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C. BERNARD. Palll. CXp. IG

2/i.2 PATHOLOGIE EXPÉRlMEiSTALE.

qu'à 21 ou 22 degrés, on peut encore ranimer le sujet, bien qu'il soit infailliblement destiné à périr s'il est abandonné à lui-même; la nature, à elle seule, ne suffit pas à l'effort nécessaire pour vaincre les effets du froid. Enfin, lorsque la température de l'animal a été ramenée à 32 degrés, on peut abandonner le sujet à lui-même, il se rétablit sans aucun secours étranger.

On pourrait sans doute obtenir le même résultat en divisant successivement tous les nerfs respirateurs sans couper la moelle épinière. Mais cette opération serait trop laborieuse, et chez les animaux que je vous présente, je me suis contenté de diviser l'axe médullaire à sa partie supérieure. Il faut, en général, attendre six heures pour que la température soit suffisamment abaissée. J'ai donc choisi cette fois un cochon d'Inde pour cette opération, parce que ces animaux résistent moins longtemps que des animaux plus robustes. Nous allons d'ailleurs les comparer à un lapin, qui a subi la même opération depuis ce matin.

Nous plongeons un thermomètre dans le rectum du cochon d'Inde, la température est 22 degrés. Chez ic apin, elle est à la même température à peu près.

Nous sacrifions le cochon d'Inde par la section du bulbe ; nous lui enlevons une patte, et nous mettons le nerf sciatique à nu, puis nous le plaçons en contact avec la surface intérieure d'un muscle du même animal. La contraction se produit d'une manière visible. Nous répétons la même expérience chez le lapin, en amputant une patte sans tuer l'animal, elle réussit parfaitement aussi.

Voilà donc, messieurs, un phénomène qu'on ne peut

CONTRÂCTILITÉ MUSCULAIRE. 2/|3

pas observer chez les animaux à sang chaud, lorsqu'ils se trouvent à l'état normal. Nous le produisons à volonté, ou plulôt nous l'exagérons et le rendons sensible en plaçant ces animaux dans un état particulier. Cela prouve que cette propriété existe aussi bien chez les uns que chez les autres, mais seulement qu'elle disparaît plus promptement chez les premiers que chez les seconds.

Mais ce n'est pas tout; dans l'expérience que nous venons de réahser, on place le nerf en contact avec l'intérieur d'un muscle, et le courant qui passe de la superficie à la profondeur suffit pour l'électriser, mais on peut obtenir le même résultat en apphquant le nerf à la surface d'un muscle en contraction, c'est ce que Matteucci appelle la contraction induite. Le cœur est un muscle qui se contracte sans être excité ; il est donc très-commode pour pratiquer cette expérience. Nous allons la répéler sur le lapin que vous avez sous les yeux.

Nous ouvrons la poitrine de l'animal, les battements du cœur sont très-visibles. Nous plaçons le sciatique en contact avec la surface cardiaque, et des convulsions alternatives se montrent aussitôt dans le membre correspondant, qui marque ainsi, sous vos yeux, toutes les oscillations du pouls.

DOUZIÈMK LEÇON

DE L'INFLUENCE DU SYSTÈME NERVEUX SUR LES PHÉNOMÈNES CHIMIQUES DE LA VIE.

SOMMAIRE : La sensibilité et le mouvementne sont pas les seuls phénomènes qui dépendent du système nerveux. — Les réactions chimiques qui s'opèrent dans l'organisme vivant, sont également soumises à l'influence nerveuse. — Il n'existe aucune différence réelle entre le nerf grand sympathique et le système cérébro-rachidien. — Les nerfs moteurs de la vie organique sont absolument semblables à ceux qui président au mouvement volontaire. — Les différences qui les séparent tiennent à l'organisation différente des fibres musculaires auxquelles ils se distribuent. — Toutes les réactions chimiques qui s'opèrent au dedans de l'économie obéissent aux mêmes lois que celles qui s'opèrent au dehors. — Elles appartiennent en général à l'ordre des fermentations. — lufluence du système vasculaire sur les sécrétions." — La production du glycose dans le foie en offre un exemple. — Les fibres contractiles des vaisseaux jouent un rôle important dans toutes les réactions chimiques de la vie. — Les nerfs n'agissent qu'à litre d'excitateurs. — Application de ces vues à la patholegie.

Messieurs,

Nous avons étudié l'innervation jusfju'à présent au point de vue de ses deux principales propriétés : la sensibilité et la motricité. Mais le rôle du nerf ne se borne pas exclusivement à remplir ses fondions sous ces deux seules formes : les nclions chimiques qui s'accouiplisseni au sein de l'économie sont également soumises à leur iiiducnce; c'est ce que nous allons chercher à vous démontrer.

VCTIONS CHIMIQUES DES NERFS. 2^l5

On serait tenté de croire au premier abord, que les nerfs chargés de présider à de pareils phénomènes sont des nerfs spéciaux, leur aciion étant si différente de leurs congénères; examinons d'abord cette partie de la question.

Je crois que les actions chimiques, dont les divers organes contenus au sein des cavités splanchniques peuvent devenir le siège, ne doivent pas être regardées comme le résultat d'une sorte d'élecirolyse, opérée sous l'influence directe de l'influx nerveux. Les nerfs ne peuvent agir directement que sur les tissus dans lesquels ils se distribuent et ils ne sont nulle part en rapport de continuité avec les liquides de l'économie, mais probablement toujours avec le tissu musculaire ou avec une des formes très- variées qu'il affecte. Il faut donc, de toute nécessité, qu'un mécanisme déterminé permette au système nerveux d'influer sur la composition des liquides de l'organisme, et ce mécanisme n'est jamais que le résultat de certains mouvements. Pour choisir un exemple bien frappant, l'asphyxie qui résulte de la section des nerfs respiratoires n'est point un phénomène produit par l'action directe des nerfs sur les actions chimiques du sang; mais par la suspension des mouvements respiratoires, qui concourent à l'hématose. Quant aux autres troubles circulatoires qui résultent de la section du pneumogastrique ils ne sont point dus à une action directe des nerfs sur le mouvement du sang, mais à une action spéciale sur le cœur.

Les rameaux émanés du grand sympathique agissent sans doute sur les sécrétions, sur les excrétions et sur d'autres phénomènes analogues. Mais, en réalité, le système nerveux de la vie organique est essentiellement vaso-

moteur. Et, d'ailleurs, comment reconnaît-on un nerf moteur? Qu'est-ce qui le distingue d'un nerf sensitif? C'est qu'après l'avoir divisé, il agit encore, lorsqu'on excite son bout périphérique, tandis que les nerfs sensilifs n'agissent plus, en pareil cas, que par le bout central. Or, les fibres motrices du grand sympathique se rapprochent, à cet égard, des nerfs moteurs ordinaires : leur activité persiste dans le bout périphérique, lorsqu'ils sont coupés : on voit donc aisément auquel des deux grands systèmes on doit les adjoindre. L'anatomie vient ici corroborer les données de la physiologie; car si l'on étudie la distribution des rameaux du grand sympathique, on verra qu'ils se rendent également à des éléments contractiles, ïl existe en effet dans les vaisseaux des éléments de ce genre; ce sont les fibres-cellules musculaires non striées. Mais leurs propriétés, un peu différentes de celles des fibres musculaires striées établissent une différence, au moins en apparence, entre les nerfs moteurs du grand sympathique et ceux des nerfs moteurs du système cérébro-spinal. En effet, ces derniers, agissant sur des fibres dont la contraction succède immédiatement à l'impulsion donnée, produisent des effets presque instantanés; caria transmission de l'agent nerveux s'opère, comme vous le savez, avec une vitesse de 60 à 80 mètres par seconde. Il n'en est pas de même pour les nerfs de la vie organique ; agissant sur des éléments musculaires paresseux, pour ainsi dire, à recevoir l'impulsion, ils ne produisent leurs effets ordinaires qu'un peu de temps après avoir été excités; mais, par compensation, leur action continue quelques instants après que toute excilalion a cessé. Voyons

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