GÉNÉRALISATION DES ÉTATS MORBIDES
le reste de réconomie. On pourrait de cette manière prolonger presque indéfiniment la vie de l'animal. Mais dès que les ligatures sont retirées, le poison pénètre dans le torrent circulatoire et donne lieu à une série de phénomènes généraux qui se terminent par la mort. Le fait est bien connu aux habitants des pays tropicaux qui, lorsqu'ils ont été mordus par un serpent venimeux, appliquent une ligature serrée sur le membre pour s'opposer à la pénétration du poison dans le sang jusqu'au moment où des remèdes convenables ont été appliqués.
Les veines sont les organes qui absorbent et transportent au centre circulatoire les substances vénéneuses aussi bien que les éléments ordinaires de la nutrition ; mais les vaisseaux qui les distribuent dans les profondeurs de nos tissus et de nos organes appartiennent, comme vous le savez, au système artériel. Nous voyons donc que lorsque des symptômes généraux ont été développés de cette manière, les deux grandes divisions du système vasculaire ont pris une part égale à la production de ces désordres. Il peut se faire, cependant, qu'un principe nuisible qui circule dans les veines soit éliminé pendant le trajet. C'est ce qui se produit, par exemple, pour l 'hydrogène sulfuré, l'un des gaz les plus dangereux qui nous soit connu. Injecté dans les veines, il s'échappe par les poumons, et ne pénètre pas, par conséquent, dans le courant artériel. Aussi l'animal n'éprouve-t-il aucun accident par suite de cette expérience ; le poison a été expulsé avant de parvenir aux tissus dont son contact aurait troublé les fonctions.
La surface interne des poumons est peut-être la plus
9/l PATHOLOGIE EXPÉRIMFNTALË.
énergique de toutes les surfaces absorbantes, elles poisons qui sont directement mis en contact avec elle produisent un effet plus instantané que lorsqu'ils sont déposés sur tout aulre point : pénétrant en quelque sorte au cœur même du système artériel, ils arrivent immédiatement dans la circulation sans qu'il soit possible de les expulser. C'est ainsi que l'hydrogène sulfuré, lorsqu'il est introduit dans les poumons, détruit la vie en quelques secondes, tandis que le môme gaz existe en quantités considérables dans diverses parties du tube intestinal et circule même dans les veines sans produire aucun inconvénient. 11 faut, bien entendu, se rappeler que la présence d'un poison dans le corps vivant ne crée aucun danger aussi longtemps qu'il n'en existe pas une quantité suffisante à un moment donné. De faibles doses des substances les plus dangereuses peuvent être successivement injectées dans les vaisseaux à des intervalles suffisamment éloignés avec l'impunité la plus absolue. Pour apprécier les propriétés délétères des substances vénéneuses, il ne faut absolument tenir compte que de la quantité contenue à un moment donné dans le sang.
Mais il existe un autre système organique par lequel le pouvoir de ces agents peut se faire sentir à toute l'économie, nous voulons parler du système nerveux. La différence essentielle qui distingue les nerfs sensitifs des nerfs moleurs a été établie dans notre leçon précédente. Les fibres centripètes destinées à transmettre aux parties centrales les impressions produites à la surface du corps, sont également douées du pouvoir de communiquer des impulsions morbides à l'organisme tout entier. Les