I. Palpitations d’ordre chimico-physique
Ces palpitations se retrouvent avec tous ces caractères dans les hémorrhagies, les anémies consécutives et les chloroses; mais ici, comme pour la syncope, il intervient une double série d’influences chimico-mécaniques et nerveuses. L’altération du sang joue un rôle incontestable dans la production des palpitations, mais son action est indirecte; en effet, en supposant que l’anémie soit une véritable anémie totale, elle n’agit que mécaniquement en diminuant la pression du sang dans les vaisseaux; après les saignées la tension est diminuée, le cœur se vide plus vite et plus librement; de là une accélération avec ou sans irré-
gularij$ des battements. Voilà donc de la part de l’anémie une action simplement mécanique. Si nous lui supposons une action purement chimique, comme celle qui résulterait de la diminution des globules, l’aglobulie devrait manifester son influence d’une manière continue par des palpitations permanentes; orcelles-ci, loin d’être continues, ne peuvent avoir lieu que par l’intervention d’une cause mécanique ou nerveuse.
Parmi les causes mécaniques figurent l’exercice musculaire et les attitudes.
Exercice musculaire. — La facilité et par conséquent la promptitude des battements du cœur sont en raison inverse de la tension artérielle; Marey a formulé cette loi qui est généralement vraie, et dont je tenterai les applications à la médecine. La tension artérielle est le principal obstacle qui s’oppose à la contraction cardiaque ; or cette pression vasculaire peut varier à chaque instant, par suite des modifications qui surviennent dans le calibre des dernières branches artérielles, que l’on sait être munies d’une grande quantité de fibres musculaires. Amesure que les artérioles ou leurs fibres se relâchent, la circulation s’accélère; au delà de certaines limites les palpitations sont inévitables C’est ce qui arrive, par exemple, à la suite d’un exercice violent; on voit bien, en pareil cas, combien la contraction forte des muscles périphériques aurait pour conséquence directe d’imprimer au cœur un surcroît d’énergie; mais on ne comprendrait pas l’extrême fréquence des battements, car le cœur ne s’accélère pas en raison des obstacles ; tout s’explique au contraire lorsqu’on tient compte des expériences de Claude Bernard, qui a démontré que, sous l’influence de l’exercice musculaire, il survient une diminution considérable de la tension artérielle; cette diminution tient moins encore au fait même de la contraction musculaire qu à la production de chaleur qui en est l’accompagnement constant, et qui amène la dilatation des petits vaisseaux. La preuve qu’il en est ainsi, c’est que la chaleur, quelle qu’en soit la cause, ou le mode d’application, détermine le même résultat, et produit
les palpitations.
Altitudes. — Ainsi s’explique encore l’influence des attitudes. Certains individus sentent les palpitations se produire ou aug-
SIGNES DES ANÉMIES
menter lorsqu’ils se tiennent dans la station verticale; c’est qu’alors toute la partie du système artériel située au-dessous du cœur reçoit le sang par la simple action de la pesanteur; l’organe central de la circulation, ayant à vaincre une résistance moindre, se contracte avec plus de rapidité; c’est du moins ainsi que les choses se passent chez les malades atteints d’une afl'ection organique du cœur.
Par contre, il en est d’autres chez lesquels c’est l’inverse qui se produit; c’est lorsqu’ils sont couchés que les palpitations augmentent d’intensité; ici la loi de Marey semble être en défaut, et cependant il n’en est rien; en effet, il s’agit alors presque toujours de malades nerveux; or, en réalité, les battements du cœur ne sont pas augmentés ni de force ni de fréquence, mais ils sont plus vivement sentis par ces malades impressionnables; l’abord du sang vers la tête se fait plus facilement que dans la station verticale, et il en résulte une excitation cérébrale, qui vous donne la clef de cet excès d’impressionnabilité, et par conséquent de la sensation anomale.
C’est peut être encore à une semblable illusion des sens qu’il faut attribuer les palpitations ressenties par quelques individus, lorsqu’ils sont couchés du côté gauche. Leur cœur est alors momentanément comprimé et se contracte plus lentement ; mais par cela même, la sensation est plus brusque et la secousse plus vive.
Les influences physiques sont donc incontestables; les dyscrasies ne se manifestent que par là ou par l’influx nerveux; c’est là le fait de l’aglobulie, comme nous allons le démontrer.
Si nous parvenons à fournir cette démonstration, nous ruinerons l’histoire des palpitations d’origine pléthorique. La pléthore représente en tous les cas un état opposé à l’anémie; elle ne saurait être qu’une polyémie, ou une polyglobulie, ou une simple turgescence vasculaire.
Or, si c’est une hyperglobulie, les palpitations sont impossibles; si c’est un excès du sang, elle agira mécaniquement, et à plus forte raison en est-il ainsi, si la pléthore n’est qu’une distribution irrégulière du sang; c’est effectivement ce qui a lieu; ce sont les apparences vasculaires qui trompent le mé-
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tlcciu ; car il existe même des chlorosis fortiorum, avec les traits de la pléthore.
Parmi les dyscrasies, c’est l’aglobulie seule qui paraît exercer une action sur la régularité des fonctions cardiaques, et cette aclion s’explique d’autant mieux que les globules portent au système nerveux le véritable excitant des fonctions et de la nutrition, c’est-à-dire l’oxygène. Si le nombre des globules diminue, le système nerveux ne peut plus fonctionner régulièrement : c’est là l’origine des palpitations nerveuses.