‹ Leçons de pathologie expérimentale [electronic resource]Chapitre 121 sur 143 · CHOIX DES ANIMAUX · texte numérisé non relu

CHOIX DES ANIMAUX

iialure des propriclés de leurs tissus, et que nous pouvons sans crainte profiter des facilités qu'ils offrent à l'expérimentation tout en conservant le droit d'attribuer aux résultats de nos expériences la généralité qui leur appartient légitimement. Nous savons maintenant que nous pourrions transformer des animaux à sang chaud en animaux à sang froid; cela suffit pour justifier nos conclusions. Mais qu'avons-nous besoin de perdre notre temps à préparer à grand' peine des animaux à sang froid artificiels pour chaque expérience, alors que la nature nous en offre de tout prêts qu'il est bien plus simple d'employer? •

Outre les divers animaux dont nous venons de parler, le physiologiste en emploie d'autres encore, par exemple des oiseaux, des pigeons, des poulets, des moineaux, etc. , quelquefois des insectes, souvent des chevaux, et parfois des bœufs ou des moutons, etc. En un mot, tous les animaux sont bons en principe pour les expériences, et la seule raison de prendre l'un plutôt que l'autre n'est souvent que la facilité plus grande avec laquelle on se le pro^ cure, ou le prix moins élevé qu'il coûte. Cependant il est fort utile d'avoir à sa disposition des animaux de divers genres, et aussi variés que possible; on choisit alors les animaux dont les dispositions anatomiques sont les plus convenables au point de vue de chaque expérience, ce qui permet souvent d'écarter bien des embarras.

Ainsi, de simples différences de volume ou des détails de . structure de certains organes suffisent quelquefois pour rendre faciles des expériences qui seraient presque inexécutables dans d'autres conditions. Par exemple,

55G PATIIOLOGIR EXPÉRIMENTALE.

pour des expériences sur la glande salivaire sous-maxillaire, il fallait nécessairement un animal comme un chien, où cette glande se trouve placée dans une situation assez superficielle de manière à être atteinte aisément sans grande mutilation, et soit en même temps assez volumineuse pour qu'on puisse facilement agir sur ses nerfs, ses vaisseaux, ses conduits, etc.

Dans certains cas, il est des dispositions anatomiques qui éclairent par elles-mêmes une question ou rendent possible une expérience qui ne l'aurait pas été sans cela. Ainsi, chez la plupart des animaux, le canal cholédoque amenant la bile et le canal pancréatique amenant la sécrétion du pancréas débouchent ensemble ou à peu près au même endroit dans le duodénum. Mais chez le lapin, l'ouverture du canal pancréatique est placée beaucoup plus bas que celle du canal cholédoque, et l'on peut trèsbien voir sur les aliments l'action séparée des deux fluides. Pour mes expériences sur les propriétés vaso-motrices du grand sympathique, j'avais besoin d'animaux qui présentassent dans quelque point du corps les nerfs sympathiques isolés des autres nerfs. Le lapin et le cheval me servirent à ces expériences, parce qu'au cou le filet sympathique est séparé du pneumogastrique. Chez le chien, les deux nerfs sont intimement unis, et sur cet animal l'expérience eût été impossible.

Les animaux une fois choisis, il faut s'en rendre maître pendant la durée de l'expérience, empêcher leurs mouvements, les maintenir dans une position telle qu'ils ne puissent pas blesser l'opérateur et se prêtent aux opérations nécessaires. C'est ce qu'on obtient par des

MOYENS CONTENTIFS. 557

moyens de contcnlion. Ces moyens diffèrent évidemment beaucoup d'un animal à un autre. Mais nous n'aurons pas besoin d'entrer dans de grands détails à leur sujet, car on devine assez facilement d'après leur but ce qu'ils peuvent être, et c'est la pratique qui peut seule les bien Aiire connaître.

Pour les grands animaux, les chevaux ou les bœufs, on emploie des appareils analogues, sinon identiques, à ceux des maréchaux ferrants et des vétérinaires.

Pour les petits animaux et pour les grenouilles, les moyens de contention sont le plus souvent inutiles ; il suffit de veiller à ce que les grenouilles ne s'échappent pas trop loin. On peut aussi les attacher avec des épingles sur une plaque de liège, ou les enfermer dans une sorte de boîte percée d'une ouverture par laquelle on fait sortir le membre ou la partie du corps sur laquelle on veut opérer.

Le plus grand nombre des expériences se font sur des animaux de moyenne taille, chiens, lapins, cobayes, etc. Magendie les plaçait simplement sur une table percée de trous, et dans ces trous il faisait passer des cordes avec lesquelles il liait l'animal, de manière à l'immobihser en donnant à chacun de ses membres la position convenable pour l'expérience.

J'ai perfectionné ce dispositif en coupant la table de Magendie en quatre bandes longitudinales ou planches, réunies par des charnières autour desquelles elles se meuvent de manière à prendre diverses positions les unes par rapport aux autres, à peu près comme les diverses parties d'un paravent. Si on les claie, elles re-

coiislituent la table plaie de Magendic; si on les rapproche comme si l'on voulait les replier l'une sur l'aulre, on forme une sorte de gouttière à section transversale triangulaire et qu'on maintient plus ou moins ouverte en la fixant au moyen de bâtons qu'on passe transversalement dans les trous qui criblent tout l'appareil. On place l'animal dans cette gouttière en l'attachant avec des cordes, en étendant ses membres quand c'est utile, etc. Si l'on retourne l'appareil, on a deux gouttières du même genre dans chacune desquelles on peut placer un animal, ce qui est très-commode pour suivre une expérience comparative. Entre ces deux gouttières se trouve une éminence sur laquelle on peut aussi fixer l'animal en étendant ses membres dans la cavité des gouttières.

Vous voyez que cet appareil contentif se prête à une foule de combinaisons diverses ; il est très-convenable pour tous les animaux de moyenne taille, tels que les chiens, les chèvres, les lapins et même les moutons.

Pendant les vivisections, les animaux poussent souvent des cris qui gênent l'opérateur et peuvent exciter les plaintes du voisinage. Déjà dans l'antiquité on avait eu l'idée d'ouvrir la trachée pour éviter cet inconvénient d'une manière radicale. Dans le frontispice et dans plusieurs gravures de l'ouvrage de R. de Graaf dont nous avons déjà parlé, on voit des chiens opérés de celle manière et très-probablement dans le môme bnl. Plus récemment, Dupuytren a eu recours à un moyen plus physiologique et non moins efficace pour rendre tout cri impossible, c'est de couper le nerf laryngé.

Il n'est plus nécessaire aujourd'hui de couper le nerf

ANESTUÉSIQUES. 559

laryngé ni d'ouvrir la trachée pour empêcher les animaux de crier; nous avons maintenant un moyen plus simple et plus puissant, l'emploi des anesthésiques, qui présente en outre l'avantage de supprimer la douleur et de mettre les animaux dans un état d'immobiUté que nous ne pourrions jamais obtenir par aucun moyen mécanique. Ce sont des moyens contentifs physiologiques, et, comme ils ont une grande importance à tous les points de vue, nous consacrerons un certain nombre de leçons cà leur étude.

LEÇON

Page 1