‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale (volume 2)Chapitre 111 sur 406 · SYNCOPE TERTIAIRE · texte numérisé non relu

SYNCOPE TERTIAIRE

de M. Marey, les battements du cœur sont nombreux et très petits, ils perdent en force ce qu'ils gagnent en vitesse. Puis, à ces pulsations extrêmement nombreuses succède bientôt un ralentissement considérable et une syncope précédée de trois ou quatre systoles lentes, allongées, qui sont en quelque sorte le signal de l'arrêt subit qui les suit.

Les phénomènes sont les mêmes, à la syncope près, que ceux qui succèdent à la section des pneumo-gastriques. Le ralentissement est dû à la paralysie des centres accélérateurs de la moelle succédant à une excitation exagérée. Quant à la syncope, elle est due à l'action des pneumo-gastriques sollicités dans le bulbe par l'action de la vapeur chloroformique qui envahit peu à peu les centres supérieurs pendant que la moelle se paralyse. De sorte qu'en réalité le ralentissement se trouve d'origine médullaire et la syncope d'origine bulbaire.

Si ce point n'est pas atteint, il faut penser à ce fait qui a été bien mis BU évidence par les expériences de Vulpian : cette syncope est imminente et peut être déterminée par la plus faible irritation portée sur le nerf vague, que cette irritation soit directe, ou indirecte comme celle, par exemple, résultant de l'excitation du sciatique.

Syncope tertiaire. — Une troisième syncope cardiaque peut s'observer à une autre période de la chloroformisation, c'est la syncope toxique ou tertiaire de M. Duret. Lorsque l'administration du chloroforme est continuée trop longtemps, ou graduellement poussée trop loin, on voit bientôt survenir des phénomènes de paralysie. Ici intervient la loi que je vous ai énoncée relativement à la prédominance des effets modérateurs. Vous savez en effet que lorsqu'une action modératrice et une action accélératrice sont portées en même temps et au même degré sur deux systèmes, l'un modérateur, l'autre accélérateur, le système modérateur l'emporte; puis lorsque l'excitation cesse, c'est au contraire le système accélérateur qui prédomine.

Par conséquent, après une période de ralentissement accompagnée d'augmentation d'amplitude, les mouvements du cœur deviennent accélérés et de plus en plus petits, pendant que la pression baisse. Puis survient un arrêt de la respiration par paralysie du bulbe, arrêt qui précède de quelque temps, d'une ou deux minutes à peine, l'arrêt du cœur. C'est cette syncope, que l'on appelle syncope par intoxica-

tion, qui est de beaucoup la plus grave; elle est presque absolument irrémédiable, et cela se comprend, car elle résulte en réalité de la saturation de l'économie par les vapeurs du chloroforme. Cette saturation détermine dans tous les tissus de l'économie des modifications physico-chimiques et des modifications structurales telles, qu'il est absolument impossible à l'organisme de se déb8a*rasser de la substance anesthésique et de revenir à l'état normal.

Modiflcations vasculaires. — On observe en même temps des modifications vasculaires très analogues aux modifications cardiaques dont je viens de vous tracer le tableau. Aux périodes d'excilation médullaire, lorsque les centres constricteurs et dilatateurs sont intéressés par le chloroforme, on peut observer la dilatation des vaisseaux et la turgescence de la face en vertu du principe de la prédominance des effets modérateurs. Avec une administration bien graduée et surtout avec l'administration par la méthode de Paul Bert, c'est-à-dire la méthode des mélanges titrés dont je vous parlerai bientôt, il n'y a pas d'excitation, la constriction vasculaire est généralisée : on observe la pâleur des téguments et il en résulte une diminution des hémorragies, une véritable économie du sang.

Action sur la respiration. — Sur la respiration, nous verrons le chloroforme déterminer le même ordre de phénomènes que celui que je viens de vous indiquer à propos de la circulation. Théoriquement, la respiration doit être calme, normale, à type parfaitement r^ulier et avec une légère diminution d'amplitude. Mais c'est là le point de vue théorique et, comme toujours, la pratique n'est pas exactement conforme à ce point de vue. Dans ses expériences, Paul Bert a déterminé très exactement chez le chien les modifications respiratoires; or, j'ai déjà appelé votre attention sur ce fait que les expériences pratiquées à l'aide des anesthésiques sur le chien donnaient des effets absolument identiques à ceux que l'on obtient sur l'homme, et qu'on pouvait conclure des unes aux autres. Chez le chien, on a observé des modifications du rythme et de la force en ce qui concerne les mouvements respiratoires. Ces modifications sont les suivantes : une diminution notable de l'amplitude se traduisant par une diminution de la respiration costale supérieure et surtout de la respiration costale inférieure. Le thorax est affaissé, on voit une prédominance très marquée de la respiration abdominale qui revêt

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