DES ORIGINES DU GRAND SYMPATHIQUE
SOMMAIRE : La moelle êpinière est le centre d'où parlent toutes les ramifications périphériques des nerfs. — Opinion des anatomistes et des physiologistes sur la nature, l'origine et les fonctions du grand sympathique. — Origine cervico-céphaliquc du grand sympathique. — Augmentation de température qui succède à la section du grand sympathique. — Origines des nerfs dans les cellules nerveuses de la moelle épinière.
Messieurs,
La moelle épinière n'est pas seulement le point d'origine des nerfs de sentiment et de mouvement de la vie animale; elle est aussi la source des nerfs qui gouvernent des fonctions plus cachées et président aux actions chimiques qui s'accomplissent à l'intérieur des grands viscères. Nous vous avons rendus témoins des expériences par lesquelles on établit que le mouvement et la sensibilité sont placés sous la dépendance de l'axe médullaire, je vais maintenant vous démontrer l'existence des propriétés nouvelles que je viens de vous annoncer.
Les anatomistes avaient, jusqu'à ces derniers temps, considéré le grand sympathique comme un système nerveux à part ; ils avaient été frappés, non-seulement de son origine et de sa distribution spéciale, mais aussi de certaines particularités anatomiqiies qui paraissaient à leurs yeux suffisantes pour établir une séparation absolue entre les
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deux ordres de nerfs. On distinguait en effet le système des nerfs gris, appartenant au grand sympathique, du système des nerfs blancs, issus de l'axe cérébro-spinal, et Remak a signalé des caractères histologiques qui serviraient à distinguer le grand sympathique des autres nerfs, bien que d'autres micrographes ne considèrent ces différences que comuie l'expression d'un développement moins avancé en quelque sorte dans les organes nerveux.
Or, il est actuellement démontré que la moelle épinière sert d'origine aussi bien aux nerfs du grand sympathique qu'à ceux du système cérébro-spinal. En un mot, elle est l'origine commune de toute la portion périphérique du système nerveux, soit que les ramifications s'étendent jusque dans les muscles de la vie animale, soit qu'elles se rendent à la peau et aux membranes muqueuses, soit qu'elles pénètrent à l'intérieur des organes splanchniques.
L'expérience qui va nous servir à donner la démonstration de ce fait est très-ancienne, mais son interprétation à ce point de vue est toute récente. Pourfour-Du-Petit a démontré le premier, dans le siècle dernier, que la section du grand sympathique du cou était suivie de phénomènes particuliers du côté de l'œil correspondant, dont la pupille était contractée et dont la conjonctive était parfois injectée et vascularisée. Il expliquait ces phénomènes en disant que les esprits animaux remontaient, par le grand sympathique, vers les yeux et à la partie supérieure du corps; mais qu'après la section de ce nerf, la route étant interceptée, ils ne pouvaient plus suivre leur trajet habituel. Il déduisait de cette expérience un résultat très-important à rappeler aujourd'hui, c'est que
les esprits animaux ne descendaient point de la lôte vers la partie inférieure du corps, comme on l'avait cru jusqu'alors, mais reuionlaient au contraire de la partie inférieure du corps vers la tête. Dans le langage scientifique de l'époque, cela équivalait à dire que cette partie du grand sympathique ne tire point son origine de l'extrémité céphalique, mais se dirige en remontant vers cette région du corps, en parlant d'un point situé au-dessous. Les analomistes avaient jusque-là considéré le grand sympathique comme composé de deux cordons parallèles à l'axe médullaire et naissant de la troisième paire de nerfs crâniens, qui s'anastomose en effet avec les filaments sympathiques qui concourent à former le plexus carotidien.
L'expérience de Pourfour-Uu-Petit a été répétée avec les mêmes résultats par Dupuy, par Magendie et d'autres observateurs. Mais on ne connaissait point encore le point précis d'émergence du grand sympathique, lorsque, dans ces derniers temps, Budge et Waller ont démontré que cette portion du système nerveux involontaire qui se distribue à l'extrémité céphalique naissait de la moelle épinière dans une région qu'ils ont appelée cilio-spinale, parce qu'ils n'avaient observé, comme tous leurs devanciers que les modifications que subit la pupille après la section du nerf. La région cilio-spinale correspond à la jonction des portions cervicale et dorsale de la moelle épinière.
Voici comment ces expérimentateurs avaient été conduits à formuler ce tte idée: Des études sur la dégénérescence des nerfs coupés avaient amené Waller à constater que, dansles nerfs mixtes, lebout périphériques'atrophiait,