‹ Leçons de pathologie expérimentale et leçons sur les propriétés de la moelle épinièreChapitre 127 sur 154 · DES VIVISECTIONS ANIMALES · texte numérisé non relu

DES VIVISECTIONS ANIMALES

principe de la médecine expérimentale. Au prix de quelques ■souffrances imposées aujourd’hui aux animaux, elle premettra de pénétrer dans le mécanisme des maladies, de les guérir ou de les soulager, et elle évitera ainsi plus tard une bien plus grande somme de douleurs que celle qu’elle aura produite. C’est comme une opération chirurgicale, souvent douloureuse, mais qu’on supporte cependant volontiers pour ne plus souffrir ensuite.

D’ailleurs, le physiologiste ne fait guère que profiter pour ses expériences d’une situation qu’il n’a point créée ■et qui n’en existerait pas moins sans lui. Dans une grande ville comme Paris, il y a une foule d’animaux qu’il est indispensable d’abattre pour satisfaire aux exigences de l’hygiène publique et même pour rendre possible la continuation de la vie sociale. On a calculé que si l’on interrompait pendant un mois seulement ces sacrifices quotidiens, nous sérions envahis et bientôt presque dévorés par ces êtres qui pulluleraient autour de nous. C’est donc en quelque sorte une véritable lutte pour l’existence. Eh bien, le physiologiste ne fait que sacrifier dans ses expériences une très petite partie des animaux dont il est indispensable de débarrasser la ville, et qu’il faudrait tuer de toutes façons d’une manière ou d’une autre. Ainsi les chiens de la fourrière, que nous utilisons pour .nos recherches, seraient pendus le jour même.

•n’était pourtant à coup sur ni un moraliste relâché; ni un esprit antichrétien, •ni un caractère violent; mais il comprenait que chaque chose a ses nécessités .propres, ses lois particulières, auxquelles il faut d’abord obéir quand on la fait, souspeine de la stériliser complètement et de tout perdre. Laphysiologie a ses exigences indispensables : il faut s’y soumettre ou renoncer à la ■voir faire des progrès.

Enfin les nécessités de notre alimentation n’obligentelles pas à sacrifier tous les jours d’immenses quantités d’animaux que nous élevons même tout exprès pour cela?

A côté de ces hécatombes, qu’est-ce que le nombre imperceptible de victimes que la physiologie est obligée de faire, dans un but utile, non moins nécessaire ? Et cependant, serait-il possible que nous renoncions à tuer les animaux pour nous en nourrir ? qui songerait à le proposer !

Quant à la douleur qui peut accompagner la mort dans les expériences physiologiques, on l’exagère beaucoup; elle est souvent moindre que celle que les animaux subiraient en périssant d’une autre manière, ou dans les rudes services que nous leur imposons. D’ailleurs, l’emploi des anesthésiques, dont nous nous occuperons bientôt, permet de la faire disparaître presque entièrement.

Nous pouvons donc expérimenter sans scrupules, sinon sur l’homme, du moins sur les animaux. Mais obtiendrons-noUs ainsi des résultats qu’il soit permis d’appliquer à la médecine expérimentale, ce qui est toujours notre but ?

Il y a sans doute des expériences qu’on ne saurait faire utilement pour l’homme sur les animaux.

Il est bien certain que pour les questions d’application immédiate à la pratique médicale, les expériences faitessur l’homme sont toujours plus concluantes (1). Mais

(1) On raconte que des rois de Perse livraient des condamnés à mort aux médecins afin qu’ils fissent sur eux des vivisections utiles à la médecine. Au dire de Galien, Attale III Philométor, qui régnait à Pergame, 137 ans avant J.-C., expérimentait les poisons et les contre-poisons sur des criminels con-

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