‹ Leçons de pathologie expérimentaleChapitre 7 sur 57 · PROPRIÉTÉS CHIMIQUES DES GLOBULES. — COMPARAISON AVEC LE PLASMA · texte numérisé non relu

PROPRIÉTÉS CHIMIQUES DES GLOBULES. — COMPARAISON AVEC LE PLASMA

L’analyse chimique des globules pratiquée par Cari Schmidt a fait ressortir des données physiologiques imprévues : c’est la dissemblance profonde, et presque l’antagonisme qui sépare les globules du plasma, tant au point de vue des substances protéiques qu’à l’égard des matières salines et extractives dont ces deux parties du sang se composent.

Hémoglobine. — Les globules, qui nagent pour ainsi dire dans la fibrine du plasma, sont formés essentiellement par une substance spéciale, entièrement distincte de la fibrine, bien qu’appartenant également à la classe des substances protéiques. C’est la matière colorante, qui a été indiquée par Reichert et étudiée avec le plus grand soin par Funke sous le nom d'Imnatocristalline. Cette substance, que depuis on a nommée hémoglobine, à la fois albuminoïde et ferrugineuse, pourvu qu’on parvienne à la dégager de la couche superficielle du protoplasma, présente, contrairement à toutes les autres substances protéiques (Hope), la singulière faculté de cristalliser; chez l’homme et la plupart des mammifères, on obtient, ainsi que l’a démontré Teichmann, des cristaux prismatiques d’une couleur rouge amarante ou rouge cinabre, selon qu’ils sont isolés ou groupés; leur coloration a ceci de particulier, qu’elle est rouge ou bien verdâtre, selon qu’on les voit à la lumière directe ou à la lumière réfractée, et cette propriété, appelée dichroïsme, s’ellace sous l’influence de l’oxygène et manque

ANALYSE CHIMIQUE DU SANG

par conséquent dans le sang artériel (Brücke); elle présente encore certaines propriétés spéciales sous l’influence des gaz.

L’eau dissout facilement les cristaux du sang, et en sépare une substance amorphe également albuminoïde, qui est intimement mêlée avec l’hémato-cristalline, et présente la plus grande analogie avec la globuline. Cette combinaison intime de l’hémato-cristalline avec une sorte de globuline ou hémoglobine, comme l’appellent maintenant A. Schmidt, Rollett et Hoppe-Seyler, a été longtemps considérée sous le nom d’hématine comme un corps indécomposable, formant avec la prétendue enveloppe tout le globule sanguin.

Mais l’enveloppe est maintenant mise en doute, et l’hématocrislalline peut s’obtenir entièrement séparée des autres parties constituantes du globule; par les décharges électriques, elle va se répandre en effet dans le plasma (Rollett) ; quel <ruc soit du reste le procédé d’isolement, ses propriétés sont nettement définies; c’est un corps protéique, car l’alcool, la chaleur, coagulent les cristaux, et une chaleur de 170 degrés les réduit en cendres.

C’est ce corps protéique qui à lui seul contient tout le fer des globules ; les cendres qu’on obtient par la calcination sont presque exclusivement composées d’oxyde de ter.

Enfin, c’est l’hémoglobine qui paraît être le support de l’oxygène pur ou ozonisé; or, c’est l’oxygène qui communique au sang ses propriétés vitales, et en outre la couleur rouge claii qui domine dans le sang artériel ; mais ce résultat n est pas dû uniquement à l’altération chimique ni ‘optique de l’hémoglobine. L’oxygène et l’acide carbonique agissent surtout en vertu de la réduction ou de l’augmentation de volume que ces gaz font subir aux globules; leur action est presque entièrement physique. A cet égard, on peut les comparer aux autres réactifs du sang, qui me paraissent devoir être rangés sous trois types : les uns, comme les sels alcalins concentrés, déterminent, sans doute par une véritable exosmose de l’eau du globule, une sorte de racornissement des corpuscules et rendent le sang plus clair; les autres, comme l’eau, gonflent le globule; la depression centrale s’élève ; le contenu acquiert un pouvoir de réfraction égal à celui du liquide interglobulaire, d’où il resuite

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une coloration plus foncée du sang; enfin, il est des substances, comme les alcalis concentrés, les acides forts (excepté les acides chromique, nitrique), enfin et surtout la bile et le chlorate de soude qui dissolvent promptement le globule. Or, l’oxygène se rattache manifestement au premier type , comme l’acide carbonique au deuxième type; l’un éclaircit rapidement le sang, l’autre lui communique une teinte sombre; tous deux agissent principalement sur la forme du globule, et ne modifient l’hémoglobine que par des courants répétés et alternatifs d’oxygène et d’acide carbonique (Lehmann); l’oxyde de carbone est la seule substance qui imprime aux cristaux une couleur foncée (Cl. Bernard).

Voilà le résultat des dernières recherches sur l’hémato-cristallinc et l’hémoglobine. L’hématine amorphe obtenue pour la première fois par Lecanu , et récemment étudiée par Witticli , contient les cristaux en nature; ceux que Teichmann décrit sous le nom d’hémine résultent d’opérations chimiques plus complexes et plus destructives du sang ; ils s’éloignent davantage du pigment rouge normal; enfin , les cristaux que Robin et Virchow ont fait connaître sous le 110m d’hématoïdine ne se trouvent que dans le sang extravasé et ne contiennent pas de fer.

L’hémoglobine est la seule de ces substances qui intéresse la physiologie , car elle caractérise pour ainsi dire le sang ; le sérum , en effet , ne contient pas de traces de cristaux , ni par conséquent de fer.

Le fer est contenu tout entier dans l’hémoglobine; mais sous quelle forme , dans quel état et dans quelles proportions? D’après Berzélius, cent parties de sang frais renfermeraient 0,76 d’hématine; or l’hémoglobine contient, d’après Ilope , 0,6 pour 100 d’oxyde de fer; d’après Lehmann, 0,9 à 0,10 ; les recherches deTeichmann et Rollett confirment pleinement les données fournies par Lecanu, qui fixe cette quantité à 0,10 pour 100. Il y aurait donc 0,076 d’oxyde, c’est-à-dire 0,à5 environ de fer métallique dans cent grammes de sang; c’est précisément la conclusion récemment formulée par Pelouze.

Des éléments inorganiques et graisseux des globules. — Une

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autre propriété des globules qu’on ne soupçonnait pas avant les travaux de C. Schmidt, c’est la répartition inégale des matières inorganiques entre les globules et le plasma. C’est une hérésie physiologique de compter en masse les sels ou les principes protéiques de tout le sang; la valeur de chaque élément inorganique change selon qu’il est intra-cellulaire ou répandu dans le lluicle environnant; la cellule est partout le foyer et le facteur des processus chimiques les plus importants de l’organisme; c’est la cellule qui dans les tissus transforme les transsudats du sérum en humeur sécrétoire; il n’y a pas de sécrétion sans cellule : il en est de même dans le sang. Là aussi il s’opère des transformations des matériaux charriés par le plasma, et c’est, le globule qui est chargé de cette métamorphose; toutes les opérations chimiques du sang reposent sur l’activité des éléments morphologiques et sur les échanges qui s’opèrent entre eux et le plasma. Pour s’en convaincre, il suffit d’étudier la nature des éléments salins dans les globules, et les différences qui les séparent des matières inorganiques du liquide inter-cellulaire. Le globule possède ses matières protéiques spéciales, qui font un contraste complet avec la fibrine environnante; il possède de même ses composés inorganiques, qui semblent indifférents aux solutions salines dont elles sont entourées; ces sels n’ont donc pas pénétré par simple endosmose du sérum dans le globule; la cellule n’est donc pas une simple vésicule perméable et livrée aux lois de l’imbibition. En voici la preuve :

Les phosphates alcalins prédominent dans les globules; dans le sérum, ce sont les chlorures; dans les globules, c’est la potasse qui forme la base des sels ; dans le sérum , c est la soude et la chaux; le phosphate de potasse n’y existe qu’en quantité minime. On peut dire qu’en chiffres ronds le globule contient dix fois plus de phosphates, mais deux fois moins de chlorures que le sérum; en outre, il contient dix fois plus de potasse et trois fois moins de soude, de chaux et de magnésie.

Les gaz présentent aussi une répartition inégale entre les deux éléments du sang , et on peut dire que l’oxygène domine dans le globule, et l’acide carbonique dans les sels du

sérum.

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Enfin , tandis que les matières extractives peuvent s’élever jusqu’à 8 pour 100 dans la sérosité, on voit au contraire dans les cellules prédominer les graisses et particulièrement les graisses phosphorées , qui présentent une si grande analogie avec celles de la substance nerveuse : peut-être même celles-ci résultent-elles uniquement de l’activité des cellules.

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