ACTIONS CHIMIQUES DES NERFS
maintenant par quel mécanisme cette influence exercée sur les vaisseaux ou sur les organes de la vie végétative parvient à modifier les phénomènes chimiques de la vie.
Les changements de composition qui s'effectuent au sein des liquides circulant dans l'économie, les combustions, les décompositions, les synthèses, sont soumis aux mêmes forces et reconnaissent les mêmes lois que les réactions que le chimiste peut produire au dehors, à l'aide des acides, des alcalis, de la chaleur, de la pression et des aulres moyens physico-chimiques énergiques dont il dispose. Mais à l'intérieur de nos organes, jamais la nature n'emploie de tels procédés ; le résultat de leur action serait en effet, la désorganisation de tous nos tissus. Elle a donc recours à d'autres agents, qu'elle fabrique pour ainsi dire, de toutes pièces ; ils appartiennent à la classe si nombreuse des ferments, que les chimistes étudient au point de vue des matières spéciales dont ils sont la cause; mais le physiologiste possède également le droit de s'occuper des actions déterminées par ces produits singuliers : car c'est toujours au sein d'une organisation vivante qu'ils ont pris naissance. Ce qui intéresse ici le chimiste, ce sont les produits obtenus ; mais ce qui intéresse le physiologiste, ce sont les moyens employés par la nature, pour atteindre le but ou pour remplir la fonction.
Choisissons un exemple bien connu de cette chimie vivante. Le sucre se produit dans le foie, par le contact de la diastase hépatique avec l'amidon animal, au sein même des cellules de la glande. C'est à l'aide de ce contact que se produit la saccharification ; or, si nous accélé-
ronsla circiilalion, par le relâchement des vaisseaux, qui peut-être aussi amène en même temps un changement dans les rapports des éléments, chaque cellule qui se trouvait auparavant baignée, dans un temps donné, par une quantité déterminée de sang, se trouvera dans le même espace de temps en contact avec une quantité bien plus considérable de ce fluide : le phénomène chimique s'accomplira donc avec une plus grande intensité, d'autant plus que par le fait même de l'afflux du sang, la température s'élève. Or, nous possédons, dans le système nerveux, un moyen simple d'exciter ou de ralentir ce travail naturel ; j-iir, comme vous le verrez plus tard, il existe des nerfs dilatateurs des vaisseaux, aussi bien que des nerfs constricteurs; mais, dans chacun de ces cas, c'est une forme particulière de l'action musculaire qui est mise en jeu, et un produit chimique qui est obtenu, comme résultat.
La propriété spéciale du tissu glandulaire est de sécréter, comme celle du tissu musculaire est de contracter. Mais l'accumulation d'un produit spécial dans les cellules élémentaires du parenchyme sécréteur est ce qui caractérise essentiellement la glande : un véhicule donné vien ensuite dissoudre et entraîner ces produits spéciaux. Toutefois, pour donner naissance aux substances qui caractérisent dans chaque cas spécial, la sécrétion de l'organe, il faut que l'action chimique s'accomplisse; il fau que le corps fermentescible soit mis en contact avec le corps qui sert de ferment. L'amygdaline, par exemple, ne peut point donner d'acide prussique sans être mise en contact avec l'émulsine. Si donc nous considérons la sécrétion comme se produisant par un mécanisme sem-