‹ Leçons de pathologie expérimentale [electronic resource]Chapitre 93 sur 143 · NEUFS CALORIFIQUES · texte numérisé non relu

NEUFS CALORIFIQUES

principales sources de la chaleur animale, cessent de s'accomplir. La chaleur ne fait que se déplacer : elle abandonne les parties profondes pour se manifester en excès à la périphérie. Il ne faudrait pas, dans ces circonstances, que l'élévation de température de la peau fît croire à une élévation proportionnelle des organes internes ; je ne reviendrai pas ici sur les faits par lesquels j'ai établi que cet accroissement de chaleur est incompatible avec la vie qu'il détruit en faisant cesser les propriétés du tissu musculaire, en produisant l'arrêt subit du cœur.

En résumé, les nerfs yaso-moteurs régularisent la circulation capillaire. Mais ils jouent encore un rôle important dans la production de la chaleur animale. Ils sont des nerfs calorifiques et frigorifiques, en ce sens que leur influence amène dans les organes, tantôt une augmentation, tantôt une diminution de température. Je considère cette dernière action comme indépendante des modifications de la circulation qui peuvent se manifester en même temps, et peut-être seulement d'une manière consécutive à la température produite. En effet, j'ai vu l'influence calorifique et frigorifique se manifester sous l'influence nerveuse sympathique dans des organes dont on avait préalablement lié les vaisseaux et intercepté la circulation. Il est bien connu que la chaleur seule dilate les vaisseaux capillaires et semble paralyser les nerfs vaso-moteurs, tandis que le froid agit d'une façon opposée. Sous ce rapport, les nerfs sympathiques et cérébrospinauxse comporteraient d'une manière inverse.

LEÇON

COURS DE MÉDECINE DU COLLÈGE DE FRANCE (15 AVRIL mil). — LEÇON D'OUVERTURE : LA MÉDECINE EXPÉRI- MENTALE (1).

Messieurs,

Depuis dix-sept ans que j'ai l'iionneur de professer au Collège de France, j'ai successivement exposé dans celte chaire les résultats de mes recherches dans la physiologie et dans la pathologie expérimentales.

J'admets en effet qu'en médecine scientifique la physiologie et la pathologie ont une méthode commune d'investigation, et sont hées entre elles de la manière la plus indissoluble. Je pense avoir contribué à établir cette vérité en fournissant par quelques-uns de mes travaux des arguments directs, puisés à la fois dans l'expérimentation physiologique et pathologique.

Nous poursuivrons encore la même idée. Je ctiercherai toujours à vous prouver que la médecine ne peut aspirer à prendre véritablement rang parmi les sciences qu'à la condition de se soumettre à la méthode expérimentale, commune à toutes les sciences physiques et naturelles. Par conséquent, vous comprenez de suite ce que j'entends parles mots médecine expérimentale^ qui depuis plusieurs

(1) Qazii[i9 miàicaU de Paris, 17, 22 avril 1864.

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années se trouvent indiqués sin^ l'affiche comme programme de notre cours. Il ne s'agit point d'un système médical nouveau , d'une manière particulière de considérer les maladies pour en déduire un traitement en rapport avec mes vues personnelles , mais ce que j'entends par médecine expérimentale c'est simplement l'application de la méthode scientilique ou expérimentale à l'étude des phénomènes de la vie, soit à l'état physiologique, soit à l'étude pathologique.

La médecine peut être considérée au point de vue pratique comme art ou comme industrie, et au point de vue théorique comme science. C'est comme science que nous devons ici surtout l'examiner. Néanmoins, ces deux faces de la médecine ont une relation nécessaire; et elles sont inséparables dans leur évolution et dans leur but.

Comme pratique, les origines de la médecine se perdent, ainsi qu'on le dit, dans la nuit des temps, ce qui signifie que la médecine est aussi ancienne que l'humanité. En effet, elle est fondée sur l'instinct de la conser-

vation qui est inné dans l'homme. L'homme, ayant horreur de la souffrance et paraissant avoir, comme un apanage exclusif parmi les êtres vivants, l'idée de la mort, a dû penser de suite à trouver les moyens d'éviter la mort et la douleur qu'il redoute, et de guérir les maladies qui l'affligent. Puis, chez les peuples civilisés, la médecine a du devenir un levier puissant ; car partout l'idée de sa conservation accompagne l'homme et se combine avec ses autres intérêts. Aussi la médecine pratique se trouve-t-elle mêlée à la religion, à la politique, à la jurisprudence, etc.; en un mot, à toutes les institutions

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humaiiiefs. Elle a été mise au service des bons sentimeiils et des mauvaises passions des hommes ; elle est la compagne obligée de la charité chrétienne et de l'assistance publique ; mais elle a été [lartbis un instrument de domination, ou même l'auxiliaire du crime. C'est ellê qui a fourni aux empoisonneurs ou aux criminels de tous leâ étages les moyens d'assouvir leur haine, leur cupidité, leur ambition ou leurs instincts dépravés.

Le médecin praticien trouve partout sa place dans la société, depuis les marches du trône jusque dans la demeure de l'ouvrier et du paysan. Il est dans une foule d'occasions le dépositaire des intérêts de l'État, dans les grandes questions d'adtr.inistration publique: il est en même temps le confident des familles et tient souvent entre ses mains leur honneur et leurs intérêts les pliis chers. Les praticiens habiles qui comprennent l'importance de leur profession, ont toujours beaucoup d'influence parmi, les hommes, qui par amour de leur santé, sont portés à se faire les amis de leur médecin.

Comme science, la médecine n'existe pas encore à l'état de science constituée : elle est seulement à l'état d'dvolulion. trans toutes les connaissances humaines, la pratique empirique a nécessairement précédé l'état Ihéorique ou scientifique. La science est toujours arrivée â posteriori poiif trouver la loi de phénomènes préalablement observés et recueillfs. La loi une fois trouvée, refTi" pifisme s'e^(ptif[(ie, et lés systèmes à priori dispnraissent pour faire place à la théorie scientifique qtri, d'une part, iTprésente la foi des faits connus, en même temps que, d'aiilfc part, elfe imprime la direction aux recherches

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iillérieiii'es qui ont pour objet d'agrandir le domaine de la science.

En médecine, les laifs n'oril guère eu jusqu'alors d'aulres promoteurs que l'cmpirisuie, et d'autres liens que ceux que leur ont imposés successivement les fai^ seurs de systèmes de tous les temps. Mais à mesure que les faits mieux observés se multiplient et s'accumulent, il arrive nécessairement que la science tend à se constituer et que l'autorité des systèmes et des doctrines personnelles fend à s'affaiblir de plus en plus. Aujotu'd'hui, en médecine, le règne des systèmes paraît être passé, et s'il en existe encore quelques échos attardés, ils ne parviennent pas, malgré la foi et le talent de leurs auteurs, à réchauffer le scepticisme du temps.

Il en est qui considèrent que c'est là un mauvais signe ; ils y voient une preuve de la décadence de la médecine. Suivant moi, c'est le contraire qu'il faut conclure. Dans les sciences, la foi est une erreur et le scepticisme est un progrès. Tous les systèmes à /?non ou métaphysiques que les sciences ont créés dans leur époque embryonnaire doivent, plus tard, quand la science tend à se constituer, être oubliés, et disparaître comme des moyens transitoires devenus inutiles. Le progrès n'est donc pas de restaurer ou de réveiller les anciens systèmes ; le vrai progrès consiste à les oublier et à les remplacer par la connaissance de la loi des phénomènes.

Aujourd'hui la médecine ne rétrograde pas ; elle sait la marche de son évolution scienlifiquc et elle avance lente-^ ment, il est vrai, mais fatalement vers la forme expérimentale et impersonnelle qui appartient A loutes les

ÛOO l'A i HOLOfilK KXPKUIMEN I ALK.

sciences définies. La médecine, à raison de la complexité des phénomènes dont elle s'occupe, devra être une des dernières sciences constituées. Quoiqu'elle soit encore très-loin de cet état, cela ne nous empêche pas de comprendre que les systèmes médicaux ont fait leur temps, et que la médecine scientifique ou expérimentale est la seule médecine de l'avenir. C'est de ce côté qu'il faut tourner nos regards et faire converger toutes nos recherches. La science médicale, moins que toutes les autres sciences, ne saurait être le fruit des travaux d'un seul homme ou d'un petit nombre d'hommes. Nous sommes tous appelés à concourir à cette œuvre qui sera la résultante des efforis de tous. Seulement, cette somme d'efforts produira ses effets d'une manière bien plus complè:e, si, dès à présent, nous marchons tous dans une même voie, et suivant des principes scientifiques bien arrêtés. Ce sont ces principes, applicables à la médecine expérimentale ou scientifique, que je désire développer devant vous, cette année et dans mes cours ultérieurs.

Je vous ai rappelé bien souvent quelle est la nature de l'enseignement scientifique au Collège de France. C'est un enseignement de progrès et qui regarde toujours en avant. Tandis que dans une Faculté le professeur doit exposer la science dans son présent et se borner à donner à l'élève ce qu'elle a d'acquis et de pratique dans son état actuel, le professeur du Collège de France doit au contraire se préoccuper de l'avenir de sa science et en signaler les tendances à ceux qui désirent coopérer à son avancement. Or il est incontestable que partout aujourd'hui, en France comme à l'étranger, les progrès rapides

DU L\ MÉTHODIî HSPÈRlMENTALIi. /|0l

qui s'efteclucnt dans les sciences médicales sont dus à l'introduclion de la méthode expérimentale qui pénètre de plus en plus dans la physiologie et dans la pathologie. Le professeur de médecine du Collège de France doit donc vous parler de cette application de la méthode expérimentale ; sans cela il manquerait à son devoir et ne serait pas dans son rôle.

La méthode expérimentale a pénétré d'abord dans la physique et la chimie, parce que la science des corps bruts est beaucoup moins complexe que celle des corps vivants, et dès lors plus accessible à l'expérimentation. 11 est clair que cette méthode ne pouvait parvenir dans les sciences biologiques qu'après avoir constitué les sciences physico-chimiques , qui renferment les notions indispensables au biologue pour étudier les phénomènes de la vie. Aujourd'hui le progrès est en train de s'accomplir ; la méthode des sciences physico-chimiques a pénétré dans la science des êtres vivants, en commençant par la physiologie qui est relativement simple ; mais chaque jour elle s'introduit parallèlement et pénètre de plus en plus dans la pathologie.

11 importe dès maintenant de vous indiquer quelquesuns des caractères de la méthode expérimentale, afin que vous puissiez bien comprendre l'importance de son introduction dans la médecine. Elle doit en effet y produire la même révolution que dans les autres sciences et substituer à l'autorité un critérium scientifique.

Le premier caractère de la méthode expérimentale est de ne relever que d'elle-même, parce qu'elle renferme en elle-même son critérium qui est l'expérience. Elle ne

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