ÉTAT ÉLECTRO-TONIQUE RÉCIPROQUE DES NERFS
qui précédera même l'apparition de la sécrétion, et qui l'accompagne ensuite d'une manière élroite, c'est-à-dire que, sous l'influence d'un courant qui augmente modérément, l'intensité de la sécrétion et celle de la circulation s'accroissent parallèlement. Mais si le courant, au lieu d'être peu énergique, vient à acquérir une grande intensité, le parallélisme se détruit ; les vaisseaux se contractent, le cours du sang se ralentit, et cependant la sécrétion continue. Le grand sympathique, dans cette expérience, a donc été excité par l'état électro-tonique de la corde du tympan; renversez les conditions de l'expérience, et galvanisez fortement le filet sympathique qui se rend à l'appareil sécréteur, vous exercerez alors une influence de même nature sur le filet moteur de la glande, et, après avoir d'abord arrêté la circulation et augmenté la vénosité du sang, vous parviendrez, avec un courant plus fort, à stimuler les éléments sécréteurs. Il devient donc indispensable de refaire à ce point de vue toutes les expériences relatives à l'influence du grand sympathique sur la sécrétion. Le galvanisme, qui a presque toujours été employé dans ce but, est un agent qui, à forte dose, peut être considéré comme infidèle, et dont les effets ne peuvent pas être regardés comme l'expression parfaite du fait physiologique.
Il y aurait donc, peut-être, quelques modifications à introduire dans les idées que nous avons émises au sujet des sécrétions, dans la première partie de ce cours. La question se trouve ainsi remise à l'étude.
11 en est absolument de même pour le système musculaire : quand vous galvanisez le nerf qui stimule les con-
tractions d'un muscle, vous agissez en même temps sur l'appareil vaso-moteur; il en résulte que les vaisseaux se contractent en même temps que les fibres musculaires,, et que le sang devient noir. Il faudrait donc isoler les deux ordres de nerfs, pour agir séparément sur les uns et les autres; mais, pour ce qui touche aux muscles du tronc et des membres, cette distinction n'a pas encore été faite : les nerfs des deux ordres s'y trouvent, en effet, confondus en un seul cordon ; et ce n'est que sur les muscles de la tête, animés par les nerfs crâniens, qui ne présentent pas à leur origine la même fusion des cordons qui les composent, qu'il devient plus facile de réaliser cette expérience intéressante.
Prenons, par exemple, le masséter : la disposition anatomique des nerfs qui l'animent se prête assez bien à cette opération. En coupant les filets sympathiques qui se rendent à ce muscle, on constate un changement de couleur du sang veineux, qui devient rouge et rutilant ; mais en galvanisant le bout périphérique du nerf coupé, on voit reparaître la vénosité du sang, bien que les fibres musculaires soient demeurées parfaitement à l'état de repos.
Ainsi donc, messieurs, la modification chimique du sang, qui se rapporte évidemment à la nutrition des organes, coïncide, mais n'est pas liée d'une manière nécessaire avec l'exercice de leurs fonctions. On sait, en effet;, qu'un muscle séparé du corps et privée par conséquent, de toute circulation, peut encore se contracter énergiquement quand on l'excite; il est évident que le phénomène, en pareil cas, est complètement indépendant de l'état de la circulation des vaisseaux.