VITALITÉ ET NATURE DES GLOBULES ROUGES
Les globules rouges, sur lesquels porte surtout la dépréciation dans l’anémie, ont été assimilés en effet aux cellules vivantes. Le globule vit, fonctionne et meurt au milieu du plasma;
ANALYSE BIOLOGIQUE DU SANG
si des échanges incessants ont lieu entre ces deux parties, si elles présentent des rapports intimes, elles n’en jouissent pas moins de propriétés entièrement distinctes.
Les éléments du plasma peuvent passer dans les tissus, dans les sécrétions; quelquefois même le plasma tout entier, à l’exception de la fibrine, peut s’infiltrer dans les tissus ; mais, à l’état physiologique, le globule ne traverse jamais les parois des capillaires. Lors de la transfusion du sang, l’injection du plasma sans les globules ne produit que des effets funestes (Bischof); la transfusion des globules sans la fibrine produit souvent une véritable résurrection (Cl. Bernard, Brown-Séquard); donc les globules sont indispensables aux fonctions des organes; ils constituent l’élément vital du sang au même titre que les cellules vivantes pour les tissus.
Toutefois les caractères cellulaires du globule sont mal définis chez l’homme et chez les animaux mammifères. Naguère encore, on y admettait : 1° une enveloppe fine et transparente; 2° un contenu visqueux et coloré; 3° un noyau. Par ces trois caractères, le globule rentrait entièrement dans la célèbre définition de Sclnvann, pour qui, comme on le sait, toute cellule devait comprendre ces trois éléments : une membrane d’enveloppe, un contenu et un noyau. Mais il est certain que ces caractères ont été donnés d’une façon beaucoup trop absolue dans la doctrine de Schwann. Pour ce qui est du noyau, s’il a existé dans la période embryonnaire du globule, chez l’animal adulte il a depuis longtemps disparu; il n’existe alors qu’une ombre semi-circulaire centrale tormée par l’aplatissement du globule en forme de disque biconcave; voilà donc une cellule sans noyau.
Mais ce n est pas tout ; l’existence d’une membrane d’enveloppe vient d être à son tour contestée par un éminent physiologiste, Max Schulze, non-seulement dans les globules sanguinse nuis dans les corpuscules musculaires; ces derniers offriraiente eux aussi, des exemples de cellules sans enveloppe. Ce caractère n est donc pas plus essentiel que le précédent. Le globule offre tout au plus, dans quelques circonstances, une certaine condensation de sa surface en une couche plus résistante, mais nullement distincte.
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Reste donc le contenu. Considéré à tort comme une simple solution, composée de sels et de corpuscules albuminoïdes, le contenu forme, au contraire, l’élément primordial de la cellule, il est le siège véritable des manifestations vitales; c’est lui qui détermine l’accroissement, la division des cellules, et qui provoque dans certaines d’entre elles des apparences de -mouvements dus à ses propriétés contractiles; c’est là ce que Schulze désigne sous le nom de protoplasma. Semblable à un mucus épais, visqueux, immiscible avec l’eau, cette substance, qui est ordinairement pourvue encore d’un noyau, suffit avec ce noyau pour constituer le degré inférieur des cellules.
Ainsi, la couche qui entoure les noyaux des fibres musculaires striées doit être considérée comme le protoplasma d’une cellule, bien que cette couche soit formée par une substance finement ponctuée et qu’aucune membrane ne la sépare de la substance musculaire contractile.
Le tissu connectif se développe de la même façon aux dépens du protoplasma ; la substance intercellulaire de ce tissu ne résulte pas d’une division ou du bourgeonnement d’une autre cellule, mais elle est le produit d’une continuelle métamorphose du protoplasma des cellules en voie d’accroissement.
Ainsi les cellules les plus importantes sont sans membrane distincte chimiquement; elles ne consistent qu’en un amas de protoplasma avec un noyau; dès l’instant qu une membrane distincte se montre, la cellule n’est plus susceptible de division ; elle est désormais en voie rétrograde.
D’une autre part, si le noyau cesse d’être distinct, ainsi que cela a lieu dans les globules rouges du sang, ces cellules peident également une des propriétés caractéristiques de la vie cellulaire, le pouvoir de se multiplier, et I ç protoplasma, n’est plus alors qu’une substance soluble dans l’eau.
Cette doctrine, qui a eu un grand retentissement, a été adoptée par un grand nombre de physiologistes et tout d’abord par Brücke, mais avec cette importante modification, que le no\au lui-même n’est plus indispensable pour la constitution de a
cellule et sa reproduction.
Les conclusions auxquelles est arrivé Brücke peuvent se oimuler ainsi :
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1° Les globules rouges ne possèdent aucune membrane d’enveloppe ; si, par l’addition d’eau, ils perdent la forme discoïde pour prendre l’aspect sphéroïdal, cette transformation n’implique nullement la présence d’une membrane spéciale ;
2° Le noyau lui-même ne constitue pas une condition d’existence de la cellule ; le rôle du noyau est important sans doute lors de la division des cellules et des formations endogènes, mais son intervention peut être nulle, et la division provient alors du protoplasma, qui pénètre la masse nucléaire et la fragmente;
3° Le protoplasma jouit d’une propriété singulière qui en démontre toute l’importance, c’est-à-dire de la contractilité.