‹ Leçons de pathologie expérimentaleChapitre 2 sur 57 · XV · texte numérisé non relu

XV

pourra ne pas avoir lieu. Vous savez, en effet, que pour empêcher l’intoxication, il suffit de lier la veine correspondante au point d’application de la substance délétère.

Mais l’absorption veineuse est accomplie; cela ne suffit pas encore pour que l’empoisonnement ait lieu; il faut de plus que, rapporté au cœur par la circulation en retour, le poison pénètre dans le système artériel pour aller se mettre en rapport direct avec les éléments histologiques. Dans ce trajet, il doit traverser le poumon, et là il peut se faire une élimination plus ou moins complète, c’est ce qui arrive notamment pour l’acide prussique, pour l’hydrogène sulfuré.

Supposez au contraire que l’absorption ait eu lieu par le poumon ; dès lors l’élimination est impossible, ou, du moins, si elle se fait par les urines, elle arrive trop tard, et l’effet pernicieux est déjà produit. La conséquence à tirer de là, c’est que l’absorption par la surface pulmonaire est incomparablement plus active et plus dangereuse que celle qui a lieu par la peau et les muqueuses. L’histoire des fièvres éruptives, celle de l’intoxication paludéenne nous offrent de ce grand tait une importante application.

Le second moyen de généralisation des impressions morbides, c’est le système nerveux sensitif. Sous ce rapport la démonstration physiologique ne laisse rien à désirer. Irritez un tissu mécaniquement, un phlegmon se déclare, voilà la lésion locale constituée. De là l’excitation gagne la moelle, puis se réfléchit sur le cœur et les nerfs vaso-moteurs, et la fièvre se déclare. Que les racines motrices soient intactes ou qu’elles soient coupées, peu importe; les phénomènes seront les mêmes. Mais les choses se passeront tout différemment si vous avez pris soin de couper les racines sensitives. Vous avez par là barré le chemin à la transmission des impressions de la périphérie au centre. Le phlegmon continuera à se développer, mais il restera à l’état d’acte local et isolé; il n’y aura pas de fièvre, il n’y aura pas de phénomènes généraux.

Ce que produit une irritation mécanique, certaines excitations médicamenteuses, toxiques ou simplement douloureuses le produisent également. Introduisez de la

GÉNÉRALITÉS

strychnine dans une artère el liez la veine correspondante. L’intoxication se généralise néanmoins, vous en concluez J avec certitude que cet alcaloïde a agi sur le système nerveux périphérique et que de là l’impression a été transmise au ; centre par le nerf sensitif.

Qu’une maladie d’ensemble ait été produite par un moyen analogue, que, par exemple, vous vous trouviez en présence d’une fièvre produite par l’excès de douleur, voilà bien ce qu’on peut appeler une fièvre essentielle; elle restera telle tant qu’une circonstance spéciale n’appellera pas une détermination sur tel ou tel organe. Mais si l’animal qui a subi cette irritation a été mis en état de prédisposition locale par la section préalable du nerf vague, alors la maladie se jettera, comme on dit, sur le poumon. Tout à 1 beuie vous disiez fièvre essentielle; maintenant vous dites pneumonie. Et c’est dans ce cas que le plus grand nombre des médecins considèrent la lésion locale comme 1 origine, comme la cause de la réaction fébrile générale. Pour être dans le vrai, il faut retourner la proposition. Le propre d’une maladie essentielle, ce n’est pas d’être sans lésions, cesl d’affecter primitivement et dynamiquement le système nerveux, de façon que les lésions, s’il s’en produit, ne soient que consécutives.

Qu’une fièvre intermittente s’accompagne ou non du gonflement de la rate, sera-t-elle pour cela différente d’ ellemême? Faudra-t-il, dans le premier cas, la subordonner à la lésion splénique, dans le second, la considérer comme essentielle? Évidemment non. L’intoxication, générale d’abord, peut, en acquérant plus d’intensité, se localiser sui la glande vasculaire sanguine. Mais les choses ne changent pas de nature et ne doivent pas changer de nom.

Il me serait aisé de prolonger longtemps cette étude des applications incessantes de la physiologie à la médecine. Il est peut-être préférable de passer immédiatement de la théorie à l’application. Un exemple est souvent le plus éloquent des enseignements. Je le choisirai, si vous le voulez bien, dans l’histoire physiologique et pathologique des anémies.

Page 1