DES EFFETS LOC/VUX DES MALADIES GÉNÉRALES
SOMMAIRE : Influence du système nerveux sur les symptômes généraux de toutes les maladies. — Les glandes sont de deux espèces. — Celles qui séparent du sang les matériaux de leur sécrétion, et celles qui versent leurs produits dans le milieu circulatoire. — L'influence nerveuse agissant sur la sécrétion peut empoisonner la masse totale du sang. — Les maladies doivent toujours être considérées comme la conséquence de lésions matérielles. — Les propriétés vitales ne sont que les propriétés physiques et chimiques de la matière vivante. — Doctrine de Pinel et de Broussais sur les fièvres. — Tendances actuelles de la science. — Impossibilité de décider la question si les altérations morbides sont la cause ou l'efl'et des maladies. — Les fièvres éruptives sont un exemple de lésions locales consécutives à une maladie générale. — Rapports intimes entre les symptômes généraux et locaux. — Rôle du grand sympathique dans rinflammation. — Ce rôle paraît se rapporter à la pathologie vasculaire. — Modifications inflammatoires de la fibrine. — Effets de ce changement sur les globules du sang. — Formations de dépôts putrides dans les vaisseaux. — Leurs effets sur l'économie tout entière. — La fièvre n'est pas le seul mode par lequel les affections générales produisent des lésions locales. — Injections de carbonate d'ammoniaque dans les veines. — Ses effets comparés à ceux des fièvres éruptives. — Nature de semblables lésions. — Elles doivent être considérées comme purement mécaniques.
Messieurs,
Dans notre dernière leçon nous avons voulu établir que les affections, lorsqu'elles ne sont pas accompagnées de symptômes généraux, ne peuvent pas être envisagées comme de vraies maladies, et que les vaisseaux et les nerfs sont invariablement le chemin par lequel des affec-
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lions engendrées sur un seul point parviennent à s'emparer de l'organisme tout entier.
Les diverses glandes disséminées dans toute l'étendue du corps doivent être divisées en deux grandes classes : celles qui retirent du sang certains principes particuliers qui communiquent à chaque sécrétion ses propriétés individuelles, et celles qui paraissent au contraire sécréter le sang lui-même, si je puis me servir de cette expression, ou qui sont destinées en d'autres termes à enrichir le fluide circulatoire de produits élaborés àl'intérieur de leur tissu. Telles sont les glandes hémopoéliques au nombre desquelles il faut ranger la raie, le thymus, les capsules surrénales, et d'autres organes riches en vaisseaux qui ne possèdent aucun canal excréteur. Les poumons, au sein desquels s'opère le grand travail de l'oxygénation du sang, représentant le type le plus complet des glandes de celte espèce, et le foie, qui, si nous considérons la sécrétion biliaire, appartient à la première classe, se rattache également à la seconde par la glycose qu'il produit. Or l'influence directe des fibres motrices sur la sécrétion est bien démontrée, tandis que les fibres sensitives ont la propriété de réagir indirectement en portant d'abord les effets sur les nerfs moteurs. Nous sommes donc naturellement amenés à conclure que des affections limitées au début à un point particulier de l'organisme peuvent souvent empoisonner le sang par une sécrétion vicieuse, qui porte ensuite ses effets délétères sur le système tout entier.
Mais les maladies, quelque générale que soit leur naturCj doivent toujours se rattacher à des altérations matérielles se produisant dans nos organes. Nous devons
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regarder les propriétés vitales non comme des puissances indépendantes de la matière, mais comme les résultats naturels des propriétés physiques et chimiques de la matière. C'est ainsi que la force contractile dans les muscles reconnaît pour cause une propriété matérielle déterminée; et, de la même manière, les propriétés générales du système nerveux se rattachent aux propriétés physicochimiques que possède individuellement chaque fibre. Les notions physiologiques anciennes différaient sur ce point de celles qui sont admises aujourd'hui. Pinel soutenait encore la doctrine des fièvres essentielles. Broussais s'efforça de prouver que des lésions anatomiques en étaient invariablement la cause, bien qu'il soit souvent difficile de les constater, et la science marche aujourd'hui dans la même voie. C'est exclusivement dans les propriétés physico-chimiques de la matière que siègent les causes des phénomènes, que cette matière appartienne au monde organique ou inorganique. C'est là que s'arrête notre investigation, la cause première des propriétés dont jouit la matière nous sera toujours inconnue; le problème dépasse les bornes de l'entendement humain.
Il n'existe donc aucune maladie qui ne se rattache à une lésion locale des propriétés vitales -, mais ce grand principe une fois étabh, nous sommes souvent embarrassés pour savoir si les désordres qui se présentent à nous dans les organes des sujets qui succombent à de certaines affections sont la cause ou la conséquence de la maladie. Ainsi, pour en donner quelques exemples, l'hypertrophie de la rate, qui accompagne habituellement la fièvre intermittente, et les ulcérations intestinales, qui coïncident avec la fièvre
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typhoïde, sont considérées par quelques médecins comme la cause et par d'autres comme la conséquence de la maladie. La physiologie nous montre que dans un grand nombre de cas les lésions anatomiques sont les effets de l'état morbide au lieu d'être les sources latentes qui lui ont donné naisstuice ; mais cette cause latente n'en existe pas moins, et elle ne peut être qu'une modification matérielle. Rappelons-nous un instant les symptômes de la maladie artificiellement produite par l'injection du sable dans les capillaires; une fièvre intense se développe bientôt, parle simple effet de la sensibilité nerveuse. Or, dans ce cas, la lièvre n'est pas essentielle : une cause que nous connaissons l'a mise en action ; mais, dans ces conditions, quelle modification s'est produite dans le système nerveux? Nos moyens d'investigations sont encore impuissants à nous montrer la différence entre un nerf à l'état normal et un nerf profondément irrité par des agents extérieurs. Ne nous affligeons pas trop de notre ignorance à cet égard, ce n'est point une honte pour les sciences médicales. En effet, aucune branche des connaissances humaines n'est exempte de semblables difficultés; un physicien ne peut pas saisir la différence matérielle entre l'état moléculaire d'un aimant et celui d'une simple barre d'acier. La seule conclusion à déduire des considérations qui précèdent, c'est que nous n'avons jamais le droit, même dans les cas les plus embarrassants d'admettre l'existence d'un symptôme physiologique qui ne résulterait d'aucune cause matérielle; seulement les imperfections de nos connaissances actuelles d'un côté, celles de l'esprit humain de l'autre, nous mettent dans l'impossibilité de saisir