‹ Leçons de pathologie expérimentaleChapitre 92 sur 145 · C. BERNARD. Patll. CXp · texte numérisé non relu

C. BERNARD. Patll. CXp

périmenlale, et ne plus voir dans la science qu'un accumulation de faits bruts, dont le seul assemblage devait mettre la signification en évidence.

En France, parmi les physiologistes et les médecins, Magendie a été un de ces expérimentateurs absolument empiriques. 11 ne voulait mêler aucune trace de raisonnement à l'observation ni à l'expérimentation; il faisait ses expériences jpour voir et sans idées arrêtées. D'après lui, les raisonnements ne pouvaient que nous tromper ou nous égarer, et il prétendait que les faits s'interprétaient d'eux-mêmes par leur seul rapprochement. Pour exprimer l'état de son esprit, Magendie avait l'habitude de dire : « Quand j'expérimente, je n'ai que des yeux et des oreilles; je n'ai point de cerveau. »

Si l'on se demande maintenant quel genre d'influence peuvent avoir sur la marche de la science les diverses manières de procéder que nous venons d'indiquer, on verra que les unes et les autres sont nuisibles par leur excès.

Les hommes qui, parlant des faits d'observation ou d'expérimentation, en exagèrent les conséquences par une trop grande généralisation, sont des créateurs de systèmes. Au fond de tous les systèmes, on trouve en effet des observations ou des expériences; mais le raisonnement, dépassant la limite des faits connus, a créé un système qui finit par s'écrouler devant d'autres expériences. C'est ainsi que nous voyons l'expérimentation de l'esprit de système se succéder alternativement depuis Gahen jusqu'à nos jours. Après chaque grande découverte physiologique, on a construit sur elle un système

Page 1