‹ Leçons de pathologie expérimentaleChapitre 86 sur 145 · BUT DE LA MÉDECINE · texte numérisé non relu

BUT DE LA MÉDECINE

ensemble dès le début de la science, et ils ne peuvent cependant être résolus que l'un après l'autre. En général, la science ne sent le besoin de devenir active qu'après avoir été contemplative. Mais la médecine s'est trouvée dans un cas particulier, en ce sens que dès son début, elle a été en quelque sorte forcée d'agir, parce qu'elle a compris immédiatement que son vrai problème c'était l'action. Si Pinel a pu définir la médecine en disant : « Une maladie étant donnée, trouver sa place dans » un cadre nosologique » , il est évident qu'il posait ainsi un problème très restreint, dont la solution pouvait peut-être satisfaire au nosologiste, mais qui devait être bien loin de contenter un vrai médecin et surtout le malade.

Le véritable but de la médecine, c'est le traitement et la guérison des maladies. L'observation seule ne peut suffire pour atteindre scientifiquement ce but; il faut nécessairement recourir à l'expérimentation. Sans doute, les observations empiriques que l'on a déjà rassemblées sur Taction des médicaments sont utiles au médecin. Dans les autres sciences comme dans la médecine l'empirisme a précédé aussi la science expérimentale. Mais c'est seulement lorsqu'on a possédé la théorie et l'explication exacte des phénomènes, [que les sciences expérimentales ont à prendre leur essor. Voilà pourquoi le traitement empirique des maladies, que l'on pratique depuis un temps immémorial, n'a jamais pu constituer la thérapeutique scientifique, c'est-à-dire la vraie science médicale expérimentale. Pour cela, il faut que la physiologie expérimentale soit fondée, et que le médecin soit

^n état (le comprendre le mécanisme des maladies et l'action des agents médicamenteux.

Aujourd'hui, un médecin appelé près d'un malade est donc à la fois dans la science et dans l'empirisme. Il s'appuie sur une science d'observation quand il reconnaît l'affection de son malade; mais, quand il la traite, il n'a pour guide que l'empirisme, et il agit souvent au milieu de l'obscurité la plus complète. Cet état boiteux de la médecine qui, en ce moment, n'est, en quelque sorte, qu'une moitié de science, explique les opinions contradictoires qu'on peut émettre sur son compte, et motive notre distinction d'une médecine d'observation, qui est constituée, et d'une médecine expérimentale, qui est encore une science à faire.

En disant que la médecine d'observation est une médecine constituée, nous ne voulons pas dire que ce soit une science finie. Les sciences ne sont jamais terminées. Tous les jours, on peut faire, et l'on fait en réalité de nouveaux progrès dans la connaissance des maladies, dans la sémiotique qu'on perfectionne en lui appliquant des procédés empruntés aux sciences physico -chimiques. Mais tout cela est indépendant du traitement des maladies, et, sous ce rapport, la médecine hippocratique ou d'observation n'aboutit au fond qu'à l'expectation.

La médecine expérimentale est la science qui fait la physiologie des maladies comme on a fait la physiologie des fonctions normales ; elle recherche les effets des médicaments sur Tétre vivant comme on étudie le mode d'action des agents nutritifs ou excitateurs organiques normaux. Elle aboutit donc directement à la thérapeu-

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