consacrer les dernières séances à une question accessoire en eUe-même, mais qui nous préparera à aborder les problèmes les plus importants ; nous voulons parler de l'étude des poisons, qui nous conduira plus tard à l'examen des principes généraux de la thérapeutique.
Mais nous touchons ici à l'une de ces difficultés qui
entravent toutes les classifications scientifiques. Doit-on considérer les empoisonnements comme de véritables maladies? Faut -il, au contraire, les en séparer complètement pour en faire une classe à part et l'objet d'une science toute spéciale? Cette dernière opinion est soutenue par plus d^un toxicologue éminent; nous sommes pourtant fort éloigné de la partager. Il existe, au contraire, une si grande analogie entre les symptômes d'une affection ordinaire et les désordres qui résultent de l'ingestion d'une substance toxique dans l'économie que l'on peut, jusqu'à un certain point, considérer les effets du poison, comme le type le plus légitime des actions morbides. Cette assertion n'a pas évidemment de quoi vous surprendre; les leçons précédentes ont dû vous y préparer.
Nous allons maintenant chercher à rendre la démon stration aussi complète que possible.
Lorsqu'on étudie les lésions que produit l'ingestion des diverses substances toxiques, on constate invariablement qu'un élément histologique spécial, un tissu particulier a été atteint et frappé sur tous les points de l'économie, et la conséquence immédiate d'une lésion pareille est un désordre complet des fonctions physiologiques exercées par les éléments modifiés. Des troubles généraux résultent par conséquent de la suppression soudaine de leurs propriétés vitales. A cet égard, l'action des poisons est entièrement parallèle à celle des maladies. Mais ce n'est pas tout, vous savez parfaitement que les symptômes caractéristiques qui succèdent à l'introduction de chaque poison dans l'économie permettent au médecin de formuler un diagnostic