DU SANG ET DES ANÉMIES
§ 1er. Analyse biologique du sang.
Le sang envisagé d’après sa destination physiologique peut être considéré comme un intermédiaire entre les tissus vivants et les milieux ambiants ; contenant en principe ou en nature les matériaux nutritifs de l’organisme, il sert en même temps de réceptacle à ses produits de décomposition. Dans ces échanges continuels, le rôle de l’organe ou de l’élément anatomique est essentiellement actif : tantôt il trouve dans le sang des principes préformés qu’il s’approprie par voie élective, pour les transformer en sécrétions glandulaires ; tantôt il n’y puise que les matières premières, qu’il élabore, modifie, de façon à créer une série de substances nouvelles dont le sang ne contient aucune trace; c’est dans ce cas surtout que se manifeste cette activité propre qui, avec de simples corps albuminoïdes, parvient à laire la pepsine du suc gastrique, les acides de la bile, la plyaline, la mucine, le sperme.
Le rôle du sang semble, au contraire, entièrement passif : il reçoit indifféremment et restitue de même les produits des métamoiphoses digestives et nutritives, et cela le plus ordinairement sous la forme la plus simple ; mais cette passivité n’est pas propre à toutes les parties du sang.
Le sang se compose de deux parties essentielles, à 'avoir :
ANALYSE BIOLOGIQUE OU SANG
d’une part, les globules, qui semblent présenter une véritable autonomie; d’une autre part, le plasma, dont la composition varie, à l’entrée et au sortir des organes, selon le rôle physiologique de ceux-ci, leur état d’activité ou de repos et la part qu’ils prennent au mouvement trophique.
Toutefois, au milieu de cette instabilité qui porte, soit sur les proportions, soit sur la nature des principes du plasma, on peut toujours les grouper ainsi : une première série comprend les substances dites plastiques ou constitutives, entre autres la fibrine, qu’on a considérée longtemps comme le blastème de certains tissus, mais qui, en réalité, n’existe pas préformée dans le sang: elle ne se constitue qu’aux dépens d'une substance albuminoïde appelée plasmine, susceptible de se dédoubler et de changer de forme. Cette série est complétée par l’albumine du sérum ou sérine, qui est loin d’être absolument distincte de la plasmine. Le plasma renferme, en outre, des produits rétrogrades dérivant des albuminates. Une troisième série est formée par les matières graisseuses et saccharines; la dernière par les substances inorganiques, c’est-à-dire les gaz (oxygène, azote, acide carbonique), l’eau et les sels. Ce sont ces trois derniers groupes qui éprouvent les modifications les plus nombreuses, par suite des échanges avec les organes et surtout avec les globules du sang eux-mêmes.
En effet, les globules rouges et les leucocytes sont de véritables organes doués de vitalité; ils vivent dans le plasma comme les cellules connectives, nerveuses, musculaires, glandulaires vivent à ses dépens dans les parenchymes environnants. Le plasma est donc le fond commun de toutes les réserves nutritives et de tous les débris organiques, quelle que soit leur provenance; il ne jouit donc d aucune indépendance. Au contraire, les globules possèdent, comme tous les éléments histologiques, une forme et une texture propres; ce sont e.ux qui président à la plupart des fonctions physiologiques.