PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE
drons sur un sujet pour lequel des explications nouvelles nous ont été demandées, sur la question de la glycosurie. Il y a six à sept ans, dans cette même enceinte, nous avons exposé la fonction giycogénique avec beaucoup de détails (1). Depuis, un grand nombre de travaux ont eu lieu ; bien des personnes ont perdu le fil des démonstrations, et ont de la peine, au milieu du conflit de toutes les opinions, à juger sainement des clioses. Nous dirons à ce propos quelques mois sur la tendance actuelle des esprits en médecine. Autrefois on s'en rapportait beaucoup trop à la parole du maître, on faisait abnégation de soi-même, et l'on soutenait systématiquement et en dehors des faits l'opinion ou l'homme dont on s'était fait le champion. Riolan, un de nos prédécesseurs dans cette chaire, disait qu'il aimait mieux errer avec Galien que d'être circulateur avec Harvey. Aujourd'hui on tombe dans l'excès contraire en ce sens que l'on substitue trop facilement ses recherches à celles des autres, et que sans avoir appris à faire des expériences, on se croit capable d'en faire qui valent mieux que celles des hommes qui ont une longue habitude de l'expérimentation. Les mauvaises expériences tendent à se multiplier, et les phénomènes physiologiques sont si complexes, qu'il est toujours facile de trouver des apparences de contradiction avec ses devanciers. Il faudrait donc faire une analyse et une critique exactes des expériences. C'est pourquoi tant que les principes de la méthode expérimentale ne seront pas fixés et bien compris, la physiologie s'encombrera et ne fera que des progrès très-lents.
(1) Cl. Bernard, Leçons deiphyiiologieexpérmenlak.yo.viif 1855, 1. 1.
Citons un exemple parmi beaucoup d'autres. Quand on introduit dans l'estomac d'un animal du prussiate de potasse, on le retrouve dans l'urine quelque temps après. Il a donc été absorbé; mais par quelle voie a-t-il passé ? On a trouvé dans des expériences que c'était par les vaisseaux sanguins et non par les vaisseaux lymphatiques. Mais des contradicteurs disent avoir trouvé cette substance dans les vaisseaux lymphatiques. Voici ce qui arrive. Lorsqu'on met à découvert le canal thoracique en ouvrant la poitrine de l'animal et qu'on recueille tout ce qui s'en écoule, on ne trouve pas de prussiate de potasse dans la première partie du liquide; mais bientôt il y en a beaucoup. C'est que le premier écoulement de liquide a lieu dans des conditions normales et qu'il n'en est plus de même ensuite : l'écoulement devient exagéré et les conditions naturelles de la circulation sont changées à cause de l'ouverture de la poitrine. La contradiction entre les expérimentateurs n'est donc qu'apparente ; il faut savoir donner aux faits leur véritable interprétation. La glycogénie est hérissée de difficultés semblables. Le temps viendra les éclaircir pour tout le monde, parce qu'il est un principe absolu, c'est que jamais les expériences interprétées dans des conditions bien connues ne se contredisent.
On peut donc expliquer cette versatilité des esprits dans la médecine et dans la physiologie? Elle lient moins aux personnes qu'aux choses elles-mêmes. On ne la remarque pas au même degré dans les travaux qui sont relatifs à la chimie et à la physique. Pourquoi? C'est parce que ces sciences sont plus simples, que leurs bases sont plus solides, et que l'expérimentation y est plus facile et mieux