‹ Leçons de pathologie expérimentaleChapitre 87 sur 145 · LA. MÉDECINE COMME SCIENCE · texte numérisé non relu

LA. MÉDECINE COMME SCIENCE

lique. Cette science n'a pas encore trouvé ses principes; mais son avènement se prépare par les découvertes rapides et brillantes que fait chaque jour la physiologie expérimentale.

Ainsi se trouve résolue cette question, que nous avons posée en comrnençant : la médecine est-elle une science? Oui, la médecine est une science; mais elle n'est pas encore développée dans toutes ses parties, elle n'est point encore arrivée à l'état de science expérimentale ; et c'est précisément le cas pour la partie active de la médecine, c'est-à-dire celle qui répond à l'apphcation.

Dans l'état actuel de la médecine, quelle doit être la nature du cours de médecine au Collège de France? Je vous ai souvent entretenu du but particulier de l'enseignement de la médecine dans cet établissement, je vous ai dit que le cours de médecine du Collège de France ne faisait en aucune façon un double emploi avec ceux de la Faculté de médecine, qu'il n'y avait aucun rapport, aucune relation, entre ce que doit traiter un professeur de médecine au Collège de France et ce que doit enseigner un professeur de Faculté.

Les deux établissements ont des destinations loul à fait distinctes. Le professeur du Collège de France doit étudier les questions obscures, les tendances et les méthodes nouvelles de la science qu'il représente, mais il ne doit pas du tout embrasser cette science dans son ensemble. Je dis cela parce que, pour ne pas comprendre le genre d'enseignement que nous devons faire ici, on a souvent adressé des reproches mal fondés au cours de médecine du Collège de France. Certaines personnes ont même

prétendu que, le titulaire actuel de cette chaire du Collège de France ne faisant que de la physiologie, il fallait appliquer à son enseignement le nom de cours de physiologie et supprimer du programme le mot de médecine.

Le cours de médecine du Collège de France est un cours libre qui représente la marche des idées dans la médecine suivant les différentes époques. Aussi ne sauraiton établir aucun rapport de tradition entre les enseignements des hommes célèbres qui se sont succédé dans la chaire de médecine du Collège de France (1). Il suffit en effet de jeter un coupd'œil sur la Hste de ces professeurs, pour voir que le cours s'est modifié suivant les époques et selon les idées du moment pour rester en rapport avec les progrès de la médecine. Chaque science est constituée par un ensemble de connaissances que ne pourrait embrasser un seul homme. D'un autre côté, chaque science, dans son évolution, ne s'accroît et ne se perfectionne jamais dans toutes ses parties à la fois ; «lie effectue, au contraire, à des moments différents, des progrès partiels sur certains points^ et ce sont tous ces progrès réunis qui constituent plus tard la science totale. La médecine marche de la même manière que les autres sciences. A diverses époques, les études anatomiques et chirurgicales, la matière médicale, le diagnostic, se sont plus spécialement développés. Le. Collège de France a suivi toutes les oscillations dans le progrès de la science médicale, et c'est la raison pour laquelle les hommes qui se sont succédé dans la chaire de médecine du Col-

(1) Voyez Mémoire historique et littéraire sur le Collège royal de France- Paris, 1768.

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lège de France ne se ressemblent aucunement par la partie de la médecine qu'ils ont enseignée. On ne les trouve point reliés entre eux par une tradition commune; chacun reste libre dans ses allures, comme la marche de la science elle-même.

Par exemple, lorsqu'un de mes plus illustres prédécesseurs, Laënnec, découvrit l'auscultation, il était certainement dans son rôle en l'enseignant au Collège de France, car il faisait un cours sur un point nouveau de la science qui caractérisait la tendance de la médecine de son temps vers le diagnostic. Il a représenté cette période du progrès médical, et il a créé l'auscultation, découverte glorieuse pour la France et une des plus grandes conquêtes de la médecine moderne. Mais en enseignant aujourd'hui l'auscultation dans la chaire du Collège de France, le professeur manquerait à sa mission. C'est à l'École de médecine que cette partie de la science doit être maintenant enseignée, parce qu'elle est devenue classique. Le professeur de l'École de médecine et celui du Collège de France doivent poursuivre un but opposé. Le premier voit la science dans son présent; il ne donne que ce qui est acquis et établi, évitant ainsi de troubler ou d'égarer l'esprit des débutants en les conduisant dans des routes encore inexplorées ou incertaines. Le second, au contraire, voit la science dans l'avenir, se préoccupe des tendances dans lesquelles cette science marche, et dirige de ce côté l'esprit des jeunes médecins. Il faut sans doute qu'un médecin soit un homme capable de porter immédiatement secours au malade qui l'appelle, et possédant à cet effet toutes les ressources que la mé-

decine pratique actuelle peut lui fournir : mais il faut en même temps qu'il soit aussi un homme capable de comprendre dans quelle voie marche la science médicale, et qu'il puisse la suivre dans ses progrès.

Je ne fais donc pas de la physiologie en vue de la physiologie elle-même, mais bien parce qu'elle est la base de la médecine scientifique. En exposant ici les principes de la médecine expérimentale, je suis dans mon rôle d'homme de science et de professeur de médecine du Collège de France ; car en faisant tous mes efforts pour coopérer, par mon enseignement et par mes propres travaux, à la fondation de la médecine expérimentale, je suis, si l'on peut ainsi dire, fonction de mon temps, puisque je ne fais qu'exprimer les tendances de la médecine scientifique actuelle.

Mais il y a un point sur lequel je désire arrêter' un instant votre attention. Chercher à fonder la médecine scientifique sur la physiologie,, me direz-vous, cela n'est pas nouveau. De tout temps on a dit que la médecine devait avoir pour base la physiologie, et même encore tout près de nous, Broussais, par exemple, avait donné au système de médecine qu'il professait le nom de médecine physiologique, pour qu'on ne se trompât point sur ses idées, et pour bien montrer que, suivant lui, la physiologie devait servir de base à la médecine. A ce compte, vous pouniez donc me dire que la voie dans laquelle je veux vous engager aujourd'hui, et que je vous donnais tout à l'heure comme nouvelle, est au contraire très ancienne. Eh bien non ! C'est le même nom sans doute, mais la chose est essentiellement différente. On

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