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C. BERNARD. Palh. exp

S4 Pathologie expérimentale.

par l;i privation de nourriture subissent nfioins facilement les effets de certains poisons que ceux qui jouissent d'une santé vigoureuse. Toutefois on a nié l'influence du système nerveux pour produire ces modifications, et l'on s'est demandé si la diminution du pouvoir absorbant ne suffirait pas pour les expliquer. Pour trancher directement la question, j'ai injecté une solution aqueuse de curare dans les veines de deux lapins dont l'un était depuis longtemps à jeun, tandis que l'autre était régulièrement nourri. De cette manière, la difficulté relative à la rapidité plus ou moins grande de l'absorption se trouvait complètement éliminée, car le poison était directement versé dans le torrent circulatoire. Le résultat a confirmé nos prévisions : pour empoisonner l'animal à jeun, il fallut une dose plus forte d'un tiers que pour tuer le sujet bien nourri. Il est évident que, pour l'animal en pleine digestion, cette plus grande susceptibilité doit se rapporter à l'activité du système nerveux.

Mais tandis que l'animal en état d'inanition se trouve préservé jusqu'à un certain point de l'action délétère de certains poisons par l'affaiblissement toujours croissant de son système nerveux, il se trouve exposé à des influences morbides d'une tout autre espèce. Je pense que dans nos classifications nosologiques cette vulnérabilité particulière de l'économie dans certaines conditions spéciales devrait jouer un rôle important, et qu'il faudrait en tenir compte, au point de vue de l'étiologie.

Pour en citer un exemple frappant, nous vous rappelleronsque lorsque des grenouilles ont élélongtemps retenues en captivité, leur santé s'affaiblit, et que des ulcérations

DES AGKNTS MORBIFIQUES.' ■ 55

se développent autour du nez, de la bouche et des pattes. En pareil cas, la dépression du système nerveux permet à l'animal de résister bien mieuxàl'aclion de la strychnine et de plusieurs autres poisons analogues, tandis qu'on le voit succomber aux affections parasitaires avec une grande faciHté. On sait que la grenouille est souvent victime d'une maladie de ce genre; des champignons d'une espèce particulière se développent sur certains points et linissent à la longue par déterminer la mort. Or, si dans un bocal contenant des grenouilles déjà envahies par le parasite, vous introduisez un animal parfaitement sain, le nouveau venu ne subira point les effets de la contagion ; mais si vous exposez à son influence une grenouille déjà malade, et portant des ulcérations autour des oritices naturels, les végétaux parasites s'en empareront immédiatement.

On a constaté que les affections de ce genre ont toujours une certaine tendance à se développer chez les animaux dont la santé est détériorée. La gaie, qui se rencontre souvent chez le mouton et le cheval, n'attaque presque jamais les sujets placés dans de bonnes conditions, et dans l'espèce humaine, les affections parasitaires se développent surtout parmi les classes inférieures, et plus spécialement chez les enfants et les vieillards. Les personnes qui vivent dans de meilleures conditions hygiéniques éprouvent rarement de pareils accidents, si ce n'est vers la fin d'une longue et pénible maladie, car c'est surtout en pareil cas qu'on voit se produire le morhm pedkularis.

La diminution de la force nerveuse constitue en môme

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temps une prédisposition aux afCeclions putrides, contagieuses et virulentes. Le fait est bien connu des vétérinaires.

Il semblerait donc qu'il existe une certaine opposition entre les deux grandes classes de maladies dont nous venons de parler. A mesure que l'animal devient plus sensible aux effets des poisons névrostliéniques, il acquiert plus de force pour résister à l'influence de l'empoisonnement putride. Comment expliquer cette différence? Nous allons essayer de vous présenter les conditions du problème.

La modification incessante de la composition chimique du sang est l'une des conditions les plus essentielles de la vie. En effet, chargé de réparer les pertes journalières de l'économie, et de renouveler les éléments de tous les tissus qui font partie du corps, le sang peut se comparer à un torrent qui se répand continuellement au dehors et reçoit à chaque instant de nouveaux affluents pour combler ses dépenses; or,, les transformations qu'il subit seront d'autant plus rapides que les puissances vitales auront plus d'énergie. Il en est surtout ainsi chez les oiseaux qui, parmi les êtres animés, sont de ceux dont la vie offre le plus d'intensité. Chez eux, le mouvement incessant de la circulation est donc encore plus indispensable que chez lous les autres animaux : chez eux, le sang ne peut s'arrêter un instant sans acquérir presque aussitôt des propriétés septiques. Si chez un mammifère ou chez un oiseau vous liez les vaisseaux nourriciers d'un muscle, dans vingt-quatre heures il se sera transformé en une masse putride : pour délerminer une semblable altération chez

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