‹ Leçons de pathologie expérimentaleChapitre 8 sur 57 · COMPOSITION CHIMIQUE DU PLASMA · texte numérisé non relu

COMPOSITION CHIMIQUE DU PLASMA

Le plasma est composé de quatre séries de matériaux.

A. Matières plasmatiques. — Fibrinogène. — Le plasma a pour élément caractéristique une substance qui , dans le sang abandonné à lui-même , semble se coaguler spontanément, sous la forme de fibres entrelacées et feutrées , en même temps qu’elle emprisonne les globules : c’est la fibrine. Par cette élimination spontanée, qu’on appelle la coagulation, le sang, qui était liquide, se transforme en une masse molle , rouge, laquelle se rétracte au bout de quelques heures, et en exprime un liquide jaunâtre appelé sérum. Le sérum contient par conséquent toutes les parties constituantes du sang à l’exception de la fibrine. Le caillot dense qui reste et nage dans la sérosité est donc formé par la fibrine et les globules rouges.

La matière coagulable désignée sous le nom de fibrine est une substance albuminoïde qui est à l’état lluide, et présente sous cette forme toutes les propriétés des corps protéiques, avec cette particularité, qu’un courant d’acide carbonique la précipite de sa solution , bien plus facilement que l’albumine, mais plus difficilement que la globuline. Alexandre Schmidt , qui vient d’étudier avec le plus grand soin les phénomènes de la coagulation, l’appelle substance fibrinogène; on a admis généralement jusqu’ici qu’elle se sépare spontanément, mais c’est là une erreur; il faut l’intervention d’un autre élément des globules. Ce pouvoir coagulant appartient surtout à l’hémoglobine; mais il existe une foule d’autres corps, entre autres le tissu connectif, les globules blancs, les corpuscules lymphatiques , qui jouissent de la même propriété coagulante , probablement par la globuline qu’ils contiennent.

Le sérum exprimé du caillot possède aussi ce pouvoir, quoiqu’à un moindre degré; on peut donc dire que le sang contient

ANALYSE CHIMIQUE DU SANG

plus de globuline qu’il n’est nécessaire pour coaguler toute sa substance fibrinogène.

Pendant la vie, les parois des vaisseaux ont la faculté d’empêcher la coagulation ; tant que le sang est en contact avec la membrane interne, il reste lluide, à moins qu’il ne s’arrête dans un point de son parcours; en ce cas, les couches centrales sont soustraites à l’influence vitale de la paroi vasculaire, qui semblait destinée à empêcher l’action de la substance coagulante. Dès que ce contact vient à cesser, le caillot peut se former.

Les acides faibles, et l’acide carbonique entre autres, ont aussi le pouvoir de retarder ou même d’empêcher la coagulation ; c’est qu’en effet ils précipitent la globuline de son état de solution et paralysent son action.

Le contact avec l’air, avec des corps étrangers , avec la chaleur jusqu’à 55 degrés, favorise au contraire la coagulation, bien que la quantité de substance fibrinogène n’ait subi aucune variation; or, cette quantité, malgré le volume considérable que cette matière présente à l’état de caillot , ne dépasse pas 2 0/0.

Lorsque la coagulation est retardée par quelque cause que ce soit, lorsque les globules ont eu le temps de se précipiter avant que la fibrine soit condensée, la couche supérieure du caillot ne contient plus de corpuscules; elle présente dès lors une coloration blanche formée uniquement par la fibrine, et au-dessous de cette couche blanche, qui est légèrement relevée sur les bords, on observe le caillot rouge normal formé par la fibrine entremêlée de globules rouges : c’est la première stratification qui porte le nom de couenne, dite phlogistique, parce qu’elle se manifeste plus fréquemment dans les maladies inflammatoires; mais que nous retrouverons aussi dans une condition morbide tout opposée, dans l’anémie et la chlorose.

Plasmine. — Alex. Schmidt a émis l’opinion qu’il existe deux substances protéiques, dont l’une, la globuline, se détruit sans cesse pendant la vie. Nous discuterons plus loin cette hypothèse.

Denis, de Commercy, n’en admet qu’une seule, la plasmine, qui a le pouvoir de se dédoubler et de former, d’une part, la fibrine concrète (3,6 pour mille), d’une autre part, la fibrine

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dissoute (22 à 23 pour mille). Nous développerons cette théorie si simple à l'occasion de la chimie des anémiés.

Sérine. — Outre ces matières plasmatiques, le sérum contient de l’albumine ou sérine, qui figure dans les analyses classiques pour 75 à 80, tandis que Denis en retranche 22 à 23 de fibrine dissoute, qu’on confondait avec la sérine; il ne resterai donc que 53 d’albumine.

A côté de ces albuminates il faut mentionner la caséine, que le professeur Natalis Guillot a constatée surtout dans l’état de grossesse, que Panum considère comme existant à l’état physiologique, et qu’Alex. Schmidt identifie avec la globuline.

B. Dérivés des substances albuminoïdes. — En se décomposant, les albuminates donnent naissance aux produits suivants: la glycine copulée avec l’acide benzoïque sous le nom d’acide hippurique; la créatine et la créatinine, qui proviennent de l’activité du tissu musculaire ; l’acide urique et surtout l’urée, qui représentent les produits ultimes des oxydations des tissus et corps protéiques.

C. Hydrocarbures et graisses. — Le sang contient, outre les albuminates et leurs dérivés, du sucre de raisin, dont le maximum est dans les veines sus-hépatiques, des graisses saponifiées et acides, et la cholestérine, dont l’ensemble d’ailleurs variable ne dépasse pas 1 à 2 pour mille.

D. Substances minérales, eau et gaz. — Les divers matériaux organiques sont combinés avec l’eau (900 pour 1000) et les sels, principalement des chlorures et carbonates à base de soude .

Les gaz, qui jouent un rôle si important dans la constitution du sang, sont l’acide carbonique, qui prédomine dans le sérum à l’état de combinaison chimique, tandis que l’oxygène est combiné surtout avec les globules.

De ces quatre espèces de principes, c’est la plasmine et la sérine qui subissent les modifications les plus importantes dans l’ordre pathologique; la diminution des globules constitue la forme commune de l’anémie, mais la diminution de l’albumine détermine cette forme grave et rarement primitive que nous désignerons sous ie nom d’anémie albumineuse. Les autres éléments du sérum se réparent plus facilement; il en résulte que leur déperdition sullit rarement pour produire une anémie.

ANALYSE CHIMIQUE l)U SANG.

§ 3. Analyse quantitative du sang et de «es élémenCa.

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